Quand notre corps nous force à lâcher prise

Enceinte de 39 semaine et 4 jours, notre chroniqueuse Geneviève Pettersen a dû accepter de ne plus tout contrôler. À commencer par son corps.

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Ma_parole

Vous ne me connaissez pas encore beaucoup, mais s’il y a une affaire avec laquelle j’ai de la misère dans la vie, c’est le lâcher prise.

Je ne peux pas m’empêcher de contrôler tous les aspects de mon existence et, comme bien des femmes (et des hommes, il est temps qu’on se le dise), j’aime que les choses soient faites à ma façon. Habituellement, mon petit côté control freak ne me fait pas trop souffrir. Et, par moments, il peut même être perçu comme une qualité. Bon, c’est certain que mon mari et mes enfants me trouvent parfois fatigante, mais ce n’est pas ce dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui.

Là, tout de suite, j’ai le goût de vous dire que j’aimerais bien voir disparaître de ma vie ce besoin maladif de tout régenter. C’est que, dans ma condition, on ne contrôle pas grand chose. Pour ceux qui l’ignorent, je suis une multipare enceinte de 39 semaines et 4 jours et je suis incapable de vivre avec l’idée que je ne peux pas contrôler avec précision la suite des choses, à savoir ma date d’accouchement.

Dans ma vie où tout est calculé et chronométré, mes grossesses ont été les seuls moments où j’ai perdu le contrôle de mon existence. Rien à faire, être enceinte me force à me reposer, à manger et à engraisser, quoi que je fasse ou peu importe ce que j’en pense. Oui, le suivi de grossesse est rempli de chiffres, de dates, de statistiques et d’examens et celui-ci m’a procuré, à chaque fois, un vague sentiment d’avoir les choses bien en main. Mais, on va se dire les vraies affaires : dans le domaine de «l’enceintitude», on ne décide de rien.

On aura beau se tartiner d’huiles et de crèmes hors de prix afin d’éviter les vergetures, si celles-ci ont décidé d’apparaitre, rien ne les en empêchera. On aura beau passer toutes les échos, les tests prénataux et les amniocentèses qu’on nous propose, ça n’évitera aucun problème de santé à notre progéniture. Au mieux, les médecins pourront agir pour minimiser les dégâts et nous, comme parents, on y sera mieux préparés. Mais ça n’empêchera pas le malheur de se produire. On aura beau se fier à la date d’accouchement indiquée par le calendrier de calcul de la DPA, bébé n’en fera qu’à sa tête et il sortira quand il sera prêt. On aura beau sauter, monter les escaliers, marcher des kilomètres, laver notre plancher à quatre pattes et boire des hectolitres de tisane de feuilles de framboiser pour se donner l’illusion qu’on a une emprise sur notre corps, la vérité, c’est qu’on ne contrôle rien pantoute, quand on est enceinte. Et c’est peut-être aussi bien comme ça. Parce que c’est peut-être le dernier bastion de chaos qui nous reste dans nos existences réglées au quart de tour.

PS. Je vais quand même boire ma tisane de framboisier et prendre mes gélules homéopathiques, juste au cas…

 

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com

Pour réagir sur Twitter: @genpettersen

Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)

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