À bas la pression pour être un parent parfait!

Pour près des deux tiers des parents, le combo responsabilités familiales obligations professionnelles est une source de stress importante.

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Le stress du quotidien est élevé pour les familles québécoises, malgré l’accès à des mesures de conciliation travail-famille au boulot, révèle un récent sondage de Léger pour le Réseau pour un Québec Famille. Au petit stress du quotidien (Mon patron sera-t-il fâché si je quitte la réunion? Qu’est-ce qu’on mange pour souper?) s’ajoute un plus grand stress (Pourra-t-on prendre des vacances en famille cette année? Le petit dernier a-t-il vraiment besoin de consulter un spécialiste?)

Se débrouiller tout seul

Pour arriver à jongler, la moitié des parents sondés disent se débrouiller seuls, ou avec l’aide des proches ou de la famille, sans demander de mesures de conciliation au travail. C’est d’ailleurs le message ambiant qui circule notamment sur les réseaux sociaux: «Tu as voulu des enfants, arrange-toi.» Mais attention, il faut s’arranger en suivant les règles et les recommandations qui fusent de partout: une histoire chaque soir, 60 minutes d’activité physique par jour, 30 minutes de devoirs, au moins un repas en famille par jour composé d’aliments non transformés, etc. La liste est longue!

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Et il faudrait lâcher prise? Cesser de vouloir être le parent idéal ? Or si je lâche prise, il y aura toujours quelqu’un pour me rappeler que je n’ai pas tout suivi à la lettre, que je ne veux pas le meilleur pour mes enfants, que je ne remplis pas mon rôle de parent… Et il y aura des conséquences sur la façon dont on juge de ma «performance de parent».

Personnellement, je vis très bien avec ça, même si tout n’est pas toujours parfait. Mais qu’on ne vienne pas me blâmer par la suite comme l’a fait récemment le ministre de l’Éducation. Sébastien Proulx a en effet invoqué le «décrochage parental» pour expliquer le fléau du décrochage scolaire au Québec.

La pression d’être parfait

Cette pression sociale est insoutenable. Et le commentaire du ministre Proulx n’aide en rien. Si les parents s’impliquent trop, on les taxe d’être des parents-rois. S’ils ne le font pas assez, ils sont responsables du décrochage scolaire!

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C’est encore une vision bien individuelle d’un enjeu collectif. Ne faudrait-il pas davantage valoriser l’éducation au sein de toute la société? Voir (enfin) la famille comme un réel un enjeu de société dans tous ses rôles et ses responsabilités? Ne faudrait-il pas arrêter de travailler en silo? Il faut une communication efficace entre les ressources pour les futurs parents, les ressources pour la petite enfance, celles en éducation et celles pour les personnes en perte d’autonomie. Parce que les parents vivent tout ça, parfois en même temps!

Une liste d’épicerie politique

Les partis politiques courtisent les familles. Les élections provinciales sont à nos portes et la volonté de séduire l’électorat est grande. «Nous avons fait des colloques inversés l’an dernier avec des parents en panel et les intervenants dans la salle, raconte Marie Rhéaume, directrice du Réseau pour un Québec famille, qui réunit plus de 4000 organisations au service des familles québécoises. Une des conclusions, c’était que les parents entendent les politiciens parler de l’importance d’aider les familles… une fois aux quatre ans»,

Dans quelques jours, à Saint-Hyacinthe, les besoins des parents et des familles seront d’ailleurs au cœur d’un grand sommet, dont je ferai partie. Objectif : faire en sorte que les partis politiques élaborent leur programme en ayant en tête les besoins réels des familles… plutôt que de leur proposer de s’acheter une mijoteuse et de lâcher prise pour mieux concilier leur vie familiale et professionnelle.

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Chroniqueuse du mois

Journaliste dans l’âme et mère curieuse de deux tannants de quatre et sept ans, Mariève Paradis est éditrice de Planète F Magazine depuis 2014. La maternité lui a fait redécouvrir la société dans laquelle elle vit, à travers le prisme de la parentalité. Récipiendaire de deux prix en journalisme, d’un diplôme d’honneur de l’Université de Montréal et d’une médaille d’argent d’éditrice indépendante de l’année 2016 aux Canadian Online Publishing Awards, elle aime réfléchir sur les enjeux de société qui jalonnent son parcours de parent.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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