Stéphanie Boulay se met (presque) à nu

Pourquoi me dévoiler ainsi? Pour en finir avec l’inconfort que je ressens face à mon corps.

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Photo: Cassandra Cacheiro / The Womanhood Project

Il y a trop longtemps déjà que je traîne un inconfort vis-à-vis de mon corps, un inconfort qui m’empêche souvent de me faire confiance et d’avancer, de me sentir solide dans une relation amoureuse, de m’habiller comme je veux ou de manger sainement.

Un inconfort dont personne, peu importe son origine, son genre ou sa taille, n’est à l’abri, à un moment ou un autre de sa vie, voire toute sa vie durant.

Un inconfort que j’imagine exacerbé par les icônes que les médias nous donnent à voir à longueur de journée. Et auquel j’ai peut-être contribué, malgré moi, par mon métier: en m’affichant retouchée par le maquillage, l’éclairage et Photoshop.

C’est pourquoi j’ai eu l’idée, sur un coup de tête, de faire un shooting photo en sous-vêtements pour le Womanhood Project.

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Quelqu’un m’a demandé: «Pourquoi montrer ton corps? Le corps dénudé n’est-il pas digne d’être vu seulement en situation d’intimité?» Peut-être. Mais la réalité, c’est qu’on voit des corps presque nus tous les jours, sans même le vouloir. Et qu’ils sont, à peu d’exceptions près, tous semblables. Lisses. Minces. «Parfaits.» Surtout, voués à plaire, exciter, susciter l’envie, vendre. J’ai donc ressenti le besoin, au-delà de mes intérêts personnels, d’essayer d’y faire quelque chose, de contribuer à varier «l’offre» de ce qu’il y a à voir, même si ma portée est minuscule. Je pressentais la même quête chez les créatrices du Womanhood Project, Cassandra Cacheiro et Sara Hini: dévoiler la beauté du corps de toutes les femmes, mais surtout, tenter de laisser percer l’âme à travers.

On a pris rendez-vous, les filles et moi, quelques semaines après notre premier échange. J’ai dès lors commencé à être hantée par un sentiment de pudeur devant mon «imperfection». Je me suis prise à remarquer davantage les petites rides sur mon visage et à avoir envie de les faire disparaître. À angoisser à cause de quelques boutons. À avoir du mal à gérer ce que je mangeais. J’ai même repoussé la date de la séance photo le plus possible, dans l’espoir d’avoir le temps de perdre du poids avant. Les deux jours qui l’ont précédée, j’ai mal dormi. Je suis devenue irritable et instable, les larmes toujours au bord des yeux. Je me suis même rendu compte que la peur m’avait empêchée de parler du projet avec mes proches.

Oui, c’est horrible.

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Pourtant, je suis une fille en santé. Je me trouve objectivement belle, «correcte», la plupart du temps. Je corresponds «à peu près» aux standards de beauté. Et je suis habituée à être photographiée. Certaines personnes seront peut-être même choquées de lire ce que je dis là, comme je le suis parfois quand une amie que je considère comme plus «parfaite» que moi me parle de ses complexes. Mais nous en avons toutes, qu’ils soient justifiés ou non. Et la résistance à montrer la vraie moi était là. La moi toute nue, non manipulée par la technologie.

Je suis contente du résultat. Les filles ont été géniales et m’ont mise à l’aise. Les photos sont magnifiques, et je trouve qu’on a fait quelque chose d’artistique et d’intemporel. Surtout, maintenant que mon corps dénudé n’est plus un secret, que n’importe qui peut le voir et le juger de façon favorable ou non s’il le souhaite, j’ai envie d’essayer de regarder ailleurs. Et j’ai l’impression que mon propre jugement sur mon physique ne sera peut-être plus autant un obstacle à enjamber à chaque élan. Du moins, pour le moment.

À voir : The Womanhood Project


Photo: Bianca Cloutier-Lamoureux

Auteure-compositrice-interprète au sein du duo Les Sœurs Boulay, Stéphanie Boulay est également l’auteure du roman À l’abri des hommes et des choses (Québec Amérique).

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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