Petit guide des huiles essentielles

L’industrie de la beauté flirte avec les huiles essentielles. Pas étonnant, puisqu’elles sont une source de bienfaits pour notre peau et nos cheveux. Petit tour d’horizon.

  0
essential oils with herbs on science sheet

Photo: iStock

À LIRE: Beauté éthique: les labels d’ici

Il y a belle lurette que les Européens ajoutent ces essences qu’on tire des feuilles, des racines, des fleurs et des fruits à leurs produits de beauté. « En Amérique du Nord, l’industrie des petits pots commence à se pencher sur les vertus cosmétiques et olfactives des huiles essentielles. Les consommatrices ont envie de troquer parabènes, phtalates et autres fragrances synthétiques contre des substances naturelles », soutient Jean Colas, premier vice-président marketing et ventes chez Dermolab Pharma, proprio de la marque québécoise Lotus Aroma.

Ces précieux nectars sont la passion d’Isabelle Pacchioni, cofondatrice de la marque française Puressentiel, chef de file dans le domaine en Europe. Les deux pieds dans un champ de lavande de Provence, elle explique la particularité des essences : « Bien des gens l’ignorent, mais il faut généralement une énorme quantité de végétaux pour obtenir quelques gouttes d’huile essentielle. Pour la lavande vraie, par exemple, il faut 100 kg de plantes pour en obtenir 1,3 kg. » Ce qui explique son prix relativement élevé. Et ce n’est rien en comparaison avec la rose de Damas : près de 4 tonnes de fleurs pour produire seulement 1 kg !

Tout dépend de la quantité de molécules aromatiques présentes dans la plante. D’ailleurs, il doit y en avoir suffisamment pour qu’on soit en mesure d’en tirer une huile. « Seuls 10 % des 800 000 végétaux répertoriés sur le globe en produisent », souligne l’experte.

On utilise les huiles essentielles depuis la nuit des temps. Les Égyptiens imprégnaient d’huiles aromatiques les tissus recouvrant leurs défunts, d’où les momies bien conservées ! Au tournant du 20e siècle, le chimiste et parfumeur René-Maurice Gattefossé a découvert les propriétés cicatrisantes de la lavande après qu’une explosion dans son labo l’eut laissé gravement brûlé. L’aromathérapie, la thérapie par les huiles essentielles, était née.

À LIRE: Quoi manger pour avoir une belle peau?

De grandes propriétés

Pour stimuler le cuir chevelu ou apaiser la rosacée, par exemple, les huiles essentielles n’ont pas leurs pareilles. Liposolubles – elles se dissolvent dans les gras –, elles pénètrent donc les tissus du corps pour être distribuées par le flux sanguin. Sur la peau et les cheveux, l’effet est immédiat. Ces huiles sont composées d’une multitude de molécules. « Plus de 1000 dans le cas de la lavande vraie, poursuit Isabelle Pacchioni. Chaque variété possède ainsi diverses propriétés. La lavande vraie est reconnue pour son action cicatrisante, la lavande aspic calme les démangeaisons causées par les piqûres d’insecte, et le lavandin a des vertus relaxantes. »

Antibactériennes et régénératrices pour la plupart, les huiles essentielles sont aussi odorantes, bien sûr. « Leur pouvoir olfactif est grand, précise Jean Colas. Certaines sont très évocatrices. Elles ajou­tent au plaisir des soins personnels. »

Alchimistes en herbe

Pour parfaire son rituel beauté, on peut concocter soi-même quelques potions à base d’huiles essentielles. Le panier de base comprend une cire émulsifiante, une huile végétale (d’argan, de jojoba ou même d’olive) et des huiles essentielles à choisir selon son type de peau. « On opte pour des produits de première qualité. Sur l’étiquette, on doit trouver le nom de la plante en latin, sa provenance, la partie distillée, la famille biochimique et le lot. Toutes les huiles ne sont pas égales ! » s’exclame Catherine Meunier, fondatrice de la marque Idoine.

On est ensuite prête à jouer les aromathérapeutes. Pour préparer un soin hydratant, on dépose deux ou trois gouttes d’huiles essentielles dans une crème neutre, une huile végétale ou sa lotion hydratante habituelle. Le trio huile d’olive, cire d’abeille et huiles essentielles donne un astucieux baume pour les lèvres. On peut aussi appliquer une huile (d’arbre à thé, par exemple) par petites touches sur un bouton pour l’assécher.

Les huiles essentielles sont insolubles dans l’eau. « Mieux vaut les diluer dans une base neutre comme une huile végétale avant de les verser dans un bon bain chaud », conseille Marise Pitre, aromathérapeute chez Hunzaroma. Comme chacune possède une concentration d’actifs différente, il n’existe pas de règle universelle de dilution.

« Certaines (cannelle, clou de girofle, origan…) peuvent irriter la peau et ne doivent pas être utilisées pures. D’autres, comme la bergamote et les agrumes, rendent l’épiderme plus vulnérable aux UV si l’on s’expose au soleil tout de suite après l’application », prévient-elle. Pour s’assurer qu’une huile nous convient, on effectue d’abord un test d’allergie en déposant une ou deux gouttes de l’essence choisie sur son poignet, puis on attend quelques heures. L’absence de réaction (telle qu’une rougeur) donne le feu vert pour l’utilisation.

À LIRE: Beauté : Nos cosmétiques québécois chouchous

L’abc des huiles

Qu’est-ce qu’une huile essentielle ? « Il s’agit d’un concentré aromatique issu d’une plante, obtenu par distillation à vapeur d’eau ou par pressage – c’est le cas des huiles essentielles d’agrumes. Chaque huile se compose d’une variété de molécules volatiles, odorantes et bioactives qui voyagent très bien », explique Benoit Roger, postdoctorant au Laboratoire LASEVE de l’Université du Québec à Chicoutimi, qui se consacre à l’étude des plantes, et coordonnateur chez Groupe BoréaRessources, qui produit et commercialise des huiles essentielles.

 

 

Impossible d'ajouter des commentaires.