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Livre du mois: Station Eleven

Station Eleven, un récit post-apocalyptique prenant et hors du commun qui a charmé les membres du Club de lecture.

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Roman Station Eleven de l'auteure Emily St. John Mandel L’histoire

Lors d’une représentation du Roi Lear dans un théâtre de Toronto, un acteur meurt sur scène. Au même moment, un virus inconnu fait son apparition. La « grippe de Géorgie » dévaste 99 % de la planète. Il y aura un avant et un après cette effroyable pandémie. On suivra des survivants de « l’ancien monde » qui ont créé une troupe itinérante. Ou d’autres, coincés dans un aéroport transformé en musée de la civilisation où sont exposés de dérisoires artéfacts (iPhones, iPads et autres bidules, grille-pain, talons aiguilles). Des allers-retours dans le passé nouent les fils reliant le destin de l’artiste disparu et celui de tous les autres, morts ou vivants.

Les personnages

Arthur Leander, comédien. A connu à Hollywood gloire et désillusions. Revient au théâtre où il meurt, désabusé. Miranda, première ex-épouse, auteure de la bédé Station Eleven. Elizabeth, deuxième ex-épouse et son fils Tyler. Clark, ami de jeunesse. Kirsten Raymonde. Figurante, elle a huit ans et joue aux côtés d’Arthur quand il s’effondre. En l’an 20 du nouveau monde, comédienne de la troupe de la Symphonie Itinérante, elle n’interprète que du Shakespeare. Jeevan Chaudhary, ex-paparazzi devenu infirmier.

On aime

En dépit de la dévastation et de la violence, la douceur qui émerge au moindre signe de renouveau. Le climat envoûtant. La réflexion sur la fragilité des certitudes, la volatilité des sentiments, la nécessité de l’impérissable beauté de l’art.

L'auteure Emily St. John Mandel

Photo: Dese’Rae L. Stage

L’auteure

Née en 1979 dans l’île Denman, au large de Vancouver, Emily St. John Mandel étudie la danse à Toronto et puis vit un temps à Montréal avant de s’installer à Brooklyn avec son mari et leur fillette. Après trois polars bien accueillis, elle publie ce quatrième roman qualifié de « phénomène », traduit en une vingtaine de langues, couronné du prix Arthur C. Clarke et finaliste au National Book Award 2014.

Alto, 432 pages. Traduction de Gérard de Chergé. En librairie le 23 août.

POUR LIRE UN EXTRAIT DU ROMAN STATION ELEVEN

Les critiques du Club de lecture Châtelaine

francegiguereFrance Giguère

J’ai aimé : Malgré le fait que ce type de livre sur la fin du monde – la population mondiale presque exterminée par une grave maladie – ne soit pas du tout mon genre, je me suis prise au jeu et j’ai lu le roman d’une traite. J’ai aimé les allers-retours que fait l’auteure entre l’époque d’avant la chute de notre monde et celle de l’après. En tissant son roman autour d’un acteur et de son entourage d’avant la chute, elle nous dévoile petit à petit les personnages et lie leurs destins avec finesse. Ce qui fait la force du bouquin et rend l’histoire moins banale et moins prévisible que les œuvres apocalyptiques du genre. J’ai aussi bien apprécié la référence à la bande dessinée fictive Station Eleven, qui agit comme miroir à ce qui se passe dans le roman.

J’ai moins aimé : Certains éléments qui existent dans tout roman apocalyptique, comme le prophète fou et la bande de gentils qui survit quelque part. Je ne peux m’empêcher de soupirer, même si je sais que cela fait partie du genre. J’ai trouvé que l’auteure réglait le destin de ce prophète fou un peu trop vite et laissait tomber Jeevan, comme si ces personnages avaient été ajoutés pour donner plus de corps au roman.

Autres commentaires : On referme le livre en se disant qu’on devrait apprécier le monde dans lequel on vit aujourd’hui. En ce sens, l’auteure réussit à nous toucher. Une excellente lecture estivale ou pour les week-ends doudous.

Ma note sur 10 : 8

Anja_DjogoAnja Djogo

J’ai aimé : Tout simplement excellent! Décrire ce livre uniquement comme un roman post-apocalyptique serait ne pas rendre justice à la finesse de l’écriture et à la sensibilité d’Emily St. John Mandel. Il n’y a pas de zombies, pas d’extraterrestres, que des humains qui tentent de trouver un semblant de normalité dans un monde qui ne ressemble plus en rien à celui qu’ils ont connu. Un roman parfaitement ficelé, qui nous fait voir d’un œil neuf le confort moderne que l’on tient si facilement pour acquis.

