1. Châtelaine : Qu'est-ce que l'acné de l'adulte ?
Dre Brigitte Dreno, présidente de la Société française
de dermatologie : L'acné de l'adulte est une préoccupation
relativement nouvelle : on s'y intéresse scientifiquement depuis
à peine 10 ans. Cela explique pourquoi on n'en connaît pas
totalement les causes. Toutefois, on peut sûrement identifier quelques
facteurs qui contribuent à la prolifération des comédons
chez les 25 ans et plus. Par exemple, adopter des soins cosmétiques de
piètre qualité ou mal adaptés à son type de peau
– ou encore en changer continuellement – augmente les risques d'allergies
et de réactions cutanées. On peut aussi montrer du doigt le stress
professionnel, la contraception, les menstruations, les grossesses et la sensibilité
hormonale. Chez l'adulte, l'acné se manifeste tout autrement
que chez l'adolescent : les points noirs font plutôt place à
des boutons bien rouges, qu'on remarque surtout sur la mâchoire
inférieure, chez la femme, et dans le dos, chez l'homme. Et notez
bien : le problème n'est pas réservé qu'à
ceux et celles qui ont souffert d'acné juvénile ! Dans la
mesure où votre peau est à tendance grasse, elle peut être
affligée par l'acné à l'âge adulte.
2. Peut-on guérir l'acné adulte, ou s'agit-il d'un
problème chronique ? Quels sont les traitements les plus performants ?
L'acné se guérit. Avec l'â ge, on voit même
les glandes sébacées s'atrophier ; si bien que, au-delà
de la cinquantaine, les cas d'acné sont rares. Des dizaines de
traitements en vente libre sont offerts en pharmacie – recherchez surtout ceux
à base de trétinoïne, d'acide salicylique, de peroxyde
de benzoyle ou de lipohydroxyacide (LHA). Médecins, dermatologues et
pharmaciens peuvent vous aider à distinguer les bons produits des mauvais.
Si les solutions topiques de base s'avèrent inefficaces pour vous,
consultez un dermatologue ; il pourra vous proposer divers traitements médicaux.
Entre autres propositions, la tétracycline : un antibiotique à
action anti-inflammatoire qui, associé à un traitement local pour
une période de 4 à 6 mois, freine les sécrétions
sébacées et diminue l'inflammation. Chez les femmes enceintes,
l'application de soins topiques haute tolérance, à base
d'acide salicylique ou de LHA, est sans danger pour le fœtus et réussit
généralement à venir à bout des poussées
de comédons. La nouvelle génération des contraceptifs oraux
– Diane 35, par exemple – constitue un traitement hormonal efficace
sur une acné modérée. Enfin, le traitement dermatologique
le plus puissant reste, à ce jour, l'Accutane (oral). La dose doit
être ajustée en fonction du poids de chacune et la cure s'étale
sur plusieurs mois. Les résultats sont étonnants. Le traitement
entraîne par contre des inconvénients majeurs : sécheresse
cutanée extrême, contraception obligatoire pendant le traitement
et les deux mois qui en suivent l'arrêt.
3. Cigarette, alcool et malbouffe aggravent-ils l'acné ?
À ce jour, aucune étude n'a démontré que le
chocolat, les frites ou la pizza aggravaient l'acné. Même
constat pour l'alcool. La cigarette, c'est autre chose. Non seulement
les cas d'acné adulte sont-ils plus importants chez les fumeurs,
mais ces derniers répondent moins bien aux traitements dermatologiques
que les non-fumeurs.
4. Doit-on « faire éclore » un bouton d'acné
ou non ?
Jamais ! À toute rupture de kyste, on risque l'inflammation. Plus
on touche aux comédons, plus on répartit les germes sur les tissus
environnants et plus grands sont les risques de cicatrices. On devrait plutôt
appliquer sur l'affection des produits dermatologiques ciblés,
en se rappelant qu'un traitement curatif précoce amoindrit les
risques de marques, de cicatrices et de persistance du problème.
5. Quelle routine d'hygiène quotidienne recommandez-vous aux femmes
souffrant d'acné adulte ? Doivent-elles mettre une croix sur le
maquillage ?
Pour enlever le surplus de sébum et assainir la peau, je vous recommande
d'avoir recours principalement à des solutions nettoyantes sans
savon – les laits démaquillants sans rinçage sont contre-indiqués,
car ils laissent un film gras sur l'épiderme. On fait mousser,
sans frotter, sur tout le visage (et non pas seulement sur les zones boutonneuses) à l'aide
d'eau tiède – ni trop chaude ni trop froide. Puis on enchaîne
avec un tonique sans alcool ou une eau thermale apaisante. On termine par un
hydratant non comédogène adapté à son problème
cutané. Le soir, ce produit peut être remplacé par un traitement
ciblé plus puissant, et donc plus asséchant. Nul besoin d'éliminer
le maquillage. On doit le choisir de bonne qualité : sans huile, testé
contre les allergies, non comédogène et adapté aux peaux
acnéiques. Ce qui compte, c'est d'avoir la main légère
et d'éviter les superpositions de couches épaisses de maquillage
: au fond de teint qu'on fait suivre de poudre, je privilégie l'usage
d'une crème teintée matifiante qui, grâce à
sa mission triple, uniformise le teint, nourrit l'épiderme et en
limite la luisance.
6. Est-ce une impression que l'été on voit fondre ses boutons
d'acné ?
C'est un fait : les poussées acnéiques sont moindres en
été parce que le soleil assèche les glandes sébacées
et épaissit la peau, ce qui aide à en resserrer les pores. Mais
ne vous y trompez pas : le soleil est un faux ami pour la peau. La preuve ?
Dès l'arrivée de l'automne, l'acné ressort
à la puissance 10 ! Retenez ceci : en desquamant l'épiderme,
les produits de traitement contre l'acné augmentent la photosensibilité.
Les personnes sous traitement ne devraient donc jamais sortir sans protection
solaire, même par temps gris.
7. Vous avez parlé, tout à l'heure, des risques de cicatrices
disgracieuses sur la peau. Le cas échéant, est-ce irrémédiable ?
Pour amoindrir les cicatrices, des procédures chimiques ou des interventions
en clinique sont envisageables. Pour celles qui recherchent le « coup
d'éclat », une préparation à base d'AHA
(de 40 à 50 %) peut être appliquée sur leur visage, en cabinet
médical, afin d'homogénéiser le teint et de resserrer
les pores. Sur les cicatrices atrophiques, la dermabrasion et le peeling chimique
donnent de bons résultats. Pour venir à bout de petites cicatrices,
on peut aussi opter pour des traitements au laser. Enfin, la chirurgie corrective
diminue sensiblement la visibilité des cicatrices profondes.
Les conseils de la Dre Dreno pour éviter la prolifération des boutons :
• Pas touche !
• Évitez de « surlaver » ou de gommer à outrance
votre peau : nettoyez-la plutôt délicatement, soir et matin.
• Maquillez-vous modérément et choisissez des produits
adaptés : sans huile, non comédogènes et à l'intention
des peaux acnéiques.
• Méfiez-vous des produits capillaires : généralement
à base d'alcool, ils peuvent irriter et assécher la peau.
• Limitez les frictions : attention aux mentonnières, casques
et bandeaux.
• Attachez vos cheveux s'ils sont longs.
• Buvez de 6 à 8 verres d'eau par jour.