Polyamour 101

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Cette semaine, Jean-Sébastien Marsan nous parle des polyamoureux parmi nous.

J’ai résumé, dans un billet précédent, notre pensée unique amoureuse. Vivre l’amour en toute liberté est devenu subversif. Parmi les adeptes de la subversion, les plus étonnants sont sans aucun doute les polyamoureux, ces individus qui vivent plusieurs relations amoureuses simultanément. Avec l’accord des partenaires concernés!

Le polyamour n’est pas une mode, ni une «tendance» fabriquée de toutes pièces par des professionnels du marketing. Il s’agit d’une orientation amoureuse: de même qu’être hétérosexuel, homosexuel ou bisexuel définit notre orientation sexuelle, le polyamour est une orientation amoureuse qui se situe à l’opposé de l’exclusivité conjugale. (L’amour multiple doit exister depuis la nuit des temps, je suppose. Mais l’amour, dans l’Histoire, a rarement été libre…)

Un individu polyamoureux se reconnaît aux caractéristiques suivantes.

L’amour est démultiplié. Quand on aime une personne A et qu’on tombe en amour avec une personne B, pourquoi faudrait-il subitement cesser d’aimer A? Quand on a envie d’aimer A et B, pourquoi diviser l’amour? On peut informer A et B du désir de les aimer tous les deux.

La fidélité est dissociée de l’exclusivité sexuelle. Dans l’optique polyamoureuse, la fidélité n’est pas une question de sexe, mais de confiance réciproque. Si un couple s’autorise des relations extraconjugales dans un climat de confiance, de consensus, il est fidèle. Ce ne sont pas les relations multiples qui choquent les polyamoureux, mais le mensonge et l’hypocrisie.

Le refus de la possessivité. Dans le couple exclusif traditionnel, le mariage ou l’union de fait confirme l’appropriation de l’autre. Si on s’approprie l’autre, on doit le surveiller, le contrôler. D’où la peur panique de l’infidélité chez les couples exclusifs, avec les interrogatoires suspicieux, crises de jalousie (voire de paranoïa), restrictions des contacts avec l’extérieur, rancune et vengeance, violence psychologique et physique, etc. Les polyamoureux, pour leur part, estiment qu’ils ne peuvent posséder personne. La liberté amoureuse prime sur le couple.

Les frontières de l’amour peuvent varier avec les divers partenaires, de la relation «d’amitié amoureuse» (intense sur le plan affectif et inactive sur le plan sexuel) à une relation plus axée sur la sexualité que sur l’affectif. Toutes les combinaisons sont possibles. Il existe autant de polyamours que de polyamoureux.

Ce mode de vie semble attrayant à première vue, mais il peut devenir très difficile à gérer: voir son ou sa partenaire tomber en amour avec une autre personne peut provoquer de la jalousie; il est parfois difficile de bien partager son temps entre plusieurs amours; on peut être confronté à des partenaires possessifs, qui désirent l’exclusivité; de plus, il faut endurer les critiques ou le mépris des gens qui considèrent que le polyamour est anormal. Ce n’est pas de tout repos!

Loin de moi l’idée de croire que le polyamour est une panacée à la misère amoureuse et sexuelle de notre époque. Mais c’est une solution de rechange intéressante au modèle dominant du couple fusionnel-exclusif-pour-la-vie, qui se révèle souvent asocial et hypocrite.

Pour en savoir plus

L’Association québécoise des polyamoureux
Le site web Polyamour.info
En anglais, le site web et le magazine Loving More

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