J’ai moins aimé : Rien! Le thème d’un monde dévasté par un virus mortel n’est pas nouveau, mais j’avais le sentiment de lire cela pour la première fois.

Autres commentaires : Il est rare de trouver un roman aussi facile à lire mais auquel on continue de réfléchir bien après avoir tourné la dernière page. Un vrai coup de cœur!

Ma note sur 10 : 9,5

Raphaelle-LambertRaphaëlle Lambert

J’ai aimé : L’atmosphère. Malgré le contexte post-apocalyptique, ce n’est pas de la grosse science-fiction, bien au contraire. Le récit reste humain, pas de zombies, pas trop de violence, juste des gens qui survivent, dans un contexte extraordinaire… L’écriture est sobre, se promène d’une époque à l’autre de la vie des personnages, vies qui se chevauchent, s’entrecroisent, se lient ou se délient. À travers tout ça, un regard sur l’art, la création, les motivations de chacun face au besoin de créer, de présenter ou de se représenter.

J’ai moins aimé : Rien ne m’a vraiment dérangée dans cette histoire. J’ai trouvé l’auteure fine dans sa description, sans prétention dans un genre littéraire où il serait facile d’en mettre trop.

Autres commentaire : J’ai été absorbée par ce livre, l’ai lu d’une traite, captivée par ces destins ébranlés à jamais, par l’horreur d’une épidémie qui frappe presque tout le monde et traumatise ceux qui restent, ceux qui ont connu le monde d’avant ou dont la vie commençait au moment du drame. Une bonne lecture d’automne!

Ma note sur 10 : 8,5

SandrineDesbiensSandrine Desbiens

J’ai aimé : On se trouve un peu entre Walking Dead et Lost, avec le ton «survivant» et plusieurs ponts entre le passé et le présent. Les personnages d’Arthur et de Kirsten sont très poignants, on a le sentiment qu’ils sont réels, à côté de nous. J’aime que les personnages réfléchissent à l’existentialisme avant les grands bouleversements. En si peu de temps, tout leur monde bascule et la survie devient l’enjeu quotidien. J’ai aimé que les histoires du passé se relient et fournissent des informations sur le présent. Chaque personnage est bien malgré lui un élément majeur d’un autre, autant Arthur que Kirsten ou encore Jeevan et Miranda. J’adore le concept.

Le concept d’un théâtre ambulant réchauffe l’histoire. L’auteure accorde une certaine importance aux costumes et à la description des décors, ce qui enrichit l’univers de la caravane. Un roman très énigmatique et merveilleux à lire.

Je n’ai pas aimé : Nommer les personnages de la fanfare «la troisième trompette» ou «la deuxième flûte», j’imagine que c’est pour ne pas donner trop de noms dans l’histoire mais cela fait très impersonnel.

Ma note sur 10 : 9 (Je serai la première dans la file pour acheter la suite.. s’il y en a une!)

isabellegoupilsormanyIsabelle Goupil-Sormany

J’ai aimé : La prémisse est sombre, noire: l’humanité, telle qu’on la connaît, ne survivra pas à une grippe terrible. Or, jamais on ne tombe dans le désespoir. Le passé et le futur s’entremêlent suffisamment pour nous empêcher de nous décourager. L’auteure ne nous épargne pourtant pas la violence de l’époque qu’elle imagine. Mais elle la décrit par de savants mélanges entre les personnages, les circonstances et les temps historiques. La richesse des trames narratives qui s’entrecroisent est captivante. Les liens ténus qui unissent les personnages les uns aux autres sont aussi savamment tissés par l’auteure.

J’ai moins aimé : Les clichés sur la vie hollywoodienne d’Arthur ne m’ont pas émue. Certains jugements de valeur sur la vacuité de notre monde actuel sont inutiles et surtout superficiels même s’ils sont empreints d’une certaine nostalgie. Je n’ai juste pas adhéré à ce jugement plutôt critique et simpliste de notre époque.

Autres commentaires : Impossible de ne pas penser à La route, de Cormac McCarthy. L’errance dans un monde post-apocalyptique n’est pas nouvelle. Mais, contrairement à cette Route qui nous déprime violemment, Station Eleven brille d’espoir. L’auteure, par de savants chassés-croisés, nous offre un lendemain plus rose que noir. Je me suis aussi attachée aux trois survivants principaux, tous liés à un acteur en déclin. C’est intelligent et bien livré, à petites doses, juste assez, sans forcer la note.

