La première ride

On va presque tous avoir, à un moment donné, un ruisseau tari au visage… Les rides, le point de vue de Melissa Maya.

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Photo: Le Petit Russe

Un jour, j’ai lu sur Facebook une publication qui m’a marquée. Un ami écrivait: «Tu sais que ta jeunesse s’en va tranquillement quand, un matin, tu te lèves et tu penses que t’as un pli d’oreiller dans la face, mais que ce pli-là, finalement, ne s’est pas encore déplié à midi. Il est toujours là quand tu retournes te coucher le soir et on va se dire les vraies affaires: il ne va jamais sacrer son camp.»

L’auteur est un gars drôle (allô Patrick Dion!), mais la réalité, c’est que tu ne trouves pas ça drôle pantoute quand ça t’arrive. C’est à ce moment précis que tu te souviens de la publication Facebook en te demandant pour kossé faire que tu avais trouvé ça si drôle.

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La fille fru de découvrir sa première ride, donc, c’est moi. Mais pas fru à cause de la ride, non! Des rides, c’est naturel. Et n’importe qui me connaissant sait que j’ai toujours aimé ce qui est naturel. Des rides d’expression, des rides de maturité, de vieillesse… Des rides assumées, sur un visage plein de vie, ça peut être magnifique. Vraiment magnifique!

J’ai été frustrée à cause de ce que la ride représente. Je sais exactement ce qui l’a causée, cette ride. J’ai eu mal au ventre à quelques reprises l’an dernier, et je suis certaine que c’est dans ces moments-là que la ride s’est creusée, comme quand un ciel en colère se remplit d’éclairs. Bon, OK, j’exagère un peu… Les émotions négatives ne te dessinent quand même pas un éclair dans le visage comme David Bowie!

Mais les pleurs, ça peut faire comme la pluie: alimenter et creuser un ruisseau qui, en période de sécheresse, devient un chemin. Oui, c’est exactement ça: on va presque tous avoir, à un moment donné, un ruisseau tari dans le visage.

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Pour faire rire ma fille, je dis que c’est une pente de ski. Wouhou! On peut glisser dedans comme au mont Tremblant! «Tu te rappelles notre descente en luge, ma cocotte?» L’été à Tremblant, la montagne est parsemée de chemins d’asphalte qu’on peut descendre dans une luge. Bin quoi! Je ne peux quand même pas lui dire que, des fois, quelque chose te fait tellement mal au ventre qu’un exacto vient te faire une scratch dans l’front…

Et le hic, avec ce type de ride – la ride d’un événement malheureux –, c’est qu’elle apparaît toujours quand tu n’es plus triste. Tu te lèves un matin, tu vas joyeusement te brosser les dents, BANG, tu l’aperçois pour la première fois dans le miroir.

Je suis sortie de la salle de bains et mon chum a dit «bon matin» en posant un baiser, sans le savoir, sur ma première ride. J’ai osé croire un instant que ça la ferait disparaître.

Puis, j’ai pensé… Lorsqu’on réussit à traverser une rivière à la nage, on sort de l’eau plus fort, et on trouve que le chemin jusqu’au chalet n’a jamais été aussi beau.

 

Animatrice-conceptrice, reporter, photographe et auteure, Melissa Maya Falkenberg a tenu des rubriques dans La PresseUrbania, Nightlife.caDînette et le 24 heures Montréal. Vous l’avez peut-être récemment suivie à Télé-Québec (nomination Gémeaux Meilleure animation magazine culturel), dans La vie n’est pas un magazine ou dans ses diverses émissions à ICI ARTV. Après les succès de Québec Western et Montréal toujours, elle publiera, en 2018, un troisième livre aux Éditions Cardinal.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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