La charge mentale que portent les femmes: est-ce notre propre faute?

Je tiens pour acquis que vous avez lu la bande dessinée de l’artiste Emma sur la charge mentale (sinon, courez-y!). Emma réussit à illustrer le travail invisible et à expliquer, avec une justesse déconcertante, l’inefficacité du «fallait demander».

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Tête à chapeaux

Image tirée du compte Facebook d'Emma

Image tirée de Facebook

Certains couples ont été rassurés par cette BD, qui ne s’appliquait pas à eux (et tant mieux! Vivement que ce soit le cas de tous.). Pour d’autres, elle a lancé la discussion. Beaucoup d’hommes l’ayant lue ont pris conscience de cette charge portée par les femmes qui partagent leur vie ou l’ont partagée. Ma chronique ne concerne donc pas tous les hommes, prière de ne pas m’écrire que #NotAllMen. Il suffit de ne pas vous sentir visés si le chapeau ne vous fait pas.

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N’en demeure pas moins que des jeunes femmes de ma génération qui assument la charge de la famille et de la maison, en plus de travailler à temps plein, j’en connais plusieurs. Lasses de confronter leur conjoint pour qu’il assume sa juste part, elles se résignent à tout faire, ou presque, seules. Ainsi au moins, elles s’épargnent le labeur émotionnel d’une énième conversation à ce sujet.

 

Parmi les arguments courants pour «justifier» la répartition inégale des tâches, on reproche souvent à la femme d’être insatisfaite de la façon dont chéri fait les choses. Ou encore on avance que c’est elle que le chaos dérange davantage et qu’il est donc naturel que ce soit elle qui le contienne. Qu’elle n’a qu’à lâcher prise si elle est épuisée. Bref, on dit que nous sommes trop exigeantes.

 

Photo: iStock

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Cela laisse entendre que le résultat de tout ce travail invisible se produirait comme par magie. Or, quand une personne dans le couple assume la majorité de la charge, il lui suffit d’actionner tous les freins pour que son travail invisible se mette à briller par son absence.

 

À savoir si les femmes sont trop critiques de la façon dont l’autre fait le travail, j’sais pas. Il faudrait définir «trop», j’imagine. Ce que je sais, toutefois, c’est qu’à l’école, je n’avais pas de points bonis à mes examens parce que j’avais un vagin. Que dans tous les emplois que j’ai occupés, le même rendement était attendu de moi que de mes collègues masculins. Je n’ai pas moins de responsabilités citoyennes de par mon genre.

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Dans la maisonnée cependant, l’égalité des sexes, au lieu d’être établie, s’impose très lentement. Si lentement que trois générations après l’entrée en masse des femmes sur le marché du travail, et malgré leur participation active à l’économie, elles assument encore la majeure partie des responsabilités domestiques et familiales.

 

Qualifier les revendications féminines d’«exagérées» pour les invalider n’a rien de révolutionnaire. Comment faire valoir son point quand on est d’emblée qualifiée d’irrationnelle… N’est-ce pas ces hommes réfractaires qui sont irrationnels en voulant niveler par le bas à la maison pour s’épargner les efforts nécessaires à leur juste implication?

 

Quels arguments sensés appuient la perpétuation des inégalités dans le couple?

 

Nombreux sont les papas de ma génération qui, sans être de mauvaise foi, trouvent normal que leur blonde prépare les repas d’avance quand elle doit s’absenter quelques jours et se tape les corvées en double à son retour, tout en occupant un emploi à temps plein… Et ils trouvent exigeantes les femmes qui leur demandent de faire leur juste part? Comme quoi, quand on est en position de privilège, l’égalité ressemble à de l’oppression.

 

manal_drissi

 

Manal est chroniqueuse, journaliste, blogueuse et aime se dire «ironiste» de profession. Elle nous livrera chaque semaine des réflexions tout en humour et en humeurs sur les aléas de la vie d’une femme moderne. 

 

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