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Notre sexe fort

Publié dans Châtelaine d'octobre 2009 | © Les Éditions Rogers ltée
 
Bonne nouvelle : nous sommes supérieures aux hommes d’un point de vue biologique. C’est ce qu’avance la Québécoise Susan Pinker, psychologue du développement et auteure reconnue internationalement.
 

Dès la naissance, le fait d’être de sexe féminin constitue une protection », affirme la Québécoise Susan Pinker, chroniqueuse au quotidien torontois The Globe and Mail et spécialiste de l’éthique dans le monde du travail. Dans son livre Le sexe fort n’est pas celui qu’on croit (Les Éditions Transcontinental), traduit et publié dans le monde entier, elle porte un regard neuf sur les différences entre hommes et femmes d’après les plus récentes études.

Châtelaine : Vous bousculez une importante idée reçue en disant que des deux sexes, c’est le masculin le plus vulnérable…
Susan Pinker : On part toujours du principe que, s’il y a des différences biologiques, elles ne peuvent être qu’en défaveur des femmes. Or, c’est faux, car nos notions de base sont davantage liées à des données politiques qu’à la science. Plusieurs études scientifiques prouvent que les femmes sont plus résistantes que les hommes. Et ce, même avant la naissance, car le fœtus féminin est plus robuste. La nature semble d’ailleurs compenser la faiblesse relative des fœtus masculins : s’il y en a davantage, c’est parce qu’ils sont moins nombreux à se rendre à terme. Ils sont plus sensibles au stress maternel et environnemental et, tout au long de l’existence, ça ne s’arrange pas pour eux. Leur vie, plus périlleuse que celle des femmes, est même plus courte. On a l’impression qu’être un homme est un avantage. Mais pas du tout !

Simone de Beauvoir a écrit : « On ne naît pas femme, on le devient. » Or, votre livre cite de nombreuses études qui ramènent les différences biologiques au premier plan. Retour à la case départ ?
Au début des luttes féministes, dans les années 1960 et 1970, il était nécessaire d’affirmer que les femmes étaient identiques aux hommes pour gagner le droit de poursuivre les mêmes buts. Aujourd’hui, la bataille n’est pas terminée, mais nous n’avons plus à nous considérer comme des clones de nos pères, de nos frères, de nos conjoints ou de nos collègues. Nous avons prouvé, dans la plupart des domaines, que nous pouvions faire aussi bien qu’eux, et même mieux. En outre, à l’époque de Simone de Beauvoir, on ne disposait pas des données scientifiques actuelles sur le génome humain ou l’endocrinologie qui montrent des écarts importants. Un cerveau qui baigne dans la testostérone ou dans les œstrogènes ne fonctionne pas tout à fait de la même manière. Je sais à quel point ce sujet demeure tabou...

Quelles sont les différences fondamentales entre les cerveaux féminin et masculin ?
D’une manière générale, les hommes sont plus monomanes : ils peuvent s’absorber profondément dans une idée unique. Le cerveau féminin a tendance à en suivre plusieurs à la fois. Sur le plan spatial, les hommes sont plus habiles que nous, ce qui explique qu’ils réussissent souvent mieux dans les disciplines scientifiques. Par contre, dès l’enfance, les filles sont plus douées pour le langage, les relations sociales. En matière d’empathie, elles ont l’avantage, ce qui les a menées à investir massivement l’enseignement et les sciences de la santé. Cela ne veut pas dire qu’on vit sur deux planètes différentes – Mars et Vénus –, mais qu’on doit composer avec les atouts attribués à la naissance.


Le côté femme de Barack Obama
Barack Obama, homme souple et modéré, ne dirige pas les États-Unis comme les autres présidents avant lui. Il a amorcé un virage spectaculaire par rapport à l’idéologie va-t-en-guerre et jusqu’au-boutiste de l’administration précédente. « Au moment des élections, j’ai dit, en citant Marie Wilson, présidente du White House Project, qu’il était “the girl in the race” », souligne Susan Pinker. Il était contre la guerre en Irak alors qu’Hillary Clinton appuyait celle-ci. « Ce qui prouve que les valeurs féminines peuvent être prônées par des hommes, et inversement. Et c’est grâce au vote des femmes qu’Obama a été élu. Elles ont été plus nombreuses que les hommes à participer au scrutin. »



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