Le tabou du deuxième enfant

Que faire quand l’amour de sa vie ne veut pas d’un deuxième enfant, comme on le désire? C’est la question que pose notre chroniqueuse invitée Melissa Maya Falkenberg.

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Deuxième grossesse, crédit Lydia Cournoyer

Watch out beubé, y en aura pas d’facile

La décision d’avoir un enfant est un choix immense en soi. À mes amis qui me parlent de leur questionnement existentiel à ce sujet, je réponds toujours: «Si tu attends le moment parfait pour en avoir un, tu n’en auras jamais.» En spécifiant, bien sûr, de ne pas prendre cette décision à la légère, parce que MÊME quand tout semble parfait – couple stable, amour dans l’air, finances avantageuses, devine-quoi-notre-bureau-pourrait-facilement-devenir-une-chambre-de-bébé-dans-l’appart –, watch out beubé, y en aura pas d’facile.

Sans oublier que, pour certains, le projet est plus complexe encore. Pensons aux problèmes de fertilité auxquels plusieurs font face, ou à la fille qui vient d’avoir l’âge du Christ et qui est prête pas à peu près, mais qui sort avec un gars qui, finalement, n’en veut peut-être pas. D’ailleurs, ça, les gars, ça gosse en tabaslak. Oui oui, là, je sais que l’inverse peut aussi arriver (homme qui veut plus que la femme), mais vous, votre date de péremption semble se situer dans un futur où les autos voleront dans le ciel. Plus sérieusement, à cette fille, j’ai envie de dire: «Si ça fait cinq ans qu’il te dit: “l’an prochain, promis”, pars avant qu’il ne soit trop tard.»

Un petit deuxième avec ça?

Bref, le projet d’un premier enfant peut causer des nuits d’insomnie, et tout ce qui entoure sa naissance mérite d’être discuté. Mais étant enceinte pour une seconde fois au moment d’écrire ces lignes, j’aimerais attirer votre attention sur quelque chose dont on parle beaucoup moins souvent: le tabou du deuxième enfant.

Kossé tu fais quand:

tu as ton premier enfant,

les choses vont bien,

tu rêves d’en avoir un deuxième (et même plus),

mais la personne avec qui tu vis ta vie veut fermer la shop?

Tu te contentes d’en avoir un, parce que t’es déjà assez chanceux d’même d’en avoir un.

C’est ce que penseront ceux qui ne sont pas passés par là, ou ceux qui sont en plein dedans, pour se consoler en silence. Wô ! minute. Ce n’est pas aussi simple. Le cœur empreint de témoignages, j’aimerais qu’on fasse preuve d’un peu plus d’empathie.

Confidence no 1

Quelques semaines après avoir accouché de mon premier enfant (appelons-la Coconut), je me souviens être allée visiter mes anciens collègues de travail pour leur montrer le fruit de mes entrailles. Entre l’explosion de sourires et de félicitations, une collègue (que j’aimais beaucoup) m’avait demandé: «Alors… à quand le deuxième?» Cette question sonnait tellement bizarre pour moi. J’avais juste envie de répondre: «Ben voyons toé. Je peux-tu juste essayer de comprendre ce qui m’arrive pis commencer par bien m’occuper de cette noix de coco-là. Chu même pas guérie de mon accouchement

Mais, avant que j’aie eu le temps de prononcer un mot, elle avait déjà fermé la porte de son bureau pour me confier être tellement émue, mais aussi un peu triste chaque fois qu’elle faisait la connaissance d’un nouveau-né. «Parce que nous, on a laissé le temps filer. Et il ne peut plus y en avoir, de deuxième.» Cette femme avait alors environ 50 ans et, sans le savoir, elle m’a profondément marquée.

Touchée par vos mots

Quand j’ai annoncé que j’étais à nouveau enceinte il y a quelques mois (un désir que mon conjoint et moi caressions depuis plusieurs années), à ma grande surprise, les réactions ont été plus fortes encore qu’à la première grossesse. «Han! Vous l’avez fait? Woah! Wow!» (C’est vrai que c’est un peu fou quand tu cours déjà comme une poule pas de tête un matin sur deux.) Puis, cette phrase chuchotée à quelques reprises: «Nous, on ne sait pas trop ce qui va arriver avec ça. » Et parmi les personnes qui se sont confiées: un garçon. Un homme, je devrais écrire. Un père absolument merveilleux. Nouvellement marié. Qui voudrait voir sa famille s’agrandir au point d’y penser chaque jour, mais qui, après quelques années de tentatives de charme auprès de sa blonde, réalise que ça n’arrivera pas.

Il est là, le tabou du deuxième enfant. Tu sais intimement que, si tu ne le rencontres pas, tu y penseras, seul(e), jusqu’à la fin de tes jours. Un genre de regret en développement. Ta famille inachevée, ta famille pareil. Ce que tu as de plus précieux. Ta beauté inachevée…

***

Quitte-t-on la femme ou l’homme de sa vie parce que celle-ci ou celui-ci ne veut pas se marier? Non, c’est complètement absurde.

Alors, quitte-t-on la personne qui nous est la plus précieuse pour compléter notre famille si, en la quittant, on brise cette famille?

Tsé, on trouve ça déjà assez freak – rendu à un certain âge, pour ne plus perdre de temps – de devoir demander à l’autre, dès le premier rendez-vous galant, s’il veut fonder une famille un jour… Voir si on va aussi se mettre à demander: «Pis après en avoir eu un, en voudras-tu un deuxième?»

Et pourtant, à bien y penser, la phrase qu’on entend depuis qu’on est petit, c’est… «Toi, veux-tu des enfants plus tard?»

 

Chroniqueuse-du-mois

Enchantée! Je me sens privilégiée que Châtelaine m’offre cet espace durant décembre et janvier. Je compte bien en profiter pour faire avec vous deux de mes activités préférées: nommer ce qui gosse et être émerveillée devant les-petites-beautés-de-la-vie-qui-ne-coûtent-pas-grand-chose. Merci de me suivre dans ce road trip et n’hésitez pas à échanger avec moi!

Marï photographe

Animatrice-conceptrice, reporter, photographe et auteure, Melissa Maya Falkenberg a tenu des rubriques dans La Presse, Urbania, Nightlife.ca, Dînette et le 24 heures Montréal. Vous l’avez peut-être récemment suivie à Télé-Québec (nomination Gémeaux Meilleure animation magazine culturel), dans La vie n’est pas un magazine ou dans ses diverses émissions à ICI ARTV. Après les succès de Québec Western et Montréal toujours, elle publiera, en 2018, un troisième livre aux Éditions Cardinal.

 

 

 

 

 

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