Je suis à boutte, mais je me soigne…

«Prends soin de toi». C’est une expression banale qu’on dit pour être bienveillant envers une autre personne. Dans les derniers mois, cette phrase a pris une autre signification pour moi.

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Photo: iStock.com/AH86

Ç’a été un hiver difficile. Personnellement et professionnellement. J’avais de la difficulté à voir le positif dans ma vie. Je ne voyais pas ce que j’avais, ce que j’accomplissais. Je voyais ce que je ne réussissais pas, ce qui n’allait pas.

Pendant quelques mois, on m’a répété une phrase qui est devenue une obsession «Prends soin de toi». Cette phrase est devenue, pendant les mois d’hiver, un autre objectif à atteindre. Je devais cocher sur ma liste de choses à faire «prendre soin de moi».

C’est quoi prendre soin de soi?

Alors que j’ignorais même ce dont j’avais besoin, je n’arrivais pas à savoir comment prendre soin de moi. Je pouvais bien aller au spa, dans une retraite, faire du yoga, de la course, lire tous les guides et les conseils dans les magazines… Tout me semblait un fardeau de plus à accomplir. Et je ne voyais pas comment tout ce qu’on me recommandait pouvait être la solution à mes problèmes.

Dans ma perception, prendre soin de soi coûtait cher. On veut nous faire croire que ça prend plein de choses matérielles pour prendre soin de soi, pour aller mieux. Cela prenait aussi du temps. Comme il n’y a que 24 heures dans une journée, je devais sacrifier quelque chose pour prendre soin de moi. Ça voulait dire arrêter de prendre soin des autres: faillir à mon rôle de maman, à mon rôle d’amoureuse, et à mon rôle d’entrepreneure. Je devais choisir ce que j’allais garder pour arriver à prendre du recul.

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Ainsi, prendre soin de moi signifiait pour moi d’abandonner. Et ce qui n’était pas une option. J’avais travaillé trop fort pour tout simplement abandonner. Cela signifiait aussi de ne plus être la femme forte et persévérante que je prétends être sur les réseaux sociaux.

Pour continuer, je devais mettre mon masque à oxygène avant de mettre celui des autres. Une image que j’ai moi-même dite tellement souvent et qu’on m’a répétée dans les derniers mois. Mais que je n’arrivais plus à faire.

Comment on en arrive là?

J’avais été trop loin. Je m’étais oubliée quelque part entre les projets professionnels, les devoirs des enfants, les réseautages d’affaires, l’histoire du soir et les soupers en famille. Je me sentais prise entre la pression quotidienne de performer au travail et celle de donner le meilleur de moi à ma famille. Je n’y arrivais plus.

Si j’essayais de m’accrocher à mes amies qui ont été à l’écoute pendant des moments particulièrement difficiles, je ne voulais pas non plus être un fardeau pour elles. Mais la réalité, ce dont on a le plus besoin quand ça ne va pas, c’est de compassion. C’est d’être écoutée, entendue.

Puis, je suis partie

Sur un coup de tête avec les encouragements de mon conjoint et d’une amie, je me suis permis de tout lâcher, momentanément. Une semaine sans connexion, sans obligations, pour réapprendre à mettre mon masque à oxygène en premier.

Mais même dans cette décision, je devais performer. Trouver un bon livre, et me procurer un cahier pour noter mes impressions de la semaine. Devant le rayon des romans d’une librairie, les yeux remplis d’eau et de panique, je tentais de trouver LE livre qui allait m’aider à passer cette semaine. Une pression complètement absurde s’ajoutait à ma grande culpabilité de laisser mes obligations à d’autres le temps de me reposer.

Je vous écris durant mes vacances, un peu forcées. Pour prendre du mieux, pour être égoïste. Je n’ai pas de plan, pas d’horaire, pas d’obligations. J’apprends de nouveau à m’écouter, à répondre à mes besoins en premier, en espérant garder ces habitudes au retour à la vie quotidienne.
Dans le fond, je réalise que pour prendre soin de moi, je dois accepter de reculer pour avancer.

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Chroniqueuse du mois

Journaliste dans l’âme et mère curieuse de deux tannants de quatre et sept ans, Mariève Paradis est éditrice de Planète F Magazine depuis 2014. La maternité lui a fait redécouvrir la société dans laquelle elle vit, à travers le prisme de la parentalité. Récipiendaire de deux prix en journalisme, d’un diplôme d’honneur de l’Université de Montréal et d’une médaille d’argent d’éditrice indépendante de l’année 2016 aux Canadian Online Publishing Awards, elle aime réfléchir sur les enjeux de société qui jalonnent son parcours de parent.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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