Vietnam: un voyage mère et fille inoubliable

Que fait-on quand sa fille partie pour un long périple autour du monde nous invite à aller la retrouver? On accepte! Récit d’un mémorable voyage mère-fille.

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La Baie d’Along Photo: istock.com/GA161076

« Pourquoi tu ne viendrais pas me rejoindre au Vietnam ? » Quand Catherine, mon aînée, me fait cette proposition, à quelques jours de son départ pour l’Australie et l’Asie, ma réaction est plutôt plate : « Voyons donc, ce ne serait pas raisonnable ! Je n’ai pas les sous… »

Mais après l’avoir déposée à l’aéroport, je sèche mes larmes et reviens sur ma décision : combien de fois ma fille allait-elle me faire une offre comme celle-là ? Je serais bien folle de ne pas sauter sur l’occasion.

C’est ainsi que, quelques mois plus tard, je me retrouve dans la chaleur moite de Hô Chi Minh-Ville, après une vingtaine d’heures de vol. Ma peau sèche de février boit littéralement l’humidité de cette fin d’été asiatique. J’ai une pensée pour l’acteur Robin Williams et son inoubliable « Goooood mooooorning Vietnam ! ».

Génération globe-trotter

Ma fille dans la jeune vingtaine fait partie de cette génération qui parcourt le monde sac au dos et téléphone intelligent en poche. Elle a déjà visité la moitié de la planète. Ce qui lui a donné la piqûre ? Les expéditions de canot-camping lors des camps d’été ? Le voyage humanitaire organisé par son école secondaire ? Aucune idée. Toujours est-il qu’elle a l’âme aventureuse : Amérique du Sud, Asie, Europe… On peut dire qu’elle m’en a fait passer des nuits blanches ! Je n’ai pas sauté de joie quand elle m’a annoncé qu’elle partait un mois seule au Maroc. Et que dire de cette fois où elle a fait 12 heures de route, de nuit, en Inde, avec des amis ? L’un des pires moments de ma vie.

Elle arrive du Sri Lanka lorsque je m’apprête à la rejoindre dans le hall de son auberge de jeunesse. J’ai une petite appréhension : comment vont se dérouler les retrouvailles entre une fille habituée à ne rien planifier et une mère un peu stressée qui veut tout voir du pays en deux semaines ? La réponse s’impose vite : ce sera un séjour magnifique.

Le Vietnam est un endroit où l’on peut vivre plein d’expériences : visiter des villes, se prélasser sur la plage, faire un trek en montagne… L’industrie touristique s’y développe à vitesse grand V – les hôtels sont bien et on trouve de tout pour tous les goûts. Les déplacements sont faciles et agréables. J’ai des amis qui ont traversé la contrée en moto. Moins audacieuse, j’ai plutôt opté pour l’avion et le train, plus traditionnels et… plus confortables.

 

Hô Chi Minh-Ville Photo: stock.com/visualspace

Une histoire riche

Là-bas, on l’appelle encore Saigon. Hô Chi Minh-Ville est une grande agglomération du Sud colonisée par les Français, dynamique sans être vraiment belle. La présence française a laissé des traces : noms de rues et de commerces, architecture – par exemple le superbe bâtiment de la poste centrale, dont la charpente métallique a été conçue par nul autre que Gustave Eiffel. Le Musée des vestiges de la guerre propose un point de vue différent de celui auquel nous sommes habitués. N’oublions pas que les Vietnamiens du Sud se sont battus avec les Américains contre les Vietnamiens du Nord… Inté-res-sant et déstabilisant.

Hô Chi Minh-Ville est aussi un lieu de cafés, de terrasses et de gastronomie. On s’y régale à petit prix avec des plats de tous les jours achetés au marché ou dans les échoppes installées partout dans la ville : rouleaux de printemps hyper frais, soupes phôs et sandwichs Banh mi sur baguette croustillante, influence française oblige !

Je ne garderai pas un souvenir impérissable de mon séjour sur l’île de Phú Quôc, où de gigantesques complexes hôteliers côtoient des taudis le long des plages. Par contre, Hôi An est inoubliable. Située au centre du pays, cette ancienne capitale a été la plaque tournante du commerce maritime au 15e siècle.

Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle est l’un des endroits les plus visités du Vietnam. On comprend pourquoi dès qu’on y met les pieds. Constituée d’un enchevêtrement de petites rues étroites traversées par des canaux, Hôi An prend des allures féeriques une fois la nuit tombée, alors que des centaines de lanternes multicolores s’allument un peu partout et se reflètent dans l’eau. Tout s’anime, des restaurants temporaires apparaissent au bord de l’eau. C’est la fête ! On peut s’y faire confectionner des vêtements taillés dans la soie. J’en profite pour acheter quelques belles écharpes et j’offre à ma fille une robe aux couleurs chatoyantes. J’ai droit au meilleur Banh mi de mon voyage, dans un boui-boui chaudement recommandé par le chef-vedette Anthony Bourdain dans son émission No Reservations (en rediffusion sur Netflix). Catherine, elle, ne comprend pas pourquoi il faudrait faire la file 30 minutes, alors que le petit resto d’à côté, déserté, vend lui aussi les traditionnels sandwichs vietnamiens. Ma réponse ? Parce que…

 

Soupe phô   Photo: stock.com/Hueberto

Coup de cœur à Hanoi

Les rues sont envahies de scooters et les trottoirs débordent de petits restaurants improvisés. Nous sommes à Hanoi, la capitale, ô combien bruyante, désordonnée et polluée. Et pourtant, j’adore. Quelle énergie ! Pas étonnant, puisque près de la moitié de la population du Vietnam est âgée de moins de 25 ans. Pour circuler dans ce chaos, il faut la plupart du temps marcher sur la chaussée. Une chambre d’hôtel ne coûte pas cher, un repas au resto encore moins. Belle occasion d’offrir un peu de luxe à ma fille, habituée aux salles de bains communes des auberges de jeunesse. Le vieux Hanoi – le quartier Hoan Kiem – est reconnu pour ses rues aux noms évocateurs : rue de la mercerie, rue de la soie, rue des instruments de musique… Les touristes s’y bousculent. On y trouve aussi plusieurs musées. À ne pas manquer : le Musée des femmes du Vietnam, pour mieux comprendre leur place dans l’histoire du pays. Mention spéciale au Temple de la littérature, oasis de paix dans le tohu-bohu de la ville. Tout, ou presque, est à distance de marche, sinon on se déplace en bus ou en taxi pour trois fois rien.

Les rizières de Sapa  Photo: stock.com/Gilsdenski

Perdues dans les nuages

Nous voilà en route pour Sapa, dans le Nord, à quelques kilomètres de la frontière chinoise. Voyager en train de nuit promettait d’être toute une expérience ! Mais alors que les wagons grincent et que la fumée de cigarette de l’occupant de la cabine voisine s’infiltre dans la mienne, je suis moins sûre de mon choix… Au contraire de moi, Catherine dort à poings fermés. Huit heures plus tard, nous débarquons dans un paysage enveloppé d’une épaisse ouate blanche. Un brouillard à rendre jaloux n’importe quel Londonien.

Impossible d’apercevoir ne serait-ce qu’un bout de rizière. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous marchons quelques heures sur des routes boueuses afin de nous rendre au village voisin. Et nous nous consolons au spa de l’hôtel, avant de regarder la cérémonie des Oscars sur HBO Asia en dégustant un bon petit-déjeuner…

Pas question de quitter le Vietnam sans avoir vu la baie d’Along, 170 km à l’est de Hanoi, avec ses rochers lunaires qui jaillissent de l’eau, tels des dos de bêtes préhistoriques. Oui, c’est très touristique. Et il faut bien cadrer sa photo pour ne pas y voir les dizaines d’embarcations qui s’entrechoquent sur l’eau. Malgré tout, jamais je n’oublierai ce sublime lever de soleil sur le pont du bateau avec Catherine, toutes les deux emmitouflées dans une épaisse couverture. Si c’était à refaire, j’opterais sans doute pour la baie voisine, Tu Long, moins fréquentée. Ce coin de pays et ses paysages uniques valent vraiment le détour.

Lanternes à Hôi An Photo: stock.com/Holgs

Est-ce que je retournerai un jour au Vietnam ? Je ne sais pas. Il me reste à parcourir le delta du Mékong, je pourrais revoir Hanoi et, pourquoi pas, traverser les rizières à moto. Ce que je sais, par contre, c’est que les journées passées avec ma fille à découvrir ce pays magnifique figureront parmi les plus beaux moments de ma vie.

Bons plans

  • Mieux vaut aller au Vietnam durant nos mois d’hiver, qui correspondent à l’été là-bas. Sinon, on tombe dans la saison des pluies, ce qui est beaucoup moins agréable. Plusieurs compagnies aériennes s’y rendent, avec une escale en Europe ou en Asie.
  • Pendant la haute saison, il est plus prudent de réserver l’hôtel. Plusieurs agences proposent des croisières sur la baie d’Along. Pour ma part, j’ai choisi Handspan, recommandée par une amie, et j’ai eu droit à un excellent service. Tout a été planifié et réservé de Montréal sans problème.

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