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Je souffre du syndrome de l’imposteur

Notre chroniqueuse Geneviève Pettersen avoue souffrir du syndrome de l’imposteur depuis sa tendre enfance.

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Ma_parole

Je lisais cette semaine un billet écrit par une amie du secondaire devenue animatrice radio. Sur Mademoiselle divague, Caroline Dubois raconte qu’elle se sent comme un imposteur lorsqu’elle songe à accomplir certaines choses en dehors de son champ d’expertise habituel. Elle nous confie son angoisse à l’idée d’écrire un roman ou une pièce de théâtre, par exemple, et écrit que, même si c’est l’un de ses rêves, elle a peur de se lancer. Son billet me trotte dans la tête depuis. J’ai beaucoup d’amies filles qui se sentent comme ça. Comme des imposteurs, je veux dire. Remarquez qu’il y a sans doute des garçons dans mon entourage qui souffrent du même syndrome, mais ils ne m’en ont jamais glissé un mot.

C’est quoi ce fameux syndrome de l’imposteur, me direz-vous? Eh bien, c’est le sentiment de ne pas être à sa place, d’avoir franchi les étapes trop vite ou d’avoir volé la place d’un autre. C’est la sensation que, d’une minute à l’autre, quelqu’un nous dira qu’on est démasquée et qu’on n’a pas d’affaire là. J’avoue que j’ai moi aussi toujours eu peur qu’on vienne me remettre à ma place. Petite, je fréquentais l’école privée. Je me rappelle qu’à ma première journée, j’ai trouvé que ma mère ne ressemblait pas aux autres. Elle n’était pas coiffée et habillée pareil. En plus, elle conduisait une moto. Les autres enfants non plus ne me ressemblaient pas. Ils étaient tous fils et filles de médecins, de dentiste ou d’avocats et arrivaient à l’école dans des voitures de luxe. Je me souviens m’être dit que je n’étais pas à la hauteur de mes camarades de classe et m’être inventé des vacances à Aspen en revenant de la semaine de relâche.

Au secondaire, j’ai fréquenté une école pour jeunes filles. C’était la même affaire : filles de médecins, voitures de luxe et vêtements griffés. Et même si je n’étais pas en reste, même si ma mère et mon père se fendaient en quatre pour m’acheter des bas brodés et des chandails à 120 piasses chez Jacob, je me sentais différente des autres. En y réfléchissant, je me dis que ce n’est pas les vêtements ou les professions libérales des parents d’élèves qui me faisaient sentir à part ou moins hot que le reste de la population étudiante. Ça venait de moi. Juste de moi. Parce qu’au fond, même si ma famille était un tantinet différente des autres, notre mode de vie ressemblait au leur. Je ne me sentais pas à ma place parce que je me sentais inférieure à eux, donc. Pas parce que je l’étais. C’est une nuance importante.

Au cégep et à l’université, où j’ai étudié tour à tour en lettres et en sociologie des religions, je ne me sentais pas plus à ma place. J’avais l’impression d’être toujours entre deux chaises : pas assez intellectuelle pour être dans ces cours-là, mais trop dans ma tête pour étudier en gestion, mettons. Même si je récoltais des compliments et des A + assez souvent, je ne me sentais pas plus à ma place. Je pensais que ce sentiment d’imposteur s’estomperait avec les années ou encore quand je ferais mon entrée dans le monde du travail. Erreur. Il est toujours là, plus présent que jamais. Pas un jour ne passe sans que je me dise que c’est une erreur, que ça ne se peut pas que j’écrive des livres et des chroniques, et encore moins que je sois bonne là-dedans. J’ai toujours l’impression que quelqu’un va venir me taper sur l’épaule et me dire «tasse-toi de là». Pis je voudrais guérir de ça. Sauf que je ne sais pas trop comment faire. Est-ce que ça se peut, se faire greffer de la confiance en soi, vous pensez? Si oui, je me place sur la liste d’attente dès maintenant.

Psitt! Notre chroniqueuse Joanie Pietracupa a des idées pour développer la confiance en soi. Ses suggestions par ici

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)

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