Journée internationale des femmes: voici pourquoi elle est primordiale pour nous

Jamais auparavant n’a-t-on vu autant de femmes se lever, avec à leurs côtés des amoureux, des amis, des frères, pour crier haut et fort : « C’est assez ! »

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Getty Images/Miami Herald

J’ai souvenir d’un t-shirt élimé que ma mère portait quand elle jardinait. Sur le devant, l’illustration, si je me rappelle bien, se moquait gentiment de la Journée internationale des femmes : un homme à genoux offrait des fleurs à sa douce. J’étais encore trop jeune pour comprendre les subtilités du message.

Chose certaine, l’image m’a marquée. Et résonne encore, des décennies plus tard. Comme si j’en saisissais maintenant le grand malentendu. Pas une femme ne souhaite qu’on se mette à quatre pattes devant elle. Nous ne voulons que du respect, de l’équité, de la justice. Pas besoin d’un bouquet de roses avec ça.

Nous le revendiquons, pour nous et pour celles qui suivront. Avant nous, Idola Saint-Jean, Thérèse Casgrain, Éva Circé-Côté, Claire Kirkland-Casgrain ont bataillé ferme pour affranchir les Québécoises, longtemps privées de droits civils élémentaires. Comme pouvoir ouvrir un compte bancaire ou trouver du travail sans l’accord d’un mari. La Loi sur la capacité juridique de la femme mariée, adoptée le 14 février 1964 – ironiquement, le jour de la Saint-Valentin –, abolissait le « devoir d’obéissance » des femmes envers leur époux. Jusque-là, elles n’avaient pas un mot à dire sur l’hypothèque, l’héritage ou la gestion de leurs propres biens. On les considérait comme des enfants ! Quand je raconte ça à mes ados de filles, elles n’en reviennent pas. Pourtant, c’était hier. Leurs propres grands-mères ont connu cette époque. (Cette avancée, nous la devons à Claire Kirkland-Casgrain, première femme élue députée au Québec et première femme ministre à l’Assemblée nationale.) Il faut se rappeler ce long chemin parcouru par les femmes d’ici. « Plus on en sait sur son histoire, plus on est libre », a déjà dit l’écrivaine et militante américaine Maya Angelou. Une fois gagné ce droit à l’autonomie financière, les unes et les autres ont pu s’investir dans de nouveaux combats : le droit à l’avortement, l’équité salariale, la représentation des femmes en politique, la violence conjugale, le harcèlement sexuel… Jusqu’au débat actuel sur la culture du viol et la notion de consentement.

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Que de batailles à mener. (Et c’est sans compter toutes les autres, à l’échelle internationale.) Parfois, je me sens épuisée devant l’ampleur de la tâche, impatiente aussi face à l’attente – pourquoi est-ce si long avant qu’il y ait autant de femmes que d’hommes pour nous représenter à la mairie, à l’Assemblée nationale ou au Parlement ? Heureusement, le découragement m’épargne. « On peut subir de nombreux échecs, mais on ne doit pas être un perdant, disait Maya Angelou, qui, jusqu’à sa mort en 2014, a milité pour les droits civiques. En fait, cela peut même être nécessaire de connaître la défaite pour découvrir qui l’on est. »

À la radio, il y a quelques jours, un commentateur s’inquiétait de l’après-#MoiAussi. « Va-t-on voir apparaître un sexisme inversé ? » se demandait-il en craignant que tous les hommes se retrouvent à payer pour la poignée de gars qui se montrent irrespectueux (ou carrément abjects) envers collègues, conjointes ou inconnues. Rassurons-le. Des siècles d’inégalités entre les sexes ne seront pas renversés par une série de dénonciations sur le web. Une révolution couve, on le sent bien. Jamais auparavant n’a-t-on vu autant de femmes se lever, avec à leurs côtés des amoureux, des amis, des frères, pour crier haut et fort : « C’est assez ! » Reste que les hommes ne souffriront pas d’un contrecoup s’ils se comportent en alliés. Nous ne nous tairons plus et nous dénoncerons les intimidateurs, les harceleurs et les agresseurs.

Quand nous serons enfin considérées comme des êtres à part entière, nous ne voudrons pas que l’autre moitié de l’humanité subisse pareille oppression. Le but, c’est l’égalité – pas la suprématie. Nous n’y sommes pas encore. Voilà pourquoi la Journée internationale des femmes est si précieuse pour nous toutes.

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Johanne Lauzon, rédactrice en chef

Écrivez-moi à  johanne.lauzon@chatelaine.rogers.com

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