L’Eugénie pratique: mourir d’aimer

L’auteur canadien Trevor Cole signe une satire décoiffante à l’humour noir, très noir.

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L’histoire

Eugénie a six ans quand elle est témoin d’un incident qui la marquera à jamais. Plus tard, mariée et sans enfant par choix, elle devra accompagner sa mère durant les trois interminables mois d’agonie de celle-ci. C’est à Eugénie qu’est revenue cette responsabilité car, contrairement à ses deux frères, « elle ne travaillait pas », son métier de céramiste étant considéré comme un « passe-temps ». Bouleversée par les souffrances de sa mère, Eugénie refuse que l’existence se termine ainsi. Elle mijote donc un plan…

Les personnages

Eugénie, céramiste avant-gardiste, dédaignant les fleurs et ne créant que leurs feuilles, objets très fragiles, facilement cassables. Marjorie, sa mère, vétérinaire efficace, « indifférente à la sensibilité de sa petite fille ». Milt, son mari, prof à mi-temps, gentil et falot. Dorothy, Adele, Natalie, ses meilleures amies pour le meilleur et pour le pire. 

On aime

Cette tragicomédie hilarante explore les traumatismes de l’enfance, la relation mère-fille trouée de non-dits, l’importance de l’amitié, la place infime accordée à l’art, la frontière entre délire et réalité. Avec comme toile de fond le climat des petites villes, à la fois rassurant et étouffant, où les yeux et les oreilles sont partout.

Lire un extrait de L’Eugénie pratique.

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L’auteur

Né à Toronto en 1960. Journaliste renommé, Trevor Cole publie en 2004 un roman qui sera en nomination pour le Prix du Gouverneur général. L’Eugénie pratique, son troisième (prix Stephen-Leacock, meilleur roman humoristique, 2011), est le premier à paraître en français grâce à une traductrice enthousiaste qui a relevé le défi d’en rendre l’essence et le rythme.

Traduction de Rachel Martinez, Flammarion Québec, 366 pages.
En librairie le 24 août.

Les critiques du Club de lecture

Karine Martel

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J’ai aimé : L’humour cynique de l’auteur. Après la mort de sa mère, Eugénie a complètement inversé les notions de bien et de mal, ce qui lui permet de croire qu’elle peut tuer ses amies par amour et que c’est leur rendre un grand service. Pourtant, malgré toute l’horreur de ce constat et des actions qui s’ensuivront, la lecture du livre demeure légère et joyeuse. Même le sang qui lui colle aux mains n’a rien de dramatique, c’est plutôt une preuve du bon travail accompli ! Malgré les propos sombres abordés, c’est donc une lecture divertissante et sans effort, mais sans plus.

J’ai moins aimé : La deuxième moitié du livre, quand la comédie prend toute la place et ne laisse plus paraître la sensibilité du personnage. J’avais plus de difficulté à rester accrochée tellement l’histoire devenait loufoque. Les personnages me sont tous demeurés antipathiques, mais cette distance était probablement nécessaire pour qu’on puisse en rire plutôt qu’en pleurer !

Autres commentaires : J’ai trouvé belle la réflexion initiale du personnage sur la mort et la vieillesse, même si elle est caricaturée à l’extrême. C’est la réflexion qui m’a semblé la plus aboutie du livre. Dans ses remerciements, l’auteur révèle que l’idée du roman lui est venue après la mort de son père, il n’est donc pas étonnant que cette partie semble la plus authentique.

Ma note sur 10 : 8

Raphaëlle Lambert

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J’ai aimé : Une histoire un peu sordide, mais pleine d’humour ! Comment pourrait-il en être autrement venant d’une femme qui crée des œuvres en céramique tout en délicatesse, mais à peine assez solides pour tenir tellement leurs composantes sont fines ? Son génie pratique se fond dans la sublimation de l’amitié pour qu’elle offre la plus grande aventure à ses meilleures amies. Ainsi Eugénie tente-t-elle de composer avec la finesse de ses sentiments et la solide poigne qu’il faut pour mettre ses offrandes à exécution. Être une bonne amie, retrouver une ancienne camarade abandonnée lâchement, vivre les émotions brutes de l’accompagnement à la mort de sa mère, la vie est la vie, il faut faire avec et en faire profiter les autres au maximum.

J’ai moins aimé : Bien que la trame de fond soit plutôt amusante, il m’a semblé qu’il manquait quelque chose à l’écriture, une profondeur des personnages ou quelque chose du genre.

