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Bienvenue en pornocratie

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Notre invité du mois, Jean-Sébastien Marsan, nous livre son dernier billet et non le moindre! Le voici qui s’attaque aux effets pervers de la pornographie sur les relations hommes-femmes.

En pornocratie, la liberté amoureuse est subversive.

Un jour, j’ai échoué sur un site web porno complètement dingue. Je n’avais pas cherché activement ce genre de contenu, j’avais seulement cliqué sur un hyperlien qui m’a mené vers une pub qui m’a… et voilà, je me suis retrouvé consommateur de XXX malgré moi. Je suis resté bouche bée devant un spectacle ahurissant: des madames se sodomisaient entre elles avec de gros pénis en plastique! Je voulais sortir de ce site web, mais je n’y parvenais pas: sur mon navigateur web, des fenêtres s’affichaient en cascade. J’ai eu droit à tout un catalogue de perversions dont je ne soupçonnais même pas l’existence.

Nous vivons dans une société pleine de paradoxes. Plus puritaine que pendant la « révolution sexuelle » des années 1960-70, elle est en même temps plus voyeuriste trash. Par exemple, il est de bon ton de se moquer de l’amour libre des hippies à la fin des années 1960, comme si ce laboratoire des mœurs était un souvenir honteux. Mais la sexualité libre et l’érotisme, de nos jours, sont des espèces en voie de disparition. Et dans le confort de votre foyer, vous pouvez vous farcir à loisir une pornographie hyperviolente, prostitution filmée et véritable industrie du viol, qui était très marginale dans les années 1960 (les premiers films hard core ont vu le jour en 1969). J’ai la désagréable impression qu’il y a comme une régression…

La porno a des répercussions bien visibles sur les relations hommes-femmes, nos fantasmes et nos comportements: hypersexualisation vestimentaire, blow-job élevé au rang d’icône (le cunnilingus, en revanche, est négligé), démocratisation des chirurgies plastiques inspirées des porn stars, cours de danse poteau, etc.

Ce qui me fascine le plus, personnellement, c’est le contraste de plus en plus flagrant entre notre imaginaire amoureux (gnangnan) et l’univers de la pornographie (ultraviolent).

Nous survalorisons le conte de fées romantique, le coup de foudre, suivi d’une relation de couple bien sage, rangée, « casée », avec l’âme sœur. Dans notre culture, il n’y a qu’une seule manière acceptable de vivre en couple: exclusive, fusionnelle et pour-la-vie. Tout désir de liberté amoureuse ou d’expérimentation conjugale est très mal vu.

Vous aurez sûrement remarqué à quel point les gens qui cumulent les partenaires, qui collectionnent les aventures d’un soir ou qui se disent libertins ont très mauvaise réputation. Leur crime : ils refusent la sacro-sainte intimité, ils auraient peur de l’engagement dans le couple. Ouache!

La porno, pour sa part, est devenu un produit de consommation comme un autre, peu coûteux ou gratuit, et si facile d’accès. L’agression sexuelle organisée en business est un spectacle banal. Et personne ne proteste (sauf les féministes).

Cherchez l’erreur…

« Ce n’est pas un hasard si la majorité des pays autorisent, voire favorisent le sexe marchand dans ses manifestations parfois les plus dégradantes, mais réglementent ou réprouvent la sexualité libre et joyeuse », observe la journaliste française Françoise Simpère dans son livre Aimer plusieurs hommes (éditions Autres Mondes, 2009). Vivre l’amour en toute liberté est carrément subversif: « Ce bonheur gratuit, non violent, insensible aux modes, anarchiste au sens noble du terme est ingouvernable, donc inacceptable. »

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