Le 14 janvier 2008, Annie Campbell reçoit un appel de son institution financière : « Deux comptes, un commercial et un personnel, ont été ouverts à votre nom en Ontario. Êtes-vous bien détentrice de ces comptes ? » Annie est estomaquée : elle n’a jamais ouvert de compte dans la province voisine ! « Quelqu’un avait subtilisé mon numéro d’assurance sociale pour faire de la fraude en utilisant mon nom. »
Selon une étude réalisée par le professeur Benoît Dupont, de l’Université de Montréal, qui vient d’être publiée, 5,7 % de la population québécoise a été victime d’un vol d’identité avec préjudice financier au cours de la dernière année. En 2006-2007, on parle de 338 000 cas !
Un moment d’inattention au dépanneur, une transaction imprudente sur Internet, la divulgation d’informations personnelles au téléphone, des documents jetés négligemment au recyclage... Voilà autant de failles dont profitent les fraudeurs pour s’introduire dans la vie d’autrui et en usurper l’identité. S’ils réussissent à obtenir une combinaison de renseignements sur une même personne (nom, adresse, date de naissance, numéros d’assurance sociale (NAS), de permis de conduire, de carte de crédit, de comptes bancaires ou NIP...), bingo !
Pour eux, c’est le gros lot puisque, grâce à ces informations, ils pourront, par exemple, demander des prêts ou des cartes de crédit, ouvrir des comptes bancaires (avec toutes les transactions que cela implique), commander un passeport, décrocher un emploi sous un faux nom, obtenir des avantages sociaux du gouvernement, etc.
Selon PhoneBusters, centre d’appels antifraude, les coûts reliés au vol d’identité s’élèvent au pays à 500 millions de dollars par année. L’organisation relève, pour le Québec, 48 prêts hypothécaires et 324 prêts classiques obtenus sous de faux noms. Cela dit, selon l’enquête menée par l’Université de Montréal, on estime que dans 58,7 % des cas, le montant de la fraude est inférieur à 100 $.
Pour Annie Campbell, toutefois, la situation était beaucoup plus sérieuse. « Avec mon numéro d’assurance sociale et le numéro de passeport de quelqu’un d’autre, une personne a réussi à ouvrir deux comptes bancaires et à fonder une entreprise à mon nom à la mi-décembre 2007. »
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