Femmes en politique: le début d’un temps nouveau?

Une démocratie dont les élus ne reflètent pas l’électorat ne peut être une démocratie.

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J’ai très hâte de lire la biographie d’Idola Saint-Jean, leader historique des suffragettes québécoises, qui paraît ces jours-ci chez Boréal. En réclamant le droit de vote pour les femmes, Mme Saint-Jean disait qu’une démocratie qui ne fait voter que la moitié de sa population ne peut être une démocratie.

Finalement accordé le 25 avril 1940, le droit de vote pour les Québécoises fut le premier acte de leur marche vers l’égalité citoyenne.

Le deuxième, inachevé depuis, consiste en l’élection d’instances représentatives. Autrement dit, une démocratie dont les élus ne reflètent pas l’électorat ne peut être une démocratie.

Quand je pense au problème du «boys club» en politique, une image me vient instantanément en tête: Donald Trump l’incompétent qui a remporté l’élection contre l’expérimentée Hillary Clinton.

Mais je pense aussi au fait que 74 % des élus du Parlement canadien sont des hommes, soit 250 députés sur 338.

D’ailleurs, c’est le même problème à l’Assemblée nationale du Québec, où l’on compte 88 députés masculins sur 125 (70,4 %).

Et puis, il y a le palier de gouvernement municipal, celui qui est le plus près de nous, qui touche chaque jour nos vies, et qui est encore à forte dominance masculine. C’est simple, la proportion actuelle de femmes mairesses au Québec est famélique. Pas moins de 82,7 % des municipalités sont dirigées par un homme.

C’est aussi au niveau municipal que les choses sont les plus lentes à évoluer en matière de représentation féminine. Nous sommes à la veille des élections municipales, qui auront lieu ce dimanche 5 novembre, et je suis au regret de vous dire que le pourcentage de candidates cette année a peu progressé, une augmentation d’à peine 2,5 %. À ce rythme-là, je ne verrai pas la parité de mon vivant…

Eh oui, pas moins de 68,7 % des candidats aux élections municipales cet automne sont des hommes. Et ces derniers continuent de briguer en priorité les mairies, tandis que les femmes sont plus nombreuses à viser les postes de conseillères.

 

Parlons sexisme…

Je ne passerai pas par quatre chemins, le sexisme est encore bien présent dans notre société, et le monde politique n’en est pas exempt, bien au contraire. Cela s’exprime notamment dans la sous-représentation chronique des femmes.

J’en discutais récemment avec Mireille Asselin, dynamique conseillère municipale de Saint-Alphonse-Rodriguez et présidente du Réseau des femmes élues de Lanaudière. Je voulais connaître son secret pour recruter autant de candidates, les femmes étant réputées réticentes à se présenter pour toutes sortes de bonnes et de moins bonnes raisons, par exemple la difficulté à articuler travail et famille, le syndrome de l’imposteure et la crainte de l’affrontement.

Elle m’a répondu du tac au tac: «Eh bien, déjà, on les sollicite!». Selon elle, c’est bien facile de dire qu’on ne trouve pas de femmes quand on n’a même pas essayé d’en recruter…

Je ne suis pas tombée des nues en entendant cela. C’est d’ailleurs pourquoi je crois tant en une mesure incitative comme les quotas de mises en candidature féminines. Quand les partis seront obligés de recruter des femmes, ils iront enfin cogner à leur porte.

Ça devrait pourtant être une évidence d’inclure les femmes, dans toute leur diversité. Or, on dirait bien que ça ne tombera pas du ciel. Si on veut atteindre la parité dans nos parlements et mairies, il va falloir légiférer.

 

…et misogynie

Dans son plus récent livre, Hillary Clinton décrit la misogynie comme de la «rage», du «dégoût» et de la «haine».

Elle écrit que c’est «ce qui se produit quand une femme repousse les avances d’un homme dans un bar et qu’il passe de charmant à terrifiant. Ou quand une femme décroche un poste qu’un homme convoitait, et qu’au lieu de lui serrer la main et de lui souhaiter bonne chance, il la traite de salope et se jure de faire tout son possible pour qu’elle échoue».

Moins répandue que le sexisme, la misogynie a néanmoins montré son visage dans la présente campagne municipale à travers les messages haineux à caractère sexuel que des vandales ont inscrit sur les pancartes de candidates montréalaises.

D’ailleurs, la candidate Marie Plourde a dénoncé sur Facebook le fait que ces messages aient été collés sur les pancartes jalonnant le parcours que sa fille de sept ans emprunte pour aller à l’école.

 

Quelle place pour les femmes?

Malgré tout, des courageuses se lancent, et elles ont toute mon admiration. Elles font encore figure de pionnières. Souvenons-nous qu’à Montréal, la première conseillère de ville n’a été élue qu’en 1974. À Québec, c’est encore pire, il aura fallu attendre 1985.

Comme on le sait, aucune femme n’a encore été élue à la tête de la métropole ou de la capitale nationale. Si les chances d’Anne Guérette à Québec paraissent bien minces, il en va autrement pour Valérie Plante à Montréal, le dernier sondage en titre la plaçant légèrement en avance sur Denis Coderre.

Je ne vous cache pas que je croise les doigts. Alors que d’autres grandes villes comme Paris ont fait le saut il y a quelques années, ce serait bien d’avoir une première mairesse de Montréal. Il est temps.


 

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

Chroniqueuse du mois

marilysehamelin300

Journaliste indépendante, conférencière et auteure, Marilyse Hamelin dirige le blogue féministe La semaine rose. Son premier essai, Maternité, la face cachée du sexisme, vient tout juste de sortir en librairie.

 

 

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