Tout le monde en pleure

Le témoignage émouvant d’Isabelle Gaston à TLMEP ne soulève qu’un coin de la nappe. À présent, mettons le couvert.

Josée Blanchette 0
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Je n’ai presque pas fermé l’oeil de la nuit: j’ai la boule. Le témoignage d’Isabelle Gaston, mère des enfants de Guy Turcotte, hier soir, à TLMEP, m’a complètement replongée dans cette histoire que je ne suis pas capable d’affronter depuis trois ans. J’ai pleuré, mon mari moins neuf a pleuré, tout le Québec a pleuré.

Que monsieur Turcotte tente de recouvrer sa liberté après trois ans, c’est à peine croyable. Et qu’il ait été condamné à purger sa peine à l’Institut Philippe-Pinel, aussi.

J’ai déjà été membre du conseil d’administration de l’Institut en question, dans une vie antérieure. Eh oui! J’ai visité l’endroit, comme j’ai déjà franchi les nombreuses grilles des instituts correctionnels de Bordeaux et de St-Anne-des-plaines à titre de « touriste », dans le cadre d’un reportage. On ne parle pas DU TOUT des mêmes conditions de détention, de la même ambiance, de la même clientèle. Jugez plutôt ici: piscine intérieure, centre d’horticulture; on peut faire des feux de camp, des pique-niques dans le jardin. Et peut-être même une petite partie de croquet si on est bien sage.

Pinel est un hôpital. Un hôpital moderne, qui date de 1970. Un hôpital sécurisé, certes, mais ça n’a rien à voir avec l’atmosphère glauque et violente d’une prison dont les murs suintent de toutes les misères humaines. On fait tout de suite la différence en y pénétrant. Les patients suivent des « traitements » et hormis quelques cellules qui ressemblent à des coffres-forts avec une fenêtre et des crochets extérieurs pour attacher leurs souliers de course (on n’a pas attendu les suggestions du sénateur Boisvenu pour penser aux lacets), rien ne rappelle ici les crimes qui ont pu être commis à l’extérieur.

Isabelle Gaston sait cela. Elle sait que Guy Turcotte a été très bien défendu, qu’il purge une peine « de luxe » dans un milieu très différent qu’aurait pu l’être la prison de Bordeaux où les autres détenus lui auraient fait la peau (on ne touche pas aux enfants, même les siens).

Je me suis posé deux questions hier à la suite de la délicate entrevue menée par Guy A. Lepage. Comment se sentiront les futurs enfants de Guy Turcotte (qui dit vouloir refonder une famille) avec un père qui a un tel c.v. à son actif?  Comment se sentiront les femmes – toutes les femmes- si on laisse cet assassin qui a plaidé l’aliénation mentale en liberté. Quel message nous envoie-t-on?

Je me suis rappelé également une infirmière de Pinel qui me disait que dans le cas des agresseurs sexuels, surtout des pédophiles, c’était 100% de récidive à la sortie. Et même s’ils le savent, les médecins ne peuvent retenir le patient contre son gré.

Dans les cas d’infanticides et de « chaînon manquant » (l’expression utilisée par le psychiatre qui traite Guy Turcotte à Pinel), on parle de quel pourcentage de récidive? 50% au printemps? 90% les jours impairs? 35% avant 40 ans? Ou refuse-t-on d’admettre qu’on est 100% dépassés avec le cas Turcotte?

La psychiatrie est loin d’être une science exacte, ce ne serait pas inutile de le rappeler. Autrefois, on parlait plus volontiers du démon pour expliquer la part d’ombre qui demeure toujours aussi nébuleuse et imprévisible chez l’être humain.

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