La Grèce en cadeau

On s’en va dans les îles grecques. Parce que c’est beau sans bon sens, parce que la vie y est douce comme du miel, et parce qu’il faut bien rêver, bon ! Par ici, raki, tzatziki et bouzouki.

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Grèce

Photo: Marie-Eve Vallières

Si j’avais neuf vies et que l’argent poussait dans les arbres, je visiterais toutes les îles grecques, les 227 où la civilisation fleurit, sans précipitation, comme les vieux de la place qui font glisser les perles de leur komboloï à l’ombre d’un platane. Parce que c’est encore plus splendide qu’on le dit – à commencer par l’apaisant mariage du cobalt de la mer et du blanc immaculé des maisons crépies à la chaux. La lumière est éblouissante, et les bougainvilliers touffus d’un rose profond bordant les rues en pierres ajoutent à l’enchantement.

Le moindre détail est photogénique : la dame au chignon austère et à la jupe au mollet sur le parvis de l’église orthodoxe, les pots de fleurs multicolores décorant les marches d’un escalier de marbre, le chat tigré endormi sur le muret, les cyprès s’élevant autour des ruines d’un temple… C’est à ne plus savoir où porter son regard. Joli problème, on s’entend. Autre agréable déchirement : choisir où se la couler douce parmi les sept regroupements d’îles du pays. Si l’on s’y rend pour la première fois, l’archipel des Cyclades est une valeur sûre, l’équivalent de la petite robe noire et du rang de perles. Destination soleil idyllique – les plages de la mer Égée sont superbes et le ciel n’économise jamais sur le bleu –, elle ravit aussi l’intello : on y trouve des sites archéologiques fascinants, vestiges de 8 000 ans d’activité humaine (ce n’est pas d’hier que l’endroit séduit !). Et que dire du feta et du yogourt… Si frais et crémeux que j’en aurais braillé.

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Photo: Marie-Eve Vallières

Sexy Mykonos

Du port du Pirée, à environ 30 minutes de taxi du centre d’Athènes, des bateaux font chaque jour la traversée vers les îles des Cyclades, à moins que le puissant meltem qui souffle en été rebute les marins. Si on ne regarde pas à la dépense, on peut toujours s’offrir l’avion, notamment vers Mykonos, surnommée la Saint-Tropez de la Grèce – lieu de vacances de prédilection de Jackie Kennedy-Onassis, Lady Gaga et autres Rolling Stones. (Pour croiser des people, on traîne dans les boutiques hors de prix de la rue Matoyianni ou au bar Nammos.)

Le paysage de Mykonos, qui veut dire « tas de cailloux », est accidenté et aride, strié par des murets de granit délimitant les terrains – on les appelle les « rides de l’île ». On parcourt ses routes sinueuses en VTT ou en scooter, pas de casque, pas de ceinture comme les Mykoniates, pour admirer les 1 000 chapelles s’élevant sur les collines nues et les demeures aux persiennes bleues dont les murs arrondis adoucissent le sifflement impitoyable du vent. Sinon, beach party aux mythiques plages Kalo Livadi, Paradise et Super Paradise  – DJ, magnum de champagne, chica poum poum, tout le monde tout nu. Pour ma part, j’ai fait trempette à Elia, une plage paisible jouxtant mon superbe hôtel, le Royal Myconian. Je n’ai été inquiétée que par un Sylvain qui demandait à sa douce : « Onze heures du matin, c’est-tu trop de bonne heure pour la bière ? » On reconnaît là ses compatriotes.

Les musts : bien sûr, le romantique quartier Petite Venise ; les courbes inusitées de l’église Panagia Paraportiani ; les moulins à farine du 16siècle, où l’on fabriquait autrefois des biscottes pour les navigateurs ; mais, surtout, l’excursion à Délos, à 30 minutes en bateau de Mykonos. C’est sur cette « île musée » que sont nés Apollon et Artémis (les références à la mythologie sont incessantes ici, j’ai regretté de ne pas avoir traîné L’Odyssée dans mon sac !). Si seule une poignée de scientifiques, de gardiens et de minous y résident aujourd’hui, un peuple très prospère de 25 000 habitants y vivait il y a 3 000 ans. Ils ont été exterminés à la suite d’un conflit sanglant, mais grâce aux fouilles, on peut découvrir les objets de leur quotidien, leurs temples, leur quartier des spectacles, ainsi que les somptueuses mosaïques qui ornaient leurs logis. Captivant. Repas mémorable : un lunch à l’hôtel Ambassador. À la fois simple et raffiné : croquettes de courgette, pieuvre et morue grillées, aubergine avec ail et feta, pain crétois. Tout ça en admirant la plage de Platis Yialos. Ça faisait bien pitié.

Oia, Santorini, Greece

Photo: Marie-Eve Vallières

Sidérante Santorini

Il faut être franchement blasé pour rester de marbre quand on aperçoit pour la première fois, depuis le traversier, les agglomérations de maisons roses, blanches et ocre accrochées aux sombres falaises de cette île autrefois nommée Kallisté, « la plus belle ». Particulièrement en fin de journée, à la faveur de la lumière chaude. Santorin est sur la bucket list d’une bonne partie de l’humanité – 1,4 million de touristes y affluent chaque année. Si une envie folle de flamber tout ce que j’ai me prenait, c’est en partie là que ça se passerait. J’y ai vu parmi les plus beaux hôtels de ma vie, d’architecture dite troglodytique – c’est à dire qu’ils sont creusés dans la roche. Il faut googler Perivolas, Santorini Grace et Canaves pour voir… Je me suis contentée d’une petite sangria sur la terrasse de ce dernier.

