Ré ou la vie en couleurs pastel

On pense tout connaître de la vieille France, jusqu’à ce qu’on découvre l’île de Ré, lumineuse et langoureuse. Bienvenue au pays des couleurs zen et d’un rythme de vie qui l’est tout autant.

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Christophe Boisvieux/Corbis

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Certains, d’entrée de jeu, seront séduits par la mer. Avec ses plages bordées de dunes, fines et longues comme à Cape Cod ou à Nantucket, elle symbolise à elle seule l’esprit de tout séjour balnéaire.

D’autres aimeront les petits villages avec leurs venelles fleuries où l’on circule à vélo ou à pied, en quête d’huîtres ou de fleur de sel après une journée de soleil.

D’autres encore tomberont carrément amoureux de la douceur ambiante. « Quelque chose dans la lumière », résume Florence Hubert, Parisienne mais aussi Rétaise à temps partiel depuis des lustres. Quelque chose dans les couleurs aussi, toujours pastel.

Gris délavé, bleu éteint, turquoise effacé, azur et vert fumés ou ardoise qu’on dirait usés par le vent et la mer… Partout, ces tons délicats parent les portes et les volets des maisons blanchies à la chaux. Grâce à eux, toute l’île se prélasse dans un style paisible et harmonieux.

Ré la discrète
L’île de Ré n’est pas une destination très connue des touristes étrangers qui visitent la France, d’où la surprise encore plus grande quand on y arrive.

D’habitude, on se rend à Paris, l’incontournable. Puis, si on est chanceux, suivent les voyages en Provence, en Bretagne et en Normandie. Les châteaux de la Loire, peut-être, se grefferont aussi à l’itinéraire, ou le Sud-Ouest et le Bordelais. Les amateurs de vins iront jusqu’en Alsace ou en Bourgogne, les skieurs vers la Savoie.

La France recèle pourtant d’autres trésors, dont plusieurs destinations vacances prisées d’abord et avant tout par les Français eux-mêmes, qui laissent la tour Eiffel, les châteaux et autres attractions populaires aux touristes. L’île de Ré figure en haut de cette liste, pas loin de Belle-Île, de Saint-Jean-de-Luz ou de Noirmoutier.

À des années-lumière de la côte d’Azur et de sa faune rutilante aux yachts géants, cheveux décolorés et moues botoxées, l’île de Ré, disent les habitués, est un endroit où la discrétion s’inscrit dans les mœurs. Ici, on range sa grosse Rolex et son sac Vuitton. Et on oublie la voiture sport décapotable. On se déplace plutôt à bicyclette.     « Ré n’est pas Ibiza », tranche le magazine Le Point.

Ici, le chic du chic est de ne pas chercher à l’être et de préférer les espadrilles délavées aux talons hauts, le lin froissé au lamé, l’argent terni à tout ce qui est chromé. Rien n’y miroite. Car il n’y a pas que les fleurs, les volets ou les nappes vendues dans les petits marchés qui sont pastel à l’île de Ré. C’est tout un état d’esprit.

Ré, à petits pas
Avec ses 85 km2, cette île située au large de La Rochelle, en Charente-Maritime, sur la côte ouest de l’Hexagone, est la quatrième île française en superficie après la Corse, Belle-Île et Oléron, sa voisine. Elle est reliée à la terre par un pont de 3 km construit en 1988.

L’île compte 10 communes, dont la grande Sainte-Marie, la première que l’on croise en arrivant, et Les Portes-en-Ré, plus à l’ouest. Entre les deux, Saint-Martin, village fortifié, en est la capitale historique. Se perdre dans ses ruelles à la recherche de conserves – une boutique se spécialise uniquement en sardines et en maquereaux! – ou de glaces aux parfums éclatés fait partie des activités typiques des vacanciers, après une journée à la plage à lézarder ou à surfer. On peut aussi faire une balade à dos d’âne en culotte, tradition locale qui s’explique par la nécessité, jadis, de protéger les pattes de ces bêtes quand elles allaient travailler dans les marais.

Le village d’Ars, un peu plus à l’ouest, est connu pour son marché, où on trouve de tout, des chemises de lin – en tons pastel évidemment! – et pyjamas en coton aux objets de cuisine et aux maillots de bain. Les enfants adorent le manège et son chanteur, qui compose ses chansons dont les refrains reviennent année après année. Dans la partie couverte, le marché d’Ars séduit les gourmands. On s’y procure fromages, viandes, poissons… Et les pommes de terre de l’île, réputées uniques. C’est là aussi qu’on peut acheter la fleur de sel récoltée dans les marais salants qui ponctuent le paysage de tout l’ouest de l’île et qu’on découvre en se baladant à vélo grâce à un réseau de pistes cyclables.

En bout d’île, vers l’ouest, on arrive au village des Portes, dans un univers qui semble un peu isolé et se laisse deviner petit à petit. La boutique qu’on avait d’abord crue remplie de babioles est en fait un commerce de produits de qualité. Le petit bureau d’immobilier sans prétention, quand on y regarde de plus près, propose des demeures qui n’ont rien de bicoques de pêcheurs.

Au détour d’un carrefour, on pourra croiser plusieurs personnalités. « Ici, ce serait totalement déplacé de déranger ces célébrités », expliquent les gens de la place. Leurs maisons, d’ailleurs, ne se font pas remarquer non plus. Tout est caché derrière des murs blancs contre lesquels s’appuient paresseusement de hautes roses trémières, omniprésentes.

Plus à l’ouest que Les Portes encore, le village de Saint-Clément-des-Baleines possède un très haut phare dans lequel on peut grimper.

Et de là-haut, par beau temps, la vue sur tout l’ouest de l’île est spectaculaire.

On ne distingue pas les roses trémières ni les volets des maisons. Mais on se rend compte qu’aucune construction baroque ne brise l’horizon de cette île discrète, sage et élégante. Où la lumière et la douceur de vivre sont toujours au rendez-vous.

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