Ma note sur 10 : 9,5

SoniagrattonSonia Gratton

J’ai aimé : Un roman choral à la mécanique parfaite, dont toutes les boucles finissent par se boucler, sur un sujet très prenant. Porté par une esthétique extrêmement forte, un réel univers auquel il est facile d’adhérer – et qui fascine. D’ailleurs le livre lui-même est un bel objet, comme toujours aux Éditions Alto. Des personnages qui se révèlent tous intéressants, et particulièrement les personnages féminins, qui sont très forts, sensibles, droits, complexes. Une traduction impeccable, on croirait lire dans le texte. Impossible de ne pas faire le parallèle avec La route, de Cormac McCarthy – un livre fétiche pour moi – car c’est pratiquement la même prémisse, mais là où ce dernier est dur, impitoyable, sale, nostalgique et intime, Station Eleven propose une certaine douceur, un peu d’espoir finalement pour les humains vivant dans la solidarité, l’amitié, la mémoire de leur civilisation, l’honneur et l’amour – voire la nécessité! – de l’art. À relire.

J’ai moins aimé : Pas facile d’accepter la convention, même si c’est raconté de façon très réaliste, et j’avais souvent l’impression de chercher la faille, le détail impossible. Dans le même ordre d’idées, quitte à mettre en scène des musiciens, je crois qu’il aurait mieux valu expliquer comment ceci est possible. Ils ont bien trouvé un bout de colophane, mais les violonistes jouent les mêmes cordes, les hautboïstes les mêmes anches depuis 20 ans? En traînant leurs instruments en camping depuis 20 ans? Aussi, cette façon peu crédible d’appeler quelqu’un «la clarinette» ou «le deuxième violoncelle» quand ils vivent et jouent ensemble depuis 20 ans… J’aurais aimé être conseillère sur ce coup-là!

Aussi, l’écriture très factuelle qui rend le livre étonnamment peu sentimental.

Mais je cherche des poux : c’est un excellent livre!

Ma note sur 10 : 10

marie-claude_n_bMarie-Claude Rioux

J’ai aimé : Je le confesse, je suis fan de romans post-apocalyptiques. J’en ai lu plusieurs, des bons et des mauvais. Là, j’avoue que Station Eleven est une merveille dans son genre. La construction du roman est menée de main de maître. L’habileté avec laquelle l’auteure détricote le temps est absolument fabuleuse : il y a l’avant apocalypse, le pendant et l’après (le fil conducteur de l’histoire se déroule 20 ans après la pandémie). Grâce aux personnages qui ont survécu, on peut appréhender tout ce qu’ils ont perdu et comment ils doivent réapprendre à vivre. À l’opposé, ceux qui sont nés après la pandémie vivent sans nostalgie, dans un monde «neuf». Le fil rouge – un roman graphique, de sa création à son arrivée dans un musée – qui unit les personnages dans le temps est crédible et original, donnant une consistance à l’ensemble du roman. J’ai aimé le message tapi derrière l’intrigue, cette volonté de faire survivre l’art par-dessus tout. De faire rayonner Shakespeare et la musique dans un univers où importe avant tout la survie montre à quel point l’art donne un sens à la vie et aide à vivre. Pas de zombies et autres créatures menaçantes, ici. Ce qu’Emily St. John Mandel raconte pourrait être réel, les événements décrits pourraient survenir à tout moment. Et cette éventualité donne froid dans le dos.

J’ai moins aimé : Le choix de ne pas donner de nom à certains personnages, de les identifier par leur rôle, comme «la première flûte» et «le troisième violon», rend ces personnages flous, obscurs. Ils ne sont pas aussi bien étoffés qu’ils pourraient l’être. Heureusement, comme ces personnages sont peu nombreux, n’occupant pas une très grande place dans le roman, on passe vite par-dessus.

