Belle et bio

Se faire belle avec des produits vraiment naturels, écologiques ou même biologiques, c’est possible ! À condition de savoir déchiffrer les étiquettes…

Valérie Borde 0


 

Outre-Atlantique, c’est la tendance du moment. En Angleterre, les pharmacies Boots, premiers vendeurs de cosmétiques au pays, offrent quantité de produits dits naturels. En France, le magazine de consommateurs Que choisir ? et l’émission télévisée Envoyé spécial dénonçaient récemment le cocktail de substances chimiques douteuses présent dans les cosmétiques. Ils emboîtaient ainsi le pas à Greenpeace Europe qui, pour la fête des Mères, avait divulgué une liste de marques utilisant des ingrédients nocifs pour l’environnement ou la santé. Parfums, rouges à lèvres, désodorisants, gels douche, démaquillants, après-rasage, crèmes antirides, lotions pour bébé, alouette : les salles de bains abriteraient une véritable bombe à retardement.

À de rares exceptions près, toutes les grandes marques étaient jugées coupables de recourir à des produits cancérigènes, perturbateurs d’hormones ou polluants. Même utilisés à de très faibles doses, explique Greenpeace Europe, tous ces ingrédients font courir des risques inutiles et pourraient être remplacés par des équivalents moins toxiques. Certaines entreprises songeraient même à incorporer à leurs produits des substances susceptibles de modifier l’ADN des cellules de la peau : une véritable manipulation génétique ! Résultat : l’an dernier, en France, les ventes de cosmétiques « naturels » ont augmenté de 40 %.

Chassez le chimique…
Au Québec aussi, le naturel a la cote. Soins aux algues, huiles essentielles, crèmes à l’avoine ou au soya… Mais la réalité est moins fleur bleue. La plupart des cosmétiques sont encore faits d’ingrédients issus de la pétrochimie et ne renferment souvent que d’infimes quantités – parfois moins de 0,1 % – de composés de source naturelle. « Les substances de synthèse sont peu coûteuses et de qualité constante », explique Nicolas Munoz, représentant des ventes pour Multichem, une entreprise de Montréal qui fournit des ingrédients naturels et chimiques à l’industrie cosmétique.

Chassez le chimique et il revient au galop ! Comme les appellations « naturel », « végétal » ou « biologique » ne sont pas réglementées, rien n’empêche d’extraire de l’huile essentielle à grand renfort de solvants, d’en incorporer une ou deux gouttes à une crème hydratante et de prétendre qu’elle est « à base » d’extraits de plantes…

Décoder les étiquettes
Comment s’y retrouver dans cette jungle où l’hypocrisie frôle parfois la malhonnêteté ? La tâche n’est pas facile. En novembre prochain, Santé Canada obligera tout de même les fabricants à afficher la composition des produits suivant le Code international des ingrédients cosmétiques (le INCI, pour International Nomenclature Cosmetic Ingredients), déjà utilisé dans plusieurs autres pays. Ce code uniformise le nom des ingrédients, mais ne dit rien des quantités utilisées, de leur mode de fabrication ou de leur provenance. « Cela permettra au moins aux gens allergiques à une substance de la repérer facilement », indique Cynthia Desnoyers, de la division des cosmétiques de Santé Canada.

Mais pour comprendre les étiquettes, mieux vaudra s’armer de patience : le code INCI donne les noms des substances en latin et en anglais et un simple shampooing peut contenir une cinquantaine d’ingrédients. Ceux-ci seront toutefois classés par ordre d’importance (sauf en deçà de 1 %), ce qui permettra au moins de voir si l’extrait de camomille vanté sur l’emballage figure au début ou à la fin de la liste.

Des labels qui ne mentent pas
Plus simple et plus sûr : chercher sur l’emballage le label d’un des rares organismes indépendants qui certifient des cosmétiques à la manière des aliments biologiques. Ecocert en France, Soil Association en Grande-Bretagne et BDIH en Allemagne demeurent pour l’instant les seuls à garantir que certains produits sont faits de matières premières empruntées à la nature, peu transformées et biologiques pour la plupart et que leurs fabricants ont fait de réels efforts pour l’environnement. « C’est l’unique manière de rester crédible dans cette industrie du mensonge », croit Alain Renaud, PDG et fondateur de la société Druide, de Pointe-Claire, seule au Canada à avoir obtenu le label d’Ecocert pour certains produits.

Pour l’instant, la plupart des cosmétiques certifiés sont fabriqués par de petites entreprises européennes. « Les multinationales n’ont pas envie de modifier leurs formules. Seule l’industrie du luxe commence à s’y mettre », dit Valérie Lemaire, responsable des écoproduits pour Ecocert. Par exemple, Yves Saint Laurent vendra bientôt ses premiers produits certifiés.

Probablement moins polluants pour l’environnement que leurs équivalents traditionnels, les cosmétiques certifiés sont-ils meilleurs pour la santé ? Oui, selon Greenpeace Europe et les fabricants. Pas forcément, estime Santé Canada, qui vérifie la composition de tous les nouveaux cosmétiques. « On s’assure qu’ils ne contiennent pas d’ingrédients interdits parce que dangereux », explique Cynthia Desnoyers. Mais, parce qu’en principe ils ne devraient pas avoir d’effets sur la santé, les cosmétiques sont bien moins surveillés que les médicaments ou les produits naturels. Et certaines substances autorisées ne sont pas des plus recommandables… Le formaldéhyde par exemple, reconnu comme hautement cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé, peut être utilisé partout dans le monde jusqu’à une concentration de 5 % dans les durcisseurs à ongles.

