Christiane: l’appétit de vivre

Les femmes qui m’inspirent ont le cœur grand ouvert, et l’esprit encore plus. Elles sont authentiques et passionnées, mais ce qui m’émeut surtout, c’est cette force tranquille qui les habite. Voici l’histoire de l’une d’entre elles: la résiliente Christiane Thouin.

  0

Chroniqueuse du mois

J’ai rencontré Christiane il y a 7 ans, lors de ma première participation au Vélotour SP Croix-Bleue Medavie. Je n’en étais pas encore la porte-parole, c’était bien avant mon rôle de cycliste dans La petite reine. Christiane a ce charisme, cette personnalité rassembleuse, qui font en sorte que même des filles comme moi, qui ne tripaient pas sur le vélo, s’inscrivent à un week-end où on doit rouler 150 kilomètres. Convaincante, la madame!

christianevaleriechevalier

Pas étonnant que Christiane ait fait carrière en marketing. Elle a fait ses classes dans plusieurs grandes entreprises, avant de créer sa propre agence, à 29 ans. «Se lancer en affaires, ça prend beaucoup de travail et une bonne dose de naïveté! Je travaillais 7 jours sur 7, probablement une des raisons pour lesquelles j’ai été célibataire si longtemps! Mais ç’a été ma grande passion.»

À 36 ans, Christiane se réveille un matin et ne voit plus de son œil gauche. À l’urgence, on la transfère en neurologie, où un médecin déclare qu’elle fait une névrite optique; elle devrait recouvrer la vue dans le prochain mois. Il lui dit: «Ne partez pas en peur, mais si vous avez des médecins dans votre famille, ils vont vous dire que c’est un symptôme de la sclérose en plaques. Mais ça prend deux poussées avant de poser un diagnostic.» C’était en 1996. À l’époque, on ne faisait pas d’emblée de résonance magnétique comme aujourd’hui.

Christiane continue de travailler sans relâche. «J’avais ma business, j’y mettais toute mon énergie, je n’avais pas le temps de m’occuper de la sclérose en plaques! Tu te fais tellement dire de foncer, qu’on fait sa chance… Mais la réalité, c’est pas ça.»

À lire aussi: Lysa Jordan, le triomphe des couleurs 

Quatre ans plus tard, elle part en voyage de ski. À son réveil, elle constate que sa jambe gauche a perdu de la mobilité. «Je me suis dit: C’est pas vrai qu’une jambe qui boite va m’empêcher de faire du ski. Très mauvaise idée! J’ai eu tellement mal à la tête, j’ai fini par vomir… mais j’ai fait mes trois jours pareil. J’étais dans le déni total.»

La dernière poussée est survenue quatre ans plus tard. «Je revenais du golf et j’ai commencé à avoir les pieds engourdis. Après une semaine, c’était rendu à la poitrine.» Cette fois, elle a peur. Elle appelle son médecin, passe tous les examens, et le verdict tombe: sclérose en plaques. En sortant de l’hôpital Notre-Dame, elle va s’assoir au parc Lafontaine pour assimiler la nouvelle avant d’appeler son chum.

«Tu te retrouves face à un choix. Soit tu t’apitoies sur ton sort, soit tu fonces dans le tas et tu fais ce que tu as à faire. J’ai eu une belle vie, il est peut-être temps de redonner pendant que je suis encore en forme.»

Christiane s’investit à fond pour la SP. Elle participe à un protocole de recherche, fait du bénévolat et siège au conseil d’administration de la Société canadienne de la sclérose en plaques.

«Pendant 10 ans, je me piquais tous les jours. Ça faisait mal, mais je me disais: Merci à tous ceux qui ont contribué dans le passé à ralentir la maladie. Pis aujourd’hui, ben j’avale juste un comprimé. Ç’a tellement changé ma qualité de vie! Ça sert à ça, la recherche. Ça fait avancer les choses.»

À lire aussi: Rosalie Bergeron: la femme aux mille et une vies 

Une des leçons que la maladie lui a apprises, c’est de profiter du moment présent. «Des fois je me lève, je me regarde les jambes, pis je me dis: Elles marchent encore ces jambes-là! C’est extraordinaire. Les gens les tiennent pour acquis. Moi, j’ai cette gratitude-là au quotidien.»

 La force de Christiane est impressionnante, mais ce qui marque le plus, c’est son optimisme: «Je continue de m’investir pour donner espoir, parce que si on n’a pas d’espoir, c’est tough.» Quand je regarde mon amie, je me dis qu’elle en donne à la tonne. Et pas juste aux victimes de la maladie. À tout le monde.

«Je donne ce que je peux. Si ça peut faire une différence, tant mieux. Moi, je fais juste ce que j’ai à faire.» Oh non, Christiane. Tu fais beaucoup plus.

Le Vélotour SP Croix-bleue Medavie a lieu ce week-end (26-27 août). Je roulerai 150 km. Christiane peut-être 200 km, parce qu’elle est diablement en forme! Et j’espère qu’elle va le rester longtemps.

Faire un don pour soutenir Christiane et sa quête contre la SP.


Valérie Chevalier

Valérie Chevalier est comédienne (Lance et compte, La petite reine) et animatrice (Cochon dingue, La Voix). Elle est aussi l’auteure de trois romans: Tu peux toujours courir, La théorie du drap contour et Les petites tempêtes, publiés chez Hurtubise.

 

 

 

 

Impossible d'ajouter des commentaires.