Ma note sur 10 : 9,5

mariellegamacheMarielle Gamache

J’ai aimé : L’idée de départ, une pièce de théâtre qui met en lumière les personnages clés du roman, soit Krysten, jeune figurante de huit ans qui assiste à la mort – véritable – d’Arthur sur scène. Le sujet principal: une pandémie de grippe dévastatrice, relatée avec brio à travers le passé d’Arthur et le cheminement de Krysten dans le monde d’après. J’ai adoré la troupe de la symphonie itinérante qui, par son art, confère finesse et légèreté à ce monde ravagé. Le dernier tiers du roman est particulièrement palpitant, prenant, touchant si bien qu’il faut se faire violence pour en freiner la lecture si l’on veut faire durer le plaisir.

J’ai moins aimé : Certains passages concernant la vie d’Arthur m’ont semblé superflus.

Autres commentaires : Station Eleven est un excellent roman de fiction d’où on revient le regard aiguisé sur la précarité de la vie, la préciosité du moment présent et ultimement sur la résilience sous toutes ses formes… parce que survivre ne suffit pas.

Ma note sur 10 : 9,5

NathalieThibaultNathalie Thibault

J’ai aimé : Ce roman est comme une toupie! Le mouvement lentement s’amorce autour d’une prémisse incertaine, la fin de la civilisation, avec des passages à vide et un rythme imprévisible, tant dans les longues descriptions d’ambiances apocalyptiques qu’aux personnages qui se révéleront finalement attachants pour certains et intrigants pour d’autres. Puis, la toupie s’accélère, elle gagne en stabilité autour du personnage Kirsten, qui est l’une rare à laquelle on s’attache vraiment puisqu’on la connaît de par sa vie d’avant. La structure de ce roman est particulièrement originale, ce va-et-vient avec la vie d’avant et la vie d’après, celle d’Arthur qui n’a pas su qu’il y aurait un après, ses ex-femmes, dont Miranda l’artiste qui n’a pas connu l’après et celle de Clark qui devient le symbole de la civilisation disparue dans la Station Eleven. Qui est ce mystérieux Dr. Eleven? C’est sur cette question que je repense aux personnages et aux passages qui ne m’étaient peut-être pas apparus aussi signifiants qu’ils ne le sont. Cette réflexion me permet de ralentir, comme la toupie.

J’ai moins aimé : Au départ, le thème ne m’attire pas du tout. Je sais que je reverrai constamment, pendant cette lecture, les décors et personnages de Walking Dead – sans zombie, toutefois. Je ne comprends donc pas l’intérêt que je devrais porter à ce roman, dont le trop lent début et mon impatience à chaque page alors que je me dis, ben voyons donc!

Autres commentaires : Ma cote pourrait être une moyenne de 5 que je donnais jusqu’à la moitié à 9 à la fin… trichons un peu et attribuons un 8.

Ma note sur 10 : 8

ChristianAzzam-1Christian Azzam

J’ai aimé : La construction de ce roman apocalyptique et le récit prenant, tout à la fois terrifiant et crédible, où l’auteure nous transporte dans un futur que personne ne veut imaginer. Cette lecture nous rappelle que nous tenons tant de choses pour acquises et oublions que l’évolution de la civilisation a permis de réaliser de nombreux miracles considérés aujourd’hui comme banals tant ils font partie de notre quotidien. J’ai aussi aimé qu’un des fils conducteurs de cette histoire tourne autour d’une troupe ambulante qui joue en alternance une pièce de théâtre de Shakespeare et de la musique après l’écroulement du monde tel qu’on le connaît. Comme quoi quand il ne reste plus rien, la culture sera toujours là pour apaiser l’âme et élever l’esprit.

J’ai moins aimé : Cette idée que j’ai eue durant ma lecture de faire le plein de boîtes de conserves pour les entreposer dans mon sous-sol après l’avoir converti en abri où je pourrais m’isoler en toute sécurité en cas de pandémie, voire d’attaques atomiques. Au bout de 300 pages, j’ai même cru un moment que je pourrais attraper une variante du syndrome de Diogène et décider de ne plus rien jeter. Je ne cacherai pas non plus ne pas avoir tellement aimé que la seule référence à un avocat dans toute cette histoire soit en lien avec un personnage au bronzage orange. Non mais sans blague, je vous assure que les avocats sont plus raffinés que cela. Enfin, la plupart du temps.

Ma note sur 10 : 9

À LIRE: Livre du mois d’août: American Housewife

2 commentaires à propos de “Livre du mois: Station Eleven

  1. Petite question toute simple. Comment faire pour être membre du Club de lecture?

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    • Bonjour Fannie,
      Il suffit de lire le livre du mois et de nous envoyer vos commentaires. Merci!

      Répondre

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