Comment ça, je suis vieille?

Mes amis ont beau me dire que je suis une vieille chose, je vis dans un profond déni et c’est très bien.

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Photo: iStock.com/mattjeacock

J’ai 37 ans. Ma meilleure amie vient d’en avoir 40. Et elle le prend mal, très mal. Oui, j’ai ça, une meilleure amie. C’était pas un objectif de vie, ça s’est fait tout seul, au fil du temps, quasiment sur le tard. Ça fait presque 20 ans que je la connais et il me semble qu’elle s’est toujours trouvée vieille. À l’université, elle regrettait déjà l’époque du cégep. À la fin de la vingtaine, elle parlait de ses «rides».

Bon, c’est sûr que là, l’heure est plus grave. Après tout, c’est vrai qu’on glisse dans le deuxième versant de notre vie. Et ça vient avec des deuils à faire. Comme le fait qu’on ne sera plus jamais «des jeunes». À moins de se lancer en politique. Et encore… C’est tout un travail de renoncement que d’accepter de ne plus appartenir à un groupe démographique que la société préjuge comme étant novateur et dynamique. Je vous le demande, qui s’exclurait volontairement du cercle des gens «sur la coche»?

Avec le temps, être «dans le vent» devient plus difficile. Certains de mes amis des générations X et baby-boom le savent, eux qu’on accuse souvent d’entretenir des idées étriquées, dépassées, d’avoir joint les rangs de l’arrière-garde. D’ailleurs, c’est le cas pour bien de leurs congénères. Passé un certain âge, continuer de s’inscrire dans l’époque exige de pédaler 10 fois plus vite.

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J’lâche pas…

Pédaler, c’est littéralement et métaphoriquement mon plan. C’est la promesse que je me fais. Mais y arriverai-je? Parce qu’autour de moi, des gens de mon âge, pas seulement mon amie, passent leur temps à répéter qu’«on est donc rendus vieux». Ça me déprime profondément, plus encore qu’un millénial tout juste sorti de l’adolescence qui pense que «trentaine» et «troisième âge» sont des synonymes.

Parlant de gens qui s’auto-dépriment sur le fait d’être vieux et qui contaminent leur entourage, j’ai un ami qui, dans un élan de franchise éhonté et éthylique, un soir de karaoké, a tenu à me faire un compliment en me disant que j’étais «une belle vieille».

Avec des compliments comme ça, plus besoin de vacheries… Remarquez, je l’ai quand même plutôt pris du bon bord. Je crois savoir ce qu’il voulait dire. Ou pas, mais bon, en toutes circonstances, vaut mieux voir le verre à moitié plein, c’est ce que je me dis.

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Là où je prends le taureau par les cornes

Maintenant, question d’améliorer ma qualité de vie, voici le plan que je compte soumettre à mon amie et à tous ces rabats-joie bien aimés qui m’entourent. Pendant un an, je compte rayer les mots «vieille» et «vieux» de mon vocabulaire pour parler de mes amis et moi. Et je ne veux plus les entendre les prononcer en ma présence en parlant de nous.

J’irai même plus loin, je tenterai d’utiliser des synonymes moins péjoratifs dans mon langage courant. Exit la vieille paire de jean, désormais ce sera «mon pantalon le plus confortable». Quel vieux chien? Mon pitou est doux, calme, mature, sage, etc. Vous achetez du cheddar vieilli? Pas moi, il est affiné, longuement, à la perfection.

Je veux jouer avec la plasticité de mes neurones, durablement si possible. Je suis curieuse de voir l’effet de ces modifications à mon vocabulaire sur mon moral. Je soupçonne que ce sera pour le mieux. Parce que, disons-le, se traiter de «vieilles» et de «vieux» à qui mieux mieux, c’est un peu renoncer. Et ça, ça ne fait pas partie de mon plan.

D’ailleurs, j’étais récemment au Salon du livre de Québec et j’ai passé là un des meilleurs week-ends de ma vie. J’ai vu une tonne de gens que j’aime, rencontré plein de nouveaux amis, bien bu, mangé, dansé, chanté. Je me sens pleine de vie et c’est pourquoi j’ai décidé de faire mienne la devise officielle du New Hampshire, en la déformant un peu: vivre libre avant de mourir.

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Marilyse Hamelin est journaliste indépendante et conférencière. On peut notamment la lire dans Le Devoir, la Gazette des femmes et le magazine spécialisé Planète F. Elle blogue également pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme, publié chez Leméac.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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