L’acné adulte en 7 questions

L’acné ne touche pas que les ados. Les adultes en souffrent aussi.
Une éminente dermatologue nous en explique les raisons et nous donne
les solutions.

Angélique Martel 0

acné adulte


 
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1. Châtelaine : Qu’est-ce que l’acné de l’adulte ?
Dre Brigitte Dreno, présidente de la Société française de dermatologie :
L’acné de l’adulte est une préoccupation relativement nouvelle : on s’y intéresse scientifiquement depuis à peine 10 ans. Cela explique pourquoi on n’en connaît pas totalement les causes. Toutefois, on peut sûrement identifier quelques facteurs qui contribuent à la prolifération des comédons chez les 25 ans et plus. Par exemple, adopter des soins cosmétiques de piètre qualité ou mal adaptés à son type de peau – ou encore en changer continuellement – augmente les risques d’allergies et de réactions cutanées. On peut aussi montrer du doigt le stress professionnel, la contraception, les menstruations, les grossesses et la sensibilité hormonale. Chez l’adulte, l’acné se manifeste tout autrement que chez l’adolescent : les points noirs font plutôt place à des boutons bien rouges, qu’on remarque surtout sur la mâchoire inférieure, chez la femme, et dans le dos, chez l’homme. Et notez bien&nbsp: le problème n’est pas réservé qu’à ceux et celles qui ont souffert d’acné juvénile ! Dans la mesure où votre peau est à tendance grasse, elle peut être affligée par l’acné à l’âge adulte.

2. Peut-on guérir l’acné adulte, ou s’agit-il d’un problème chronique ? Quels sont les traitements les plus performants ?
L’acné se guérit. Avec l’â ge, on voit même les glandes sébacées s’atrophier ; si bien que, au-delà de la cinquantaine, les cas d’acné sont rares. Des dizaines de traitements en vente libre sont offerts en pharmacie – recherchez surtout ceux à base de trétinoïne, d’acide salicylique, de peroxyde de benzoyle ou de lipohydroxyacide (LHA). Médecins, dermatologues et pharmaciens peuvent vous aider à distinguer les bons produits des mauvais. Si les solutions topiques de base s’avèrent inefficaces pour vous, consultez un dermatologue ; il pourra vous proposer divers traitements médicaux. Entre autres propositions, la tétracycline : un antibiotique à action anti-inflammatoire qui, associé à un traitement local pour une période de 4 à 6 mois, freine les sécrétions sébacées et diminue l’inflammation. Chez les femmes enceintes, l’application de soins topiques haute tolérance, à base d’acide salicylique ou de LHA, est sans danger pour le fœtus et réussit généralement à venir à bout des poussées de comédons. La nouvelle génération des contraceptifs oraux – Diane 35, par exemple – constitue un traitement hormonal efficace sur une acné modérée. Enfin, le traitement dermatologique le plus puissant reste, à ce jour, l’Accutane (oral). La dose doit être ajustée en fonction du poids de chacune et la cure s’étale sur plusieurs mois. Les résultats sont étonnants. Le traitement entraîne par contre des inconvénients majeurs : sécheresse cutanée extrême, contraception obligatoire pendant le traitement et les deux mois qui en suivent l’arrêt.

3. Cigarette, alcool et malbouffe aggravent-ils l’acné ?
À ce jour, aucune étude n’a démontré que le chocolat, les frites ou la pizza aggravaient l’acné. Même constat pour l’alcool. La cigarette, c’est autre chose. Non seulement les cas d’acné adulte sont-ils plus importants chez les fumeurs, mais ces derniers répondent moins bien aux traitements dermatologiques que les non-fumeurs.

4. Doit-on « faire éclore » un bouton d’acné ou non ?
Jamais ! À toute rupture de kyste, on risque l’inflammation. Plus on touche aux comédons, plus on répartit les germes sur les tissus environnants et plus grands sont les risques de cicatrices. On devrait plutôt appliquer sur l’affection des produits dermatologiques ciblés, en se rappelant qu’un traitement curatif précoce amoindrit les risques de marques, de cicatrices et de persistance du problème.

5. Quelle routine d’hygiène quotidienne recommandez-vous aux femmes souffrant d’acné adulte ? Doivent-elles mettre une croix sur le maquillage ?
Pour enlever le surplus de sébum et assainir la peau, je vous recommande d’avoir recours principalement à des solutions nettoyantes sans savon – les laits démaquillants sans rinçage sont contre-indiqués, car ils laissent un film gras sur l’épiderme. On fait mousser, sans frotter, sur tout le visage (et non pas seulement sur les zones boutonneuses) à l’aide d’eau tiède – ni trop chaude ni trop froide. Puis on enchaîne avec un tonique sans alcool ou une eau thermale apaisante. On termine par un hydratant non comédogène adapté à son problème cutané. Le soir, ce produit peut être remplacé par un traitement ciblé plus puissant, et donc plus asséchant. Nul besoin d’éliminer le maquillage. On doit le choisir de bonne qualité : sans huile, testé contre les allergies, non comédogène et adapté aux peaux acnéiques. Ce qui compte, c’est d’avoir la main légère et d’éviter les superpositions de couches épaisses de maquillage  : au fond de teint qu’on fait suivre de poudre, je privilégie l’usage d’une crème teintée matifiante qui, grâce à sa mission triple, uniformise le teint, nourrit l’épiderme et en limite la luisance.

6. Est-ce une impression que l’été on voit fondre ses boutons d’acné ?
C’est un fait : les poussées acnéiques sont moindres en été parce que le soleil assèche les glandes sébacées et épaissit la peau, ce qui aide à en resserrer les pores. Mais ne vous y trompez pas : le soleil est un faux ami pour la peau. La preuve ? Dès l’arrivée de l’automne, l’acné ressort à la puissance 10 ! Retenez ceci : en desquamant l’épiderme, les produits de traitement contre l’acné augmentent la photosensibilité. Les personnes sous traitement ne devraient donc jamais sortir sans protection solaire, même par temps gris.

7. Vous avez parlé, tout à l’heure, des risques de cicatrices disgracieuses sur la peau. Le cas échéant, est-ce irrémédiable ?
Pour amoindrir les cicatrices, des procédures chimiques ou des interventions en clinique sont envisageables. Pour celles qui recherchent le « coup d’éclat », une préparation à base d’AHA (de 40 à 50 %) peut être appliquée sur leur visage, en cabinet médical, afin d’homogénéiser le teint et de resserrer les pores. Sur les cicatrices atrophiques, la dermabrasion et le peeling chimique donnent de bons résultats. Pour venir à bout de petites cicatrices, on peut aussi opter pour des traitements au laser. Enfin, la chirurgie corrective diminue sensiblement la visibilité des cicatrices profondes.

Les conseils de la Dre Dreno pour éviter la prolifération des boutons :

• Pas touche !

• Évitez de « surlaver » ou de gommer à outrance votre peau : nettoyez-la plutôt délicatement, soir et matin.

• Maquillez-vous modérément et choisissez des produits adaptés : sans huile, non comédogènes et à l’intention des peaux acnéiques.

• Méfiez-vous des produits capillaires : généralement à base d’alcool, ils peuvent irriter et assécher la peau.

• Limitez les frictions : attention aux mentonnières, casques et bandeaux.

• Attachez vos cheveux s’ils sont longs.

• Buvez de 6 à 8 verres d’eau par jour.

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