Autres commentaires : J’ignore le genre et le style des autres romans de ce journaliste canadien, un auteur à explorer, mais j’ai trouvé bien divertissante cette histoire, très légère. Disons que ça nous sort de notre zone de confort, ça vient un peu ébranler notre vision de l’amitié, du dévouement implicite et des manières de l’honorer.

Ma note sur 10 : 7,5

Isabelle Goupil-Sormany

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J’ai aimé : L’auteur décrit avec brio la démarche artistique, son obstination, sa complexité et ses subtilités. J’aurais aimé voir pour de vrai, vrai une sculpture fragile de feuilles d’argile. Trevor Cole traduit aussi très bien comment une pensée, un peu tordue, s’immisce dans l’esprit d’une artiste pour devenir complètement insensée et extrême. Le génie et la folie se côtoient admirablement bien dans ce roman. L’impensable est réfléchi, expliqué. L’histoire offre un portrait vivant de tous ces petits malentendus et de ces omissions qui ponctuent souvent la vie de couple et l’amitié.

J’ai moins aimé : Curieusement, il m’a fallu un certain effort pour entrer dans l’histoire : le deuil initial, la souffrance dans l’accompagnement de l’autre, ce qui unit Eugénie à ses amies m’apparaissaient un brin superficiels. Il faut être patient au détour des premières pages, car le « sacrifice » d’Eugénie pour ses amies est étrange à accepter.

Autres commentaires : Ce roman est comme une fleur, il faut savoir patienter pour en voir la beauté. De plus, le personnage secondaire de Chelsey dans ses crises éthyliques m’a fait sourire. Il ne me manquait que le filet de bave sur le bitume pour illustrer le tout. Tout au long du roman, je me disais : « Ben voyons donc… comment peut-on être à ce point dénué de tout sens critique ? » Je serais curieuse de savoir ce qu’en pensent mes collègues psychiatres. Est-ce réaliste, après tout ? En tout cas, c’est une bonne lecture d’été.

Ma note sur 10 : 9

Nathalie Thibault

NathalieThibault

J’ai aimé : Coup de génie ! L’Eugénie pratique est d’une effroyable lucidité. L’impact de cette histoire est d’une rare intensité tant ce qu’elle révèle est d’une absolue clairvoyance. L’amitié sincère ne peut se terminer que par une ultime déclaration d’intimité, de confiance et de générosité. Le courage d’Eugénie nous troublera et, heureusement pour nos amies, peu d’entre nous saurons faire preuve d’autant d’altruisme. Récit qui met en relief le questionnement autour de la vieillesse, de sa souffrance inhérente et de la véritable amitié. Peut-on vraiment être heureuse et vieille ? Les amies peuvent-elles prévenir les épreuves du temps ? Qu’est-ce qu’une bonne amie ? À quoi sert une amie ? Eugénie tuera ses toutous par solidarité avec les chiots tués par sa mère vétérinaire. Scène mélange de tendresse et de violence et d’une émotion étrange, voire glauque, annonciatrice de l’illumination qu’aura Eugénie à la suite de l’agonie de sa mère ! L’auteur fait preuve d’audace dans son propos d’une profonde gravité et le fait dans un style d’une grande légèreté. Accro, on ne peut se détacher du fil du suspense, malgré le fait qu’on soit aussi bien lucide quant à son issue. Jusqu’où ira-t-elle pour témoigner de l’éternel attachement à ses amitiés ? Qu’on se le tienne pour dit, l’amitié peut être dangereuse…

Je n’ai pas aimé : L’inévitable répétition du scénario qui pourtant ne lasse pas grâce à cette écriture efficace et écervelée !

Ma note sur 10 : 9

Sandrine Desbiens

SandrineDesbiens

J’ai aimé : L’histoire rafraîchissante et prenante d’une personne qui veut absolument donner une fin heureuse aux autres… de manière brutale. Eugénie voit vraiment ses actions comme nécessaires au bonheur de ses amies proches et c’est attendrissant. De plus, il est assez intrigant d’imaginer les œuvres qu’elle crée, des feuilles de plantes colorées et texturées. En somme, un livre très coloré et parfait pour une lecture au soleil.

J’ai moins aimé : Cela m’a agacée que l’auteur répète le nom des personnages presque à chaque phrase. Aussi, celui de Cheryl est banal et assez désespéré comparativement au grand enthousiasme d’Eugénie.

Ma note sur 10 : 9

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