La bollée

Personne n’aime les bollées. Mais parfois, les bollées font bien leur travail. Dommage, pour elles.

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cperrin

C’est à l’émission de Catherine Perrin que j’ai appris d’où venait l’expression « bollée » (en référence au bol qu’on plaçait sur la tête des enfants pour leur couper les cheveux). Et on peut certainement dire que Catherine Perrin est une bollée, une première de classe. Ça n’attire pas la sympathie (pas toujours) et pour les cotes d’écoute, c’est selon.

Mais de là à regretter le passé, il y a un pas que je ne franchirai pas. J’ai accueilli la nomination de Catherine Perrin avec joie, même si je ne la connais qu’en terme de « bonjour-bonsoir ». Elle ne m’était ni sympathique, ni antipathique, mais j’espérais beaucoup qu’on sorte de la madamisation radiophonique, terme envoyé sur le terrain par mon collègue Stéphane Baillargeon, et qui a fait grands remous.

Ce que je demande à un ou une animatrice de radio: l’intelligence, la culture, l’écoute, la politesse d’être préparé, l’ego juste assez solide pour ne pas se laisser intimider par ses invités et la voix. Ah la voix, grande oubliée, organe subtil qui trahit tant de choses. Lorsque la voix est douce, posée, pas énervée, cooooooool mais solide, je peux rester accrochée longtemps. La voix est très importante à la radio, c’est le seul hameçon qui reste avec la cohérence du propos.

Lorsque j’ai vu le sort qu’on jetait à madame Perrin -en passant je ne suis pas une habituée de son émission, j’ai dû refuser chaque invitation cet automne- ce samedi dans La Presse, j’ai eu un malaise. Vous avez là une fille capable d’interviewer un prélat de l’Église catholique en Israël (visiblement très hautain avec les femmes) sans se démonter et en nous passionnant pour un sujet très difficile, après avoir jasé avec Robert Lepage. Voilà une fille (une belle voix, en passant) qui connaît ses dossiers, qui ne s’enfarge pas dans les noms, les présentations, les sujets, et qui met en valeur la personne derrière le micro. Pré-pa-rée.

Comme René Homier-Roy peut l’être lorsqu’il vous invite à parler de votre livre et que visiblement, il l’a lu. Et pas seulement la quatrième de couverture. Catherine Perrin est de cette trempe. Et c’est malheureusement ce qu’on lui reproche. À mon sens, il n’y a rien de pire qu’un animateur qui cafouille et qui cherche sous prétexte de « spontanéité »; il laisse l’auditeur dans le vague, dans l’insécurité. Rien n’est plus agréable à l’écoute qu’un animateur-trice qui maîtrise bien son outil. Ça coule.

Les deux tiers des courriels envoyés au chroniqueur Hugo Dumas cette fin de semaine iraient dans son sens à lui (via @hugodumas sur Twitter), c’est-à-dire dans la nostalgie de l’époque Christiane Charette. Je n’en suis pas étonnée outre mesure. L’article aurait été publié dans Le Devoir, je crains que les courriels auraient plutôt été en faveur de madame Perrin.

L’animation d’une émission telle que Médium Large représente une tâche colossale, justement parce que l’émission ratisse large. Je peux me tromper, mais je doute qu’on aurait reproché à un Patrick Masbourian son manque de spontanéité et d’émotion. On s’attend d’un homme à ce qu’il maîtrise ses dossiers et qu’il garde pour lui ses épanchements du genre: « Ça vous fait quoi, vous?.

Ce qu’on reproche à Catherine Perrin? Sa compétence. Qui est à mon sens, sa plus grande qualité. Et la raison pour laquelle il m’arrive de me les geler dans mon auto pour écouter la fin d’une entrevue.

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