Stéphanie Boulay : «Je suis à la recherche de l’illumination»

C’est la première fois de ma vie que je suis RÉELLEMENT bien toute seule, célibataire, sans enfant. Je dirais même que j’en suis sereine.

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Photo: Stéphanie Boulay

 

«Allo! Je t’appelle pour te dire que je pars toute seule en road trip aux États-Unis!»

Soupir de découragement de ma mère. Soupir de découragement de mon père.

Hors de Miami ou des tout-inclus de Cuba, le voyage n’est pas un concept populaire dans ma famille. Synonyme d’errance, de fuite, de vague à l’âme ou de quête de sens à sa vie, il est même carrément impopulaire. Surtout, il est garant de danger. C’est peut-être un peu pour ces raisons qu’il m’a fallu attendre 25 ans avant d’avoir envie de voyager. Pour comprendre que j’en avais besoin. Je ne voyage pas «bien», pourtant. J’ai toujours le mal du pays: je passe de nombreuses heures, pendant mes périples, à m’ennuyer et à angoisser. Je suis trop timide et sauvage pour me faire des amis. Mes rencontres s’arrêtent donc à quelques discussions autour de comptoirs de restaurants. Je ne crée aucun vrai lien et je reste plutôt fermée sur moi-même. Je ne visite aucune attraction. En fait, je dirais que je voyage avec le focus tourné vers l’intérieur, encore une fois. À l’écoute de mes impressions, de mes émotions. À la recherche de l’illumination. Je suis la risée du voyageur aguerri.

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Je suis donc partie en voiture avec un itinéraire plus qu’imprécis et aucune date de retour (ce qui m’a d’ailleurs valu une fouille interminable aux douanes). Et mes journées se résument, pour le moment, à écrire, composer, écrire, lire, lire, lire, manger et me promener. Ça m’a pris quelques jours d’adaptation, pendant lesquels je me suis efforcée de trouver des choses à voir, des choses que je DEVAIS voir puisque j’étais touriste. Des musées, des monuments, que sais-je. J’ai fini par (presque) accepter que ce n’était pas ce que j’étais venue chercher ici.

Photo: Stéphanie Boulay

Qu’est-ce que je suis venue chercher ici?

Je ne le sais pas encore.

Mais je sais que:

– C’est la première fois de ma vie que je suis RÉELLEMENT bien toute seule, célibataire, sans enfant. Je dirais même que j’en suis sereine.

– C’est l’une des premières fois de ma vie que je me surprends à sourire toute seule, tout le temps, pour des pensées aussi banales que mon café du lendemain matin, ma promenade du soir, un bain ou une chanson que j’aime. Que je me surprends à danser toute seule, accoudée au comptoir d’un bar. À être réellement sympathique avec les gens que je croise, et pas seulement parce que je me sens le devoir de le faire.

Je réalise finalement, pour être honnête, que je voyage pour allumer des étincelles créatrices en moi. Le lieu n’a donc pas beaucoup d’importance. Ce sont la liberté et l’espace que le voyage crée en moi qui comptent. Je viens justement de lire, dans Charlotte de David Foenkinos: «Une révélation est la compréhension de ce que l’on sait déjà.» Ça m’a frappée. Et, il y a quelques jours, un inconnu dans un bar m’a demandé: «Are you running FROM something or TOWARDS something?» Est-ce que je me sauve de quelque chose, ou est-ce que je cours vers quelque chose? «Les deux», j’ai répondu. Parce que, oui, je me sauve DE moi et je cours VERS moi. Bien tranquille, devant ma bière.

Mes amis me demandent déjà de leur raconter mon voyage. Je n’ai rien à raconter, parce qu’il ne se passe rien d’autre. Moi qui ne fais rien et n’ai besoin de rien. Et qui souris. (Oui, je suis chanceuse.)

Ah. Et je ne peux passer sous silence les musiques qui agrémentent le tout:

– Pianoscope, d’Alexandra Stréliski

– Roses, de Jean-Michel Blais

– feu doux, de feux doux

Valtari, de Sigur Rós

– Et tout Daniel Lanois

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Photo: Bianca Cloutier-Lamoureux

Auteure-compositrice-interprète au sein du duo Les Sœurs Boulay, Stéphanie Boulay est également l’auteure du roman À l’abri des hommes et des choses (Québec Amérique).

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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