L’épée de Damoclès est néanmoins suspendue au-dessus de toute cette majesté. C’est que l’archipel de Santorin abrite un volcan toujours actif, comme en témoignent les tremblements de terre qui secouent la région de temps à autre – le plus violent re-monte à 60 ans. À cause de ses soubresauts, une cité entière a été éradiquée 1 600 ans av. J.-C. Il y florissait une civilisation dont on peut découvrir l’extraordinaire raffinement au site archéologique d’Akrotiri – certains pensent qu’elle serait à l’origine du mythe de l’Atlantide. Comme à Pompéi, les ruines de la ville ont été conservées de façon remarquable après l’éruption. L’un des moments forts de mon voyage. À égalité dans mon palmarès : un tour de catamaran dans la caldeira, une baie qui s’est justement formée à la suite de l’explosion spectaculaire d’il y a 3 600 ans. Plusieurs entreprises y proposent des excursions, notamment Sunset Oia. Au menu : baignade dans les eaux thermales à 35 oC, visite du volcan sur l’île de Néa Kameni, plages de sable noir et rouge, vue spectaculaire sur les falaises au coucher du soleil, dégustation de vins locaux…

Les musts : prendre la milliardième photo d’une église au dôme bleu, image d’Épinal des îles grecques ; marcher le long des falaises, entre les villages de Thira et d’Oia ; fuir à toutes jambes les rues bondées de touristes brandissant leur perche à selfie, pour découvrir le Santorin des agriculteurs, là où poussent les câpres (on en mange même les feuilles, un délice), les tomates cerises au goût si distinctif et les vignes qui donnent plusieurs cépages intéressants, dont l’assyrtiko, l’athiri et l’aidani. Les dégustations au magnifique vignoble Venetsanos valent le détour. Repas mémorables : Lucky’s Souvlakis, à Thira, aussi célèbre là-bas que la charcuterie Schwartz’s à Montréal. J’ai dévoré mon gyros au porc dégoulinant de sauce comme si je n’avais pas mangé depuis 30 ans. Aussi, l’exquise cuisine traditionnelle de Kyprida, à Oia, où l’on est servi en français. J’y ai dégusté des beignets de tomates de Santorin, de la fava (purée de pois cassés jaunes), du boulgour farci à la viande, du porc fumé croquant et un sublime halloumi poêlé. Bons vins locaux, prix raisonnables.

Photo: Marie-Eve Vallières

Mollo à Naxos

Si Mykonos et Santorin m’ont éblouie comme des pierres précieuses, c’est Naxos, l’île la plus vaste des Cyclades, qui a ravi mon cœur – j’y ai enfin eu le sentiment de m’imprégner de la culture locale. Je repense souvent à ce café savouré au petit matin sur le balcon de l’élégante villa de Naxian Collection où je logeais. Sous mes yeux, une campagne paisible, un coq particulièrement en voix, quelques animaux de ferme paissant, et, au loin, la mer si bleue où voguaient des voiliers… Ô temps, suspends ton vol. Ici, les gens pressés sont malheureux.

L’île est moins prisée des touristes, et pourtant, le commandant Cousteau était d’avis qu’elle héberge les plus belles plages de la Méditerranée. Celles d’Aghios Prokopios et d’Aghia Anna, par exemple, où je me suis baignée en plein mois d’octobre dans une eau cristalline à 25 oC. On y croise des gens de tous les âges, dont plusieurs dans leur plus simple appareil ! L’ambiance est baba cool sur les bords, loin du « m’as-tu-vu » de Mykonos. On dit aussi que c’est à Naxos qu’on mange le mieux dans les Cyclades. En bonne partie grâce au travail patient d’agriculteurs qui produisent des fromages frais – l’arseniko, le xinotiro, le xinomyzithra –, de l’huile d’olive, des figues de Barbarie et des cédrats, dont on tire une liqueur populaire, le kitron. Les 33 villages de l’île regorgent de tavernes invitantes, où les Grecs ont l’habitude de s’éterniser en soirée, pigeant allègrement dans les plats à partager et fumant une cigarette après l’autre, même si c’est interdit…

Les musts : comme il y a beaucoup à faire à Naxos, mieux vaut y séjourner plusieurs jours. Coucher du soleil à la porte du temple d’Apollon, emblème de l’île ; le superbe village d’Apiranthos, au pied du mont Fanari ; visite à Gyroulas, où se trouve le temple de Déméter, et à Apollonas pour son fameux « kouros » (statue de jeune homme, qui date ici de 2 700 ans) ; shopping dans les charmantes boutiques d’Halki ; promenade dans les rues pittoresques de Chora jusqu’à la forteresse du 13e siècle, puis arrêt au Musée vénitien ; randonnée au mont Zeus… Repas mémorable : à la terrasse d’Irini’s, à deux pas du port de Naxos, un resto traditionnel pas prétentieux pour deux sous avec ses nappes à carreaux et ses vignes grimpantes. Mais quel festin ! Pas de flafla, juste de la cuisine familiale faite d’ingrédients locaux – fromage graviera frit, choux farcis de veau arrosés de sauce au citron, calmars grillés, pomme de terre de Naxos – la meilleure patata du pays, cultivée sans produits chimiques.

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