Retrouver son mojo en 4 jours au Festif! de Baie-Saint-Paul

Récit d’une festivalière en cavale… à bord de sa caravane

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Photo: Caroline Perron

La première chose que je ressens en mettant les pieds au Festif! de Baie-Saint-Paul, c’est un énorme soulagement. La petite municipalité de 7146 âmes, établie au bord du fleuve, dans Charlevoix, s’apprête à être envahie par près de 40 000 festivaliers et je me sens presque comme une prisonnière en permission.

Il faut dire que j’arrive d’une semaine de bourlingage sur la Côte-Nord, à (peu) dormir un peu partout dans notre vieille Dodge Caravan semi-modifiée: sur la rue, dans des stationnements d’église ou d’auberge de jeunesse, parfois sans toilette ni douche à proximité, sauf les fois où on a eu la fausse bonne idée de s’installer dans un camping à l’intérieur des terres. Oh la joie de vivre la nature à son meilleur, avec toutes les piqûres d’insectes qui viennent avec!

Mettons une chose au clair, je suis de la chair de luxe à bibittes en tout genre: moustiques, mouches et brûlots. Ces derniers se gavent dans le délicieux buffet que j’incarne à leurs yeux. Leurs morsures et leurs piqûres — causes intenses d’allergie — créent sur ma peau, jusque sur ma tête, des bosses géantes dignes de celle de Quasimodo. Elles créent même parfois des gigas éruptions cutanées suintantes (bon appétit!).

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Bref, après sept jours de ce régime, je suis aux anges de rouler vers le sud, de «sortir du bois» pour «retrouver la civilisation». Qui plus est pour assister à un réputé festival de musique. L’angoissée que je suis s’est même préparé une note dans son cellulaire contenant la liste des artistes à voir par jour, par heure et par scène, malgré l’application fournie par le festival… Premier constat, la programmation fait la part belle aux artistes féminines, voilà qui est réjouissant.

Fille de personne

Jeudi 18h30, c’est l’heure du premier spectacle extérieur. Pierre Lapointe a ouvert le bal 90 minutes plus tôt dans la salle multi de l’hôtel Germain, là où logent la plupart des artistes invités par le festival.

Il me tarde de le voir ce premier show en scène extérieure, car il s’agit de celui de la vedette de l’heure, Hubert Lenoir, programmé étonnamment tôt en soirée. Cela s’est sans doute fait bien avant le Prix Félix-Leclerc de la chanson qu’il a remporté et sa nomination sur la courte liste du prix Polaris, un exploit. Ses musiciens sont enthousiastes, généreux, visiblement heureux d’être là (la nomination n’est sûrement pas étrangère à cet état de fait).

Résultat des courses? Je craignais que l’enfant chéri des médias soit un peu blasé. En plus je l’avais vu tout donner le mois précédent lors d’un showcase aux Francos de Montréal. Mais non, il explose d’autant plus cette fois-ci, alors que je ne croyais pas une telle chose possible… Le ton de la 9e édition du Festif! est donné.

Tour de piste

Un peu plus tôt en après-midi, parmi les premiers à débarquer au fameux «Go-Van à Maison Mère», ainsi qu’on appelle l’endroit réservé aux caravanes et autres Westfalias dans un champ de Baie-Saint-Paul, on constate à quel point il se remplit rapidement. Le petit village éphémère se construit d’heure en heure en accueillant des campeurs de toutes sortes: une bande de jeunes fêtards par-ci, une petite famille par-là et plusieurs couples de retraités. De vaillants bénévoles veillent sans relâche à organiser le chaos potentiel en campement parfaitement viable.

Une fois bien installée, je pars explorer le site du festival. Je cherche frénétiquement à repérer l’emplacement de chacune des scènes extérieures pour ne rien manquer. C’est là que je me dis que pour «retrouver mon mojo», il me faudrait d’abord commencer par lâcher prise et vivre le moment présent.

Organisé au quart de tour, le festival fait d’ailleurs tout pour m’y aider. Dès le premier soir, je constate que le son est impeccable, l’horaire respecté, les installations sanitaires en nombre suffisant (je n’attends jamais plus d’une minute pour aller aux toilettes, bien réparties sur le site). Je me dis que je vais me plaire ici.

