Ne me confisquez pas ma poudre blanche

Katerine-Lune Rollet sait bien que le sucre est mauvais pour la santé… Mais faut-il pour autant bannir les desserts?

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Chroniqueuse du mois

 

Pour une fois, en parcourant mon fil Twitter, je ne cassais pas du sucre sur le dos de Trump ou des coupures dans les CPE. Mais la moutarde m’a vite monté au nez.

C’était un lien vers le blogue du restaurant basque Mugaritz. On y annonçait que cet établissement –considéré comme l’un des 10 meilleurs au monde – n’allait plus servir de desserts. Qu’après plusieurs années de réflexion sur l’importance de terminer un repas sur une note sucrée, les chefs incluraient désormais ces saveurs pendant le repas et non à la fin.

J’ai pris une grande respiration.

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Faut vraiment cuisiner avec sa tête pour s’imaginer une telle chose! Manger du sucre est tout sauf cérébral.

On s’empiffre de beignes parce qu’on a eu une mauvaise journée.

On lèche une molle au bar laitier du coin parce qu’on s’ennuie un soir d’été.

Photo: iStock

Photo: iStock

 

On déguste un gâteau parce que cela titille ses papilles gustatives.

On cuisine une tarte pour faire plaisir à sa famille.

On croque dans un carré de chocolat pour combattre la fatigue d’après-midi.

On est étourdi et on a mal au cœur les lendemains matins de ce que Janette Bertrand appelle une brosse de sucre.

Je suis bien consciente qu’après le gras, nous sommes en pleine guerre contre le sucre. Depuis des décennies, l’industrie alimentaire en ajoute partout et en trop grande quantité. Il faut assurément mettre fin à cette recette.

Mais quand je vais au restaurant, ne m’enlevez pas la partie préférée de mon repas! Comme cliente, il n’y a rien qui m’insulte plus qu’un menu dégustation de sept services où un SEUL est dédié à une douceur. Vraiment? Pourquoi quatre ou cinq services consacrés à la protéine? Qui a eu l’idée d’affirmer qu’un steak vaut plus qu’une charlotte aux fraises?

Heureusement, il y a encore des nations où le dessert est roi. Selon un récent sondage, 71% des repas pris par les Français contiennent un dessert, contre 67% chez les Espagnols, et seulement 30% pour les Britanniques. Les Anglais se roulent eux-mêmes dans la farine: leur ministre de la Santé a suggéré l’automne dernier à une centaine d’enseignes de diminuer la taille de leurs desserts. Sous le couvert de l’obésité, on divise en deux le pudding. Et si moi, je mangeais moins pendant mon lunch pour savourer ensuite plus de crème glacée?

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J’ai terminé le texte de Mugaritz en me disant que c’était la cerise sur le sundae et qu’il y avait toujours quelqu’un pour ruiner notre fun.

P.-S. 1 Si vous êtes une bibitte à sucre digne de ce nom, allez déguster l’éclair au miso ou le cannelé au rhum de la nouvelle pâtisserie Libertine Bakehouse au 806, avenue Atwater, à Montréal.

P.-S. 2 Si comme moi vous avez une relation amour-haine avec le sucre (parce que vous savez pertinemment que vous en mangez trop), deux suggestions de lectures: le classique Le mal du sucre de Danièle Starenkyj (publié en 1981, mais toujours aussi pertinent) et sa version moderne, Sucre : vérités et conséquences, de Catherine Lefebvre.

 

Photo: Louis Prudhomme

Photo: Louis Prudhomme

 

Ce n’est pas pour rien que sa famille l’appelle le petit mulot: l’animatrice Katerine-Lune Rollet est avant tout une gourmande qui grignote sans arrêt. Chroniqueuse pour le magazine Ricardo, elle s’assoit aux meilleures tables pour son blogue katerinerollet.comEntourée de ses huit poules, elle partagera cet été ce qui titille ses papilles. Z’avez faim?

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