La Saint-Valentin n’a rien à voir avec l’amour (mais j’ai besoin de la fêter quand même)

Je m’en fous des grosses affaires chères. Je veux juste une petite attention, que ça soit un Kraft dinner ou un papier de construction plié en quatre avec un mot dessus.

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J’ai souvent en tête un souvenir lointain, très clair. Je dois avoir 10 ans. C’est la Saint-Valentin. À l’école, on a organisé un courrier du cœur. Les enfants qui se plaisent, naïvement, s’envoient des mots d’amour. Les petits garçons écrivent aux petites filles: «Veux-tu être ma valentine?», et vice versa, et déposent leur missive dans une boîte. Toute la journée, d’autres enfants déguisés en Cupidon les distribuent de classe en classe. Je n’en ai rien à faire de la Saint-Valentin: je n’ai pas participé au jeu. Pourtant, je suis assise à mon pupitre et j’attends. Toute la journée, malgré moi, j’attends. Et j’espère. Mes amies sont populaires et je les trouve bien mieux que moi. Elles reçoivent des lettres d’amour. Certaines plusieurs à la fois. Mais moi, aucune.

Je me souviens de la lourdeur de mon cœur à la fin de cette journée-là, dans l’autobus, en rentrant chez moi, et même après, toute la soirée durant. Un sentiment de vide, d’avoir échoué à quelque chose. Quelque chose qui n’a rien à voir avec l’amour, pourtant – je n’étais intéressée par personne –, mais plutôt avec un concept de compétition dans l’amour. Cette impression d’avoir raté le deadline, d’avoir perdu le concours.

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Depuis, tous les 14 février, je ressens un peu la même chose. J’ai baptisé cette journée la Saint-Malenpoint, pour en rire. Que je sois en couple, seule, comblée d’amitiés, la Saint-Valentin me laisse triste et déçue. «Moi? Nooonnn, je ne fête pas ça, la Saint-Ventolin, c’est tellement con! C’est inutile et superficiel.» Vingt ans plus tard et je suis là, à côté du téléphone, à me ronger les ongles, et j’attends toujours la carte, et j’attends toujours les fleurs. Alors, je décide de sortir avec les amies. Mais je ne pense qu’à rentrer à la maison, parce qu’il n’y a rien de plus triste que de passer la Saint-Valentin entre copines, elles aussi délaissées, pour se faire croire qu’on s’en fout nous, on n’a pas besoin de ça.

Oui, moi, j’ai besoin de ça, au moins aujourd’hui. Comme on a besoin de se faire souhaiter une bonne Journée des femmes, comme on a besoin d’être avec ceux qu’on aime le 24 décembre, ou de manger du chocolat à Pâques. Mais en pire, parce que «L’AMOUR».

La Saint-Valentin, ce n’est pas la fête de l’amour. C’est le fil d’arrivée de la compétition qui mesure qui est le plus aimé, le plus désiré, le plus convoité. Qui est le plus gâté par un partenaire cachottier, aventureux, romantique. Qui est le mieux assorti avec sa date, qui a la plus belle photo dans le plus beau restaurant. Le plus beau bouquet. Le plus beau témoignage sur Facebook. Que je fasse semblant d’être au-dessus de tout ça, que je juge les adeptes du rituel ou non, cela n’y change rien: je n’ai pas les nerfs assez solides pour sortir cette machine-là de moi.

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Une connaissance me racontait, en riant, qu’à force d’être déçue de la façon qu’avait son chum d’oublier la Saint-Valentin ou de lui offrir un cadeau inutilisable, elle avait décidé de prendre les choses en main. En février, elle se rend dans un magasin et sélectionne trois trucs qu’elle aime. Ensuite, elle appelle son amoureux, lui donne l’adresse, et il va choisir lequel des trois il préfère lui offrir. Elle m’explique: «J’ai quand même une surprise, et lui est moins stressé de manquer son coup.» C’est pour ça que, cette année, je vais dire la vérité à «l’Univers»: oui, c’est important pour moi et, oui, je voudrais qu’il se passe quelque chose de spécial. Je m’en fous des grosses affaires chères. Je veux juste une petite attention, que ça soit un Kraft dinner ou un papier de construction plié en quatre avec un mot dessus. Merci.


Chroniqueuse du mois

Auteure-compositrice-interprète au sein du duo Les Sœurs Boulay, Stéphanie Boulay est également l’auteure du roman À l’abri des hommes et des choses (Québec Amérique).

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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