Stéphanie Boulay: laisse tomber, il ne te mérite pas

«M’aimes-tu? As-tu envie d’être avec moi? Sinon, j’aime mieux le savoir. Je veux être avec quelqu’un qui a envie d’être avec moi.»

  0

Photo: coffee / pixabay.com

Ça va commencer par un tout petit truc. Un jour, tu essaieras de lui téléphoner parce que tu auras envie d’entendre sa voix. Il ne te rappellera pas. Tu vas lui écrire un mot gentil, tout simple, auquel il ne répondra pas non plus. Quand tu finiras par le joindre, le lendemain, il te jurera qu’il était très occupé, qu’il avait beaucoup de travail. Ça te blessera. Te fera douter. Mais en toi-même, tu te diras : «C’est sûrement dans ma tête. Oui, c’est vrai, j’ai toujours peur d’être abandonnée. Ce n’est pas tout le monde qui est devant son téléphone toute la journée.» Tu penseras qu’il faut que tu guérisses tes bobos.

Il commencera à accepter de te voir moins souvent, à annuler vos rendez-vous à la dernière minute. Il se plaindra qu’il est malade ou qu’il a encore du travail. Ça te blessera et tu penseras encore: «C’est vrai, c’est sûrement moi, il faut que j’apprenne à faire les choses pour moi, à être plus indépendante et compréhensive.»

À lire aussi: Stéphanie Boulay: les hommes doivent être de meilleurs alliés féministes

Il ne souhaitera pas consacrer de temps à ta famille ou à tes amis, tentera de te convaincre de ne pas mettre de photos de lui sur tes réseaux sociaux, s’endormira sans t’embrasser. Tu te rendras compte qu’il ne se souvient pas de ce que tu lui as dit quelques jours plus tôt, et qu’il ne sait rien de tes goûts et de tes rêves.

Un jour, tu lui demanderas calmement: «M’aimes-tu? As-tu envie d’être avec moi? Sinon, j’aime mieux le savoir. Je veux être avec quelqu’un qui a envie d’être avec moi.» Mais il te répondra que ça n’a rien à voir, que oui, bien sûr, il a envie d’être avec toi. Que tu es trop insécure, que tu dois apprendre à lui faire confiance. À te faire confiance.

Et ça continuera, de pire en pire. Il n’aura jamais le temps. Il sera toujours trop fatigué. Il aura oublié. Il sera malade. Quand tu seras fâchée, il se plaindra que tu en demandes trop. Il te suppliera d’être patiente, te promettra que les choses vont s’améliorer. Tu acquiesceras. Mais à l’intérieur, tu te sentiras minuscule. À bout de nerfs. Et tu te diras, encore: « C’est sûrement moi, il faut que je travaille sur moi.»

 

À lire aussi: En amour, faut-il jouer la game (ou rester seule)?

 

Un jour, complètement épuisée, persuadée que tu as échoué, tu le quitteras. Il t’avouera que, en effet, il ne pouvait pas être avec quelqu’un, au fond. Qu’il n’a pas de temps pour une relation, peu importe avec qui. Et tu apprendras, quelques semaines plus tard, qu’il est avec quelqu’un d’autre. Tu sauras alors, au fond de toi, que tous tes compromis étaient inutiles. Parce que cette personne n’avait pas envie d’être avec toi. Et que, si cette personne avait voulu répondre au téléphone, te voir, te connaître et te respecter…

Elle l’aurait fait.

 

Photo: Bianca Cloutier-Lamoureux

Auteure-compositrice-interprète au sein du duo Les Sœurs Boulay, Stéphanie Boulay est également l’auteure du roman À l’abri des hommes et des choses (Québec Amérique).

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

Impossible d'ajouter des commentaires.