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Carrière et finances

Pourquoi les femmes plafonnent encore

Publié dans Châtelaine d’avril 2009 | © Les Éditions Rogers ltée
 
Bien des femmes ne mènent pas une carrière à la mesure de leur talent. Elles se heurtent au plafond de verre. Mais pourquoi ?
 

Mélanie Dugré est avocate. Elle a 32 ans. Et elle est ambitieuse. Après son admission au Barreau du Québec, en 2001, elle a joint un grand cabinet où elle représentait des médecins. Elle s’apprêtait à devenir associée. Pour commencer... Elle voyait le succès comme un escalier dressé devant elle, tout droit, sans fin. Puis elle a donné naissance à Alexandre. Et soudain, les marches ont semblé plus hautes, tellement plus hautes.

Ce n’est pas que son patron ait changé d’attitude à son égard. Ce n’est pas que ses clients l’aient oubliée. C’est qu’elle voulait s’accomplir au travail sans négliger son fils. Elle l’a compris un jour qu’elle jouait avec Alexandre tout en discutant au téléphone avec un collègue et en pitonnant sur son BlackBerry. « Mon bébé m’a regardée comme si j’étais folle, dit-elle. Là, j’ai réalisé qu’il y avait des sacrifices que je n’étais pas prête à faire. »

Aujourd’hui, dans son foyer de Brossard, l’ambitieuse repentie pouponne avec bonheur Étienne, son deuxième enfant. Elle a troqué sa vie effrénée de jeune professionnelle contre un emploi plus routinier dans une compagnie d’assurances. Quoiqu’elle apprécie son nouveau poste, elle avoue avoir vécu un réel deuil. « Ça m’a fait une peine immense de quitter mon travail. J’aurais aimé que le cabinet accepte que je puisse travailler différemment, de façon moins intensive, le temps que les enfants grandissent. » Mais rien ne sert de rêver : un avocat qui facture ses services 300 $ de l’heure doit à ses clients – et à ses patrons – une disponibilité absolue. « J’admire énormément les femmes capables de le faire. Moi, j’ai essayé et je n’étais pas bien. Alors je plafonne en toute sérénité ! » Elle éclate d’un rire doux... avec une pointe d’amertume.

Mélanie Dugré est convaincue d’avoir fait un choix personnel. D’autres diraient qu’elle s’est frappée contre le plafond de verre.

Consacrée en 1986, l’expression « plafond de verre » désigne l’ensemble des obstacles invisibles qui freinent les professionnelles en route vers le sommet de la hiérarchie. La conciliation travail-famille joue là un rôle crucial. Mais aussi les stéréotypes sexuels, la culture masculine des entreprises, l’habitude de recruter dans le boys’ club... Les femmes voient leur poste de rêve flotter devant leurs yeux sans pouvoir l’agripper. Et souvent, sans saisir la raison de cet échec.

 

Au Québec, les femmes consacrent moins d’heures que les hommes à leurs activités professionnelles. Elles sont plus nombreuses à travailler à temps partiel et s’absentent plus souvent pour des raisons familiales.
Source : Institut de la statistique du Québec


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