Les garanties Ecocert
Les 2 200 produits labellisés par Ecocert contiennent au plus 5 % d’ingrédients de synthèse (donc 95 % d’ingrédients naturels). Pour obtenir le label « Écologique », un produit doit renfermer au moins 5 % de végétaux certifiés biologiques par un organisme reconnu, comme Québec Vrai. Quant au label « Écologique et biologique », il exige au moins 10 % de végétaux certifiés biologiques. Les colorants ou parfums de synthèse sont interdits. Le producteur s’engage à ne pas recourir aux tests sur les animaux, aux OGM, à l’irradiation, aux solvants organiques ou à des procédés de transformation énergivores. Les emballages doivent être recyclables, la composition du produit détaillée sur l’étiquette…

Pas de miracle
Les cosmétiques certifiés sont-ils plus efficaces que les autres ? Rien ne permet pour l’instant d’en juger. « Ecocert n’atteste pas l’efficacité des produits, mais que leur mode de fabrication, dit Valérie Lemaire. On peut faire une mauvaise tarte avec de la farine et du beurre bios. »

Pour le docteur Ari Demirjian, dermatologue et professeur de médecine au Centre hospitalier universitaire McGill, les cosmétiques certifiés ne semblent ni meilleurs ni pires que les autres… surtout en l’absence d’études scientifiques pour les uns comme pour les autres. « Croire que si c’est naturel, c’est forcément mieux, voilà un mythe qui peut être dangereux », insiste-t-il.

Chose certaine, ces cosmétiques à la composition radicalement différente de celle des produits courants permettent d’éviter des substances auxquelles on réagit parfois mal. En gardant toutefois à l’esprit que la nature recèle aussi des irritants et des allergènes… L’herbe à poux en est un exemple. La liste d’ingrédients interdits par Santé Canada comporte d’ailleurs nombre de végétaux, comme la lobélie, une plante médicinale. Certains produits Dr. Hauschka, souvent considérés comme les plus perfectionnés des cosmétiques naturels, sont formulés à base d’huile d’arachide. « Les personnes aux prises avec une allergie alimentaire grave à l’arachide devraient s’en méfier », croit le docteur Demirjian.

Nouvelles sensations
Un autre risque est montré du doigt par Jean Amiot, un professeur de l’Université Laval qui a conçu des produits à base de protéines de lait pour l’industrie cosmétique. « Les conservateurs de synthèse tant décriés sont bien plus puissants que leurs équivalents d’origine naturelle. Ils prolongent de beaucoup la durée de vie des produits et empêchent les micro-organismes de les envahir », explique-t-il. Bref, mieux vaut ne pas laisser traîner les produits qui n’en contiennent pas. La chimie a aussi l’avantage d’offrir une source quasi inépuisable de parfums et de textures que les ingrédients naturels peinent à reproduire : les crèmes manquent parfois de fluidité, les shampooings moussent peu même s’ils lavent très bien. La science permet de découvrir de nouvelles sensations. Quant aux produits de coloration, même les plus « verts » contiennent souvent une part de chimie sans laquelle ils se montreraient peu efficaces.

Reste que, par souci de protéger l’environnement et d’encourager des entreprises responsables ou des artisans locaux, ou même pour le plaisir de changer, tous ces cosmétiques d’un nouveau genre valent la peine qu’on les essaie. « Acheter, c’est voter », répète la militante écologiste Laure Waridel.

Pour en savoir plus : La vérité sur les cosmétiques, Rita Stiens, Éditions Leduc.S, 2005.

Faire de bons choix
Des cosmétiques souvent artisanaux contiennent aussi des ingrédients biologiques ou équitables : savons au lait de chèvre, baumes à lèvres, huiles essentielles… Ils affichent parfois le logo d’un organisme de certification de produits agricoles comme Québec Vrai ou OCIA (Organic Crop Improvement Association). Mais le logo certifie seulement ces ingrédients, pas le produit final. Et comme rien n’interdit d’utiliser 1 % d’huile de karité bio, 1 % de cacao équitable et 98 % de paraffine, mieux vaut se méfier et poser des questions aux fabricants. Pour éviter ces abus, Québec Vrai interdit depuis mai dernier aux entreprises d’afficher son logo sur leurs produits.

Quelques suggestions
· Les produits écologiques de fabrication artisanale de l’entreprise québécoise Fleur Bleue : savon à la lavande, 5 $, sels et gel de bain Relax à la lavande et à la verveine citronnée fabriqués à base d’huiles essentielles pures, 13 $ (250 ml) et 12 $ (250 ml).
· Lait hydratant écologique et biologique visage et corps Pur & Pure de Druide, conçu pour les peaux hypersensibles, 22 $ (240 ml).
· Shampooing Balance de Druide, très efficace pour les cheveux décolorés, traités chimiquement, dévitalisés, vulnérables et déminéralisés, 11 $ (250 ml).
· Crème à la rose Dr. Hauschka, un soin de jour protecteur, régénérant et apaisant, 40 $ (30 ml).

À retenir
· Les cosmétiques renferment des substances nocives pour la santé et l’environnement, selon des organismes européens.
· Les appellations « naturel », « végétal », « biologique » ou « écologique » ne sont pas réglementées et ne garantissent en rien la composition d’un produit.
· Seuls les produits certifiés par un organisme reconnu comme Ecocert font l’objet d’un contrôle.
· Les cosmétiques certifiés ne sont pas forcément plus efficaces que les autres, mais ils sont meilleurs pour l’environnement.
· À partir de novembre, la composition des cosmétiques devra être inscrite sur l’étiquette.

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