Le monde et les temps changent

Le vieux fond machiste généralement attribué à la France est-il un cliché culturel ou une réalité quotidienne pour ses citoyennes?

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Illustration: Emma

Avec une cohorte initiale de signataires composée de 180 personnalités féminines de tous les horizons (divulgation: j’en suis), suivie de plus de 15 000 signatures du public recueillies en moins de 24 h pour l’initiative Et maintenant, je pense qu’on peut établir sans crainte que le point de vue réactionnaire des 100 Françaises s’inscrivant en faux contre la vague #MoiAussi est plus que minoritaire chez nous.

À voir également les nombreuses réactions négatives à leur manifeste fusant de toutes parts en France, poussant même la plus connue des 100, l’actrice Catherine Deneuve, à présenter ses excuses, on pourrait conclure que leur opinion est également minoritaire chez elles.

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Il n’empêche, mon impression que l’égalité entre les genres est mise à mal au pays des Académiciens demeure. En fait, je me demande sincèrement si le vieux fond machiste généralement attribué à la France est un cliché culturel ou une réalité quotidienne pour ses citoyennes.

C’est entre autres de cela qu’il me tarde de discuter avec la célèbre blogueuse française Emma, qui est de passage au Québec cette semaine. Lors de la causerie que j’animerai ce vendredi dans une librairie montréalaise, je compte bien lui demander comment c’est, au juste, d’être féministe aujourd’hui en France et si elle estime que son pays est en avance ou retard par rapport à d’autres sociétés.

Égalité sexuelle, égalité parentale

Par ailleurs, ayant consacré des centaines d’heures de recherche et de réflexion à la question de l’égalité parentale ces dernières années, je suis particulièrement excitée à l’idée de discuter avec celle qui a démystifié la notion de charge mentale.

Illustration: Emma

Sa fameuse bande dessinée Fallait demander a fait le tour du monde et a été partagée pas moins de 215 000 de fois sur Facebook. En matière d’éducation populaire et de démocratisation des enjeux féministes, difficile de faire mieux.

Et c’est là, à mon sens, que se rejoignent le travail d’Emma et l’initiative «Et maintenant» lancée par Aurélie Lanctôt, Léa Clermont-Dion, Francine Pelletier, Élisabeth Vallet, Françoise David et la collègue Josée Boileau: ce sont des projets féministes d’éducation populaire visant à sensibiliser et à faire réfléchir.

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En tant que journaliste, je suis très sensible à l’importance de vulgariser les concepts complexes, et la théorie féministe n’y échappe pas. J’ai trouvé qu’Aurélie Lanctôt a brillamment détricoté toutes sortes de préjugés pernicieux entourant les agressions sexuelles et le harcèlement, notamment à propos de la présomption d’innocence et de la séduction.

Un message limpide lors d’un passage à une émission aussi regardée que Tout le monde en parle m’apparaît extrêmement utile pour contribuer à l’évolution des mentalités. Évidemment, je conçois bien que «l’évolution des mentalités» est une chose difficile à mesurer…

En même temps, on peut déjà constater le changement de paradigme généré par la vague #MoiAussi grâce à des interventions comme celle de François Bellefeuille à la même émission dimanche soir. L’humoriste a raconté avoir vu ses effets sur la réaction du public. Il a même dû retirer certaines blagues de son spectacle. Au lieu de le déplorer, le lauréat de nombreux Olivier s’en félicite. Et il a bien raison, car le monde et les temps changent.

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Journaliste indépendante et conférencière, Marilyse Hamelin est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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