Des outils pour moins procrastiner

On a tendance à remettre systématiquement certaines actions à plus tard? Des solutions existent.

  0

Je procrastine. Je n’y peux rien, c’est comme ça. Heureusement, depuis quelques années, je note toutes mes tâches dans Wunderlist, une application synchronisée entre mon téléphone et mon ordinateur. Le perso et le pro s’entremêlent: nourriture chat, abonnement théâtre, appel assurances, paiement taxes à envoyer, texte Châtelaine. Pas de doute, j’irai acheter des croquettes et je finirai de rédiger cet article aujourd’hui. Par contre, je risque d’oublier encore une fois d’appeler les assurances, et l’enveloppe contenant le chèque à poster risque de rester une journée de plus sur mon bureau. Pour citer Oscar Wilde: «Je ne remets jamais au lendemain ce que je peux faire le surlendemain.»

À LIRE: À vos listes!

La procrastination est cette tendance à reporter systématiquement des actions à plus tard. C’est un conflit entre ce que je dois accomplir et ce que je fais réellement, par exemple, quand je lave mon frigo alors que je devrais étudier pour un examen. Mais tout ce qui est remis au lendemain n’en constitue pas nécessairement, car on peut avoir de très bonnes raisons d’agir ainsi. «Pour procrastiner, il faut un élément de plus, dit Christine Tappolet, professeure au Département de philosophie de l’Université de Montréal. En général, c’est quelque chose d’irrationnel qui concerne notre gestion du temps.»

 

article.procrastination.liste.800x500

Photo: iStock

 

Temporiser pour mieux se sentir

Dans sa pratique, la psychologue Catherine Vandal remarque que, lorsqu’on a tendance à différer des choses, ça a souvent à voir avec l’estime de soi. «Si je m’investis peu dans une activité et que j’échoue, c’est moins menaçant pour mon estime personnelle parce que je peux penser que je n’y ai pas consacré le meilleur de moi-même», observe-t-elle. De même, cette attitude peut être le signe d’un problème psychologique. «Une personne aux prises avec des affects dépressifs pourrait avoir tendance à tergiverser simplement parce qu’elle n’a pas les ressources nécessaires à ce moment-là pour se mobiliser dans une activité», poursuit-elle. Mais lorsqu’on procrastine, on se fait souvent du mal à soi-même. «On cherche une gratification immédiate plutôt que de penser à long terme», précise Christine Tappolet.

 

Tout n’est pas noir pour autant. La procrastination peut ainsi servir de soupape lorsqu’on fait face à des exigences trop nombreuses. Regarder un épisode de House of Cards plutôt que travailler une quinzième heure dans ma journée? Cela me fait le plus grand bien. Pourtant, je me sens coupable…

 

À LIRE: 10 applications pour gagner du temps

L’abc de l’autoguérison

Pour peu qu’on soit prête à faire un peu d’introspection pour comprendre ce qui motive ses actions, la psychothérapie est en mesure d’aider.

 

Certains trucs simples permettent également de réduire les risques que la détermination nous fasse faux bond. Pourquoi ne pas décomposer les grandes tâches en petites, en prenant à l’avance des décisions contraignantes pour plus tard – s’inscrire à un cours, par exemple? On se simplifie aussi la tâche en associant ses obligations avec quelque chose de facile. Je n’oublie plus de prendre mes vitamines depuis que je laisse le pot à côté de la machine à café.

 

Une autre astuce consiste à structurer son environnement. Lors d’une étude menée à l’Université Stanford, on a séparé un groupe d’étudiants inscrits à un cours en ligne en plusieurs sous-groupes, puis on a demandé à ceux-ci de tester différentes applications. La première limitait le temps passé chaque jour sur des sites de divertissement (Facebook et cie), la deuxième avertissait les participants après 30 minutes de procrastination, la troisième bloquait carrément l’accès à ces sites. Un quatrième groupe ne pouvait compter que sur sa bonne volonté. Sans surprise, ce sont les étudiants du troisième groupe qui ont le mieux performé. Sans possibilité de distractions, ils ont passé 24 % plus de temps à travailler que les participants du quatrième groupe et ils ont obtenu de meilleures notes.

Envie d’essayer? On jette un œil aux applications Self control (Mac, gratuit), Focus (Mac, $), Cold Turkey (Windows, Mac, Android, gratuit), Freedom (Windows, Mac, iOS, $) ou RescueTime (Windows, Mac, Android, Linux, $).

 

article.procrastination.chronometre.800x500

Photo: iStock

Le chronomètre à la rescousse

La méthode des «cinq minutes» peut aussi être utile. Chaque jour, on se demande quelle tâche il est possible d’accomplir en cinq minutes. On constate alors qu’une fois lancée, il est difficile de s’arrêter après un si court laps de temps. Dans le même esprit, il y a la populaire technique Pomodoro. Chronomètre à la main, on se concentre totalement sur une tâche pendant des périodes de 25 minutes appelées pomodori (qui signifie en italien «tomates», en référence aux minuteries utilisées en cuisine), séparées de courtes pauses de cinq minutes chacune. Après quatre pomodori, on s’arrête un peu plus longtemps (15 à 20 minutes).

 

Je n’ai vraiment pas envie de rédiger ma demande de bourse. Mais y œuvrer pendant seulement 25 minutes me paraît raisonnable, si je peux en plus me récompenser en faisant un peu d’Instagram ou en allant chercher un café pendant ma pause avant de continuer. À l’attaque!

 

Pour se chronométrer, n’importe quelle minuterie fait l’affaire, mais il existe de nombreuses applications comme Focus Booster (Windows, Mac, gratuit), Tomatoid (en ligne, gratuit) ou Tomighty (Windows, Mac, gratuit).

 

On peut aussi se servir de son imagination et avoir un peu d’empathie pour la personne qu’on sera dans l’avenir. Quelles seront les conséquences de mes décisions actuelles? Appeler mon courtier d’assurances aujourd’hui ne me tente pas du tout, mais qu’est-ce qu’un coup de fil en comparaison de tous les soucis qu’aura l’Élise du futur si elle se fait cambrioler sans être assurée?

 

À LIRE: Plus qu’un agenda

Impossible d'ajouter des commentaires.