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Paix et amour

Je n’ai pas peur de me faire voler au Festif!. Je finis même par laisser les portes du camion débarrées. Je crois que j’ai «attrapé» l’ambiance générale du festival, qui pourrait se résumer en deux mots: chill out, comme disent certains ados.

Il n’y a plus d’eau chaude dans les douches mobiles du village de caravanes? On s’en fiche! Une festivalière en file me dit que ça va la rafraîchir. Un homme trébuche dans les marches en sortant des toilettes? Il est le premier à rigoler de ce qu’il qualifie de «jolie chorégraphie». That’s the spirit! (Je suis sortie de la douche TRÈS réveillée.)

Mon unique bémol? Celui qui échappe totalement au contrôle des organisateurs: la température. Il a fait chaud au Festif! cette année. Très chaud. Un soleil de plomb nous a tapé sur la tête tout au long. C’est simple, je n’ai vu aucun nuage pendant quatre jours. Durant l’après-midi, le thermomètre intérieur de notre Dodge affichait 38 degrés Celsius (avant facteur humidex!).

Je passe d’ailleurs la dernière journée à faire des allers-retours à la rivière, où je me baigne allègrement en bikini, sans me soucier de quoi que ce soit, ni de mon allure, ni du fond boueux ni même de la qualité de l’eau. Ma tête en plein soleil? Je la couvre d’un vieux t-shirt blanc noué à la va-vite, façon Capitaine Haddock dans le désert. Chill out!

Plein les oreilles

J’ai beau essayer, je n’arriverai jamais à vous relater ici dans le détail les dizaines de spectacles que j’ai vus en l’espace de quatre jours, mais je peux vous dire que j’ai été soufflée devant le talent de la rockeuse Mara Tremblay, ensorcelée par l’envoûtante Marie-Jo Thério, par Queen Ka aussi, qui déclamait les mots de Richard Desjardins, ravie par la fougue d’Émile Bilodeau (qui a dit que «la lune est une femme, car elle est brillante») et par la voix planante de Matt Holubowski.

Et puis, il y a eu le rock pesant, irrésistible, quasi messianique de Galaxie, qui a semblé faire trembler le sol tellement c’était grisant, électrisant. La foule vrombissante était en transe et certains, le diable au corps, ont exprimé leur enthousiasme jusqu’à prendre la scène d’assaut pour se lancer dans la foule.

Ce qui fait la marque du Festif!, c’est aussi les spectacles surprises annoncés à la dernière minute grâce aux alertes qui font vibrer notre téléphone: Paul Piché à l’heure du souper dans un parc, Patrick Watson au bout du quai sous le soleil de midi (eh oui, j’ai chopé une insolation, pas bravo à moi d’avoir oublié ma casquette), le groupe Mon Doux Saigneur sur le comptoir du dépanneur de la rue principale, Pascale Picard sur un balcon, Dave Chose devant une grange (ce dernier féminise toutes ses adresses au public, j’aime ça), Yann Perreau sur une plateforme élévatrice en pleine rue, Random Recipe au balcon du deuxième étage d’un commerce et j’en passe.

Happy end

Chaleur accablante, plusieurs moments de grâce musicaux, quelques fous rires et des amis croisés par hasard, on peut dire que ce fut un Festif! rempli de péripéties!

Au final, tout est bien qui finit bien. Je m’en suis tirée à meilleur compte que certains, comme Hubert Lenoir qui, selon la rumeur, aurait vécu une mésaventure en bodysurf lors de son spectacle. Il serait tombé tête première au sol après que des festivalières «seniors» l’eurent «échappé». Remarquez, pour l’avoir entendu trois jours plus tard au micro de Christiane Charette, je me dis que tout va bien pour lui aussi. C’est fait fort ces jeunes-là!

Alors, la question qui tue: est-ce que je retournerai au Festif! l’an prochain? Pour rien au monde je ne raterais ça! Mais je ne vous raconterai pas d’histoires, je crois que cette fois, je me louerai une chambre à l’auberge ou mieux, à l’hôtel. Je ne suis peut-être pas si chill que ça, finalement…

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Marilyse Hamelin est journaliste indépendante et conférencière. On peut notamment la lire dans Le Devoir, La Gazette des femmes et le magazine spécialisé Planète F. Elle blogue également pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme, publié chez Leméac.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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