Kanazawa, le trésor caché du Japon

Hier peuplée de geishas et de samouraïs, aujourd’hui ville d’art, d’architecture et de gastronomie, Kanazawa risque de ne pas rester secrète longtemps. Nathalie Collard l’a visitée.

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On l’appelle la « petite perle d’Ishikawa ». Située au centre-ouest de l’archipel entre les Alpes japonaises et la mer du Japon, la localité de 467 000 habitants se distingue par ses splendides vieux quartiers et sa gastronomie sophistiquée. Elle s’ouvre peu à peu au tourisme grâce au train à grande vitesse, qui la relie maintenant à Tokyo en deux heures trente.

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Photo: The Washington Post/Getty Images

Entre modernisme et tradition

Dès la descente du train (le Shinkansen), je suis soufflée par l’audace de la structure de verre de la gare, l’une des plus belles au monde selon le magazine Architectural Digest. Je constate rapidement que Kanazawa – qui signifie « Marais d’or » – est un bourg charmant, traversé par deux rivières et plusieurs canaux surmontés de petits ponts.

Les vieux quartiers, épargnés par les bombardements de la Deuxième Guerre mondiale, sont superbement préservés. Dans Higashi Chaya, le secteur des geishas, on déambule dans les rues étroites qui accueillaient jadis les traditionnelles maisons de thé. Elles ont été remplacées depuis par différents commerces et des bars à sushis. Désignée ville d’artisanat et d’arts populaires par l’Unesco en 2009, Kanazawa regorge d’échoppes et de boutiques de souvenirs où l’on déniche de magnifiques céramiques, laques et œuvres de teinture sur soie. Le coin est aussi spécialisé dans la dorure à la feuille ; c’est pourquoi on y trouve à foison des objets dorés. Il est même possible d’y déguster un cornet de crème glacée recouvert d’une fine feuille d’or qui fond sous la langue, mais… qui ne goûte pas grand-chose !

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Au pied du château éponyme de la ville s’étend le quartier Nagamachi, qui abrite les anciennes demeures des samouraïs, ces guerriers professionnels qui apprenaient dès leur jeune âge à manier le sabre. L’endroit a été le fief du clan Maeda, qui a régné sur le Japon du milieu des années 1600 jusqu’au début de l’ère Meiji, en 1868. Les maisons de ces combattants étaient cachées derrière de hauts murs qui les protégeaient des regards indiscrets. Un mécène japonais ayant financé sa restauration, on peut visiter la maison de la famille Nomura, samouraïs de père en fils durant 12 générations. La résidence est entourée d’un ravissant jardin agrémenté d’un plan d’eau. À l’intérieur, on admire les plafonds sculptés dans le cyprès japonais et des portes coulissantes ornées de magnifiques peintures. Qu’on le parcoure tôt le matin ou en fin de journée, le site semble toujours paisible et on a tendance à y parler à voix basse pour ne pas troubler la quiétude des lieux.

Une visite de Kanazawa serait incomplète sans une promenade dans les allées du majestueux jardin Kenroku-en, surtout pendant la saison du hanami, la floraison des cerisiers. Ce parc de 11,4 hectares planté de près de 8 000 arbres est considéré comme l’un des trois plus beaux au pays et offre une vue panoramique sur la ville. Le jour de mon excursion, les mariés se succédaient sous les branches en fleurs et les familles se faisaient un devoir d’être photographiées devant le grand étang. Petite déception toutefois : aussi sublimes soient-elles, les fleurs de cerisier ne dégagent aucun parfum…

Situé en face du jardin, le Musée d’art contemporain du 21e siècle est un exemple parfait du côté avant-gardiste de l’endroit. Bâtiment circulaire et tout blanc conçu par la firme d’architecture SANAA – qui a aussi imaginé le New Museum of Contemporary Art à New York et le Louvre-Lens dans le département du Pas-de-Calais, en France –, il ressemble à un vaisseau spatial. On peut y voir des œuvres contemporaines japonaises et internationales, ainsi qu’une collection permanente dont le clou est sans aucun doute La piscine, de l’artiste argentin Leandro Erlich, qui leurre complètement les visiteurs. Photos inoubliables assurées !

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De la fraîcheur au menu

On dit des habitants de Kanazawa qu’ils sont si convaincus de la supériorité de leur cuisine que les enfants ne mangent que ce que leur mère prépare. Chose certaine, la proximité de la mer et la créativité des chefs font de cette destination une adresse incontournable pour les foodies.

Comme je suis gourmande, je prends toujours plaisir à visiter les marchés lorsque je voyage. Celui de Kanazawa vaut absolument le détour. Plus petit que celui de Kyoto, moins fou que le gigantesque marché aux poissons de Tsukiji à Tokyo, le marché Omicho compte plus de trois siècles d’existence ! On y trouve environ 200 kiosques offrant des produits locaux et des poissons hyper frais. Très animé le matin, c’est un bon choix pour casser la croûte le midi. Plusieurs restaurants vendent d’excellents sushis à prix très raisonnable.

Manger… On y revient sans cesse au Japon, où la gastronomie est élevée au rang de religion et où chaque repas prend des allures de cérémonie. Mais obtenir une réservation dans l’un des 200 établissements étoilés Michelin de Tokyo – un record mondial ! – relève presque de l’impossible pour le commun des mortels.

Heureusement, les bonnes tables de Kanazawa sont plus accessibles. Pour peu qu’on soit prête à sortir de sa zone de confort, il ne faut surtout pas manquer de se rendre chez Yamashita, où j’ai dégusté le meilleur repas de mon séjour. Les mets qu’on y cuisine sont d’une fraîcheur exceptionnelle, mais ils sont surtout constitués d’ingrédients totalement inconnus des palais nord-américains. Pour reprendre une expression à la mode, il faut accepter de « lâcher prise ». C’est le chef Matsuo Yamashita qui décide ce qu’il nous sert. Comme il ne parle que le japonais, il nous présente les plats un à un en mimant la manière de les manger. Rigolo ET angoissant.

La pièce de résistance ? Deux petits crustacés qui gigotaient dans l’assiette et que Yamashita a cuits sous mes yeux sur une plaque chauffante. Prudents, les convives assis à ma droite ont passé leur tour. Dommage, car c’était délicieux !

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Comment s’y rendre ?

En partant de Tokyo, on prend le Shinkansen. Il existe aussi des liaisons de train express depuis Hiroshima et Kyoto. Il faut prévoir environ deux jours pour visiter Kanazawa.

Où loger ?

On peut dormir dans l’une des auberges traditionnelles (ryokan), qui proposent habituellement une chambre avec tatami, repas du soir et petit-déjeuner. Si l’on préfère le confort à l’américaine, l’hôtel Tokyu est très bien situé et abordable (autour de 200 $/nuit). Coup de cœur pour le bar de l’hôtel, où l’on sert des boissons garnies de fleurs de cerisier pendant la saison du hanami.

Que rapporter ?

Des objets laqués ornés d’or, des soieries, des sucreries… J’ai aussi acheté un sac d’algues séchées !

 

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