Pourquoi tant d’insultes dans les médias québécois?

L’insulte est-elle devenue la nouvelle façon de débattre au Québec? On est en droit de se le demander.

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Photo: iStock

 

L’hiver a débuté tôt, janvier a paru durer 48 jours et voilà que février menace de nous achever. Autrement dit, ça fait un méchant bail qu’on manque de lumière. Tout cela ne peut que jouer sur notre moral collectif. Le climat ambiant est morose, malsain, teinté d’agressivité même. Je le constate sur les réseaux sociaux et même dans les journaux.

Chez certaines chroniqueuses du Journal de Montréal, l’heure est à la diabolisation et aux attaques personnelles. Je pense à Denise Bombardier et à Sophie Durocher, qui, encore une fois, ont opté la semaine dernière pour la facilité en essuyant leur humeur courroucée sur un bouc émissaire, en l’occurrence la journaliste indépendante Pascale Navarro, reconnue pour ses positions féministes.

Et tant pis s’il faut au passage déformer et caricaturer les propos d’autrui pour se constituer une réalité bien à soi. Exit l’argumentaire étoffé, il semblerait qu’il soit désormais suffisant d’assimiler à un taliban la personne avec laquelle on est en désaccord.

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Sur Twitter, François Cardinal, éditorialiste en chef à La Presse, s’est interrogé: l’insulte est-elle devenue la nouvelle façon de débattre au Québec? On est en droit de se le demander. Il y a certainement quelque chose de puéril dans cette hargne exprimée par Mmes Durocher et Bombardier, dans cette urgence de tirer sur tout ce qui bouge, d’avoir raison coûte que coûte, comme si le sort du monde libre en dépendait.

Pourquoi écrire?

On gaspille le privilège d’avoir une tribune ces jours-ci. Et cela m’agace. Je trouve qu’on mérite mieux, collectivement. N’en doutez pas, j’aime les débats d’idées, même quand ils sont rudes. Pour autant qu’ils soient menés avec intelligence et respect, ils sont utiles et féconds, contrairement aux lancers de boue.

Tout cela me fait réfléchir au journalisme d’opinion dans un sens plus large, à l’utilité de la prise de parole publique et à ce qui nous incite à exercer un tel métier. À titre personnel, pourquoi tiens-je une chronique?

La réponse qui me vient est presque gênante de simplicité: j’ai envie de contribuer à ma façon, c’est tout. Le désir d’être utile est un puissant moteur. Reste qu’alimenter une chronique est un réel privilège (et la chronique, un art nécessitant de nombreuses années d’apprentissage, mais là je digresse).

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C’est pourquoi il m’importe de réfléchir aux moyens d’en faire bon usage. Primo, pour être pertinente, il me semble que j’ai intérêt à faire preuve de plus d’humilité, de lucidité et aussi, pourquoi pas, d’un peu de bienveillance.

Deuzio, je me méfie de mes certitudes. Parce que la réalité est complexe et que ce qui était vrai hier peut tout aussi bien se révéler faux demain. Je me donne le droit de me tromper et, surtout, de changer d’opinion plutôt que de m’enfoncer tête baissée dans l’erreur, par orgueil ou aveuglement idéologique.

Cela dit, il y a mille manières de contribuer à la société et au moins cent professions qui m’apparaissent nettement plus utiles que la mienne. Malgré tout, je reste convaincue que la majorité des préposées aux bénéficiaires, des enseignantes, des infirmières et même des politiciennes se lèvent le matin avec l’exacte même volonté de contribuer à construire quelque chose de plus grand que soi, de beau et de bon, quelque chose qui s’apparente à l’idée que l’on se fait du bien commun.

Morosité

Sur les réseaux sociaux aussi, les esprits s’échauffent, la mèche est courte et l’invective n’est jamais bien loin. Par exemple, sur ma page Facebook professionnelle, un homme s’est mis à publier des gifs animés hostiles et des commentaires à l’effet qu’avec mes «jérémiades infantilisantes, j’incarnais le syndrome de la victimite aiguë» (je résume).

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Zut, moi qui croyais que prendre la parole publiquement sur des enjeux intimes nécessitait une dose minimale de courage… Blague à part, pour une féministe en pleine démarche d’empowerment, l’accusation est particulièrement infamante, car elle est pour ainsi dire impossible à réfuter, sous peine de passer pour… une personne cherchant à se victimiser!

Dans ces moments-là, je prends la peine d’écrire en privé à la personne; je tente le dialogue. C’est bien reçu, la plupart du temps, comme dans ce cas-ci. Mon geste a été interprété comme «une main tendue». Un peu plus et mon interlocuteur tombait en bas de sa chaise de trouver un être humain à l’autre bout du clavier… Sans être d’accord, disons que nous avons pu mener un échange civilisé.

Bienveillance pour tous!

La veille du jour de l’An, sur les ondes de la radio publique nationale, le chroniqueur Fred Savard nous a prédit une année 2018 teintée de bienveillance, alors je garde espoir. Et si on lançait un nouveau mot-clic pour s’encourager? J’ai pensé à #Bienveillance2018. Qu’en dites-vous?

Le principe est simple: tenter de trouver chaque jour au moins un événement positif, heureux, une source de gratitude, une personne à remercier, et en tirer un tweet ou un statut Facebook. Allez, on se lance, il faut bien passer au travers!


Marilyse Hamelin est journaliste indépendante et conférencière. On peut notamment la lire dans Le Devoir, la Gazette des femmes et le magazine spécialisé Planète F. Elle blogue également pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme, publié chez Leméac.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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