Lettre à mon fils

Katerine-Lune Rollet raconte à son fils la vie avant la révolution numérique.

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Chroniqueuse du mois

Cher fils,

Je t’écris aujourd’hui parce que le débat fait rage. Tu sais, il ne faut pas grand-chose pour que Facebook s’emballe. Nous venons de découvrir une nouvelle génération que l’on surnomme les xennials. Tous ceux qui sont nés entre 1977 et 1983 se demandent s’ils sont effectivement un croisement entre l’avant (enfance sans technologie) et l’après (adultes full technos). Et tout le monde en profite pour se comparer. Tes grands-parents sont assurément des baby-boomers. Moi, je suis une sorte de X et, après moi, il y a eu les Y et les Z. Dans quelle boîte te casera-t-on, toi, qui entreras sur le marché du travail en 2034?

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Dans une dizaine d’années, tu me feras une crise d’adolescence solide, tu me traiteras de vieux jeu et de technodinosaure. Toi qui, déjà à trois ans, manies le iPad à une vitesse fulgurante et me supplies de regarder «Nezzflix» toute la journée. Laisse-moi t’expliquer d’où je viens.

Photo: iStock

Je suis née dans une maison où il n’y avait ni cellulaire, ni ordinateur, ni Internet, ni micro-onde. Pour le divertissement de la famille, trônaient dans le salon une petite télévision en noir et blanc et dans ma chambre un radiocassette. La télévision n’offrait que quatre postes. On bâillait souvent devant le petit écran (aujourd’hui encore, même s’il y a des centaines d’options, je te l’accorde). Comme mes parents n’avaient pas beaucoup d’argent, la télé couleur est arrivée chez nous pour mes 11 ans et – oh grand luxe! – dans un appareil de 14 pouces.

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À l’époque, nous étions quand même déjà multitâches. Pendant que je regardais un programme, j’avais le combiné téléphonique collé à l’oreille. J’essayais d’appeler des amis parce que, 80% du temps, la ligne était occupée. Ben oui, devant Google et la caméra de recul de la voiture, l’invention du répondeur a été le plus grand changement technologique de ma vie. Adolescente, combien d’heures ai-je passées assise près du téléphone à ne pas sortir de chez moi, à supplier ma mère de raccrocher toutes les 30 secondes, bref, à tout faire pour ne pas manquer l’appel – éventuel – de mon kick ou de ma meilleure amie! L’arrivée de la boîte vocale, de la mise en attente, de l’afficheur et des *69, *66 et *72 (que j’apprenais avec beaucoup plus de rapidité que le tableau périodique des éléments) a radicalement changé ma vie.

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Je comprends que cela te paraisse impensable, mais Internet est entré dans mon existence seulement quand j’avais 19 ans. À l’époque, mes professeurs refusaient qu’on se documente sur la toile. C’était le début de ce grand far west, et seules les bibliothèques et l’odeur des livres trouvaient grâce à l’université. Tu me diras que 20 ans plus tard, en cette époque de fausses nouvelles, les choses n’ont pas vraiment changé et tu n’auras peut-être pas tort.

Pendant toute ma jeunesse, quand j’avais une question, mes parents me disaient inlassablement: «Regarde dans le dictionnaire».  Je sais que toi tu ne le consultes pas, mais si le cœur t’en dit, il y en a un dans mon bureau. C’est ta grand-mère qui me l’avait offert pour mon entrée au secondaire en…1987.


Photo: Louis Prudhomme

Photo: Louis Prudhomme

Ce n’est pas pour rien que sa famille l’appelle le petit mulot: l’animatrice Katerine-Lune Rollet est avant tout une gourmande qui grignote sans arrêt. Chroniqueuse pour le magazine Ricardo, elle s’assoit aux meilleures tables pour son blogue katerinerollet.comEntourée de ses huit poules, elle partagera cet été ce qui titille ses papilles. Z’avez faim?

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