Un seuil minimum de décence

La course aux candidates est une bonne chose, mais il s’agit de la pointe de l’iceberg en matière d’égalité entre les femmes et les hommes.

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La vague de dénonciations #MeToo de l’automne dernier — moment charnière de l’histoire récente du féminisme, tant à l’échelle mondiale que locale — a transcendé l’enjeu que sont les agressions et le harcèlement sexuels pour ouvrir une vaste discussion collective sur la place des femmes dans la société.

Incidemment, les débats sur la parité ont émergé de manière plus appuyée que jamais. Le manque de rayonnement et de représentativité féminine dans la culture, que ce soit dans l’industrie de la musique, le monde littéraire, au théâtre, au cinéma ou au sein des médias a été dénoncé.

Même chose dans le milieu universitaire et intellectuel : oublier les femmes est désormais bien mal vu. Parlez-en aux organisations qui tiennent des colloques et congrès. Il serait mortifiant désormais d’oser présenter des panels d’experts 100% masculins.

Tout cela est grand bien, on vient de faire tout un bond en avant.

Photo: iStock/anyaberkut

Et le politique?

Or quand on parle de parité, on pense d’abord et avant tout à la représentation politique des femmes. Les partis provinciaux au Québec ne sont pas en reste ces jours-ci. Ils tentent de recruter le plus de candidates possible en prévision du scrutin du 1er octobre.

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Hypocrisie électoraliste ou réelle volonté égalitaire? Je cultive peu d’illusions à ce sujet, mais au final le résultat est le même. Et il est positif. Il faut se réjouir que le nombre de candidates soit devenu une préoccupation.

Ironiquement, en raison de son mode de fonctionnement peu démocratique, la Coalition avenir Québec (CAQ) fait bonne figure sur le plan du nombre de candidates recrutées. Denis Lessard, chroniqueur politique à La Presse, faisait remarquer récemment que, puisque le chef François Legault désigne lui-même les candidats, il peut facilement choisir des femmes.

«Pensez-vous que l’association de Bertrand aurait spontanément choisi une femme de couleur comme candidate ?» a confié un organisateur politique à Denis Lessard. Il faisait référence à Nadine Girault, d’origine haïtienne, qui y défendra les couleurs de la CAQ.

Au parti Québécois, avec à peine 35,56 % de candidatures féminines selon la Vigie parité du quotidien Le Devoir, on laisse plutôt les associations locales décider, avec le résultat que l’on connaît. Le PQ est bon dernier. Presque deux fois plus d’hommes que de femmes… voilà qui illustre parfaitement le fait que sans intervention politique en faveur de la parité, rien ne bouge.

Or il appert qu’il est possible de conjuguer instances démocratiques ET volonté paritaire, puisque Québec solidaire (QS) arrive bon premier avec 60% de candidatures féminines. Il est suivi par la CAQ (52%), puis par le Parti libéral du Québec (43%).

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Une simple passade?

Il faut espérer que cette préoccupation chez certains quant à la représentation féminine perdure. Malheureusement, les dossiers liés à l’égalité entre les femmes et les hommes intéressent peu la plupart des partis politiques, sauf lorsque vient le temps de se faire du capital, à l’aube d’une campagne électorale.

Si un parti comme QS l’a inscrit dans ses fondements, à la CAQ ou au PLQ, cela dépend du bon vouloir du chef. On le voit ces jours-ci, la CAQ veut beaucoup. Le vote féminin ne lui étant pas acquis, ce parti fera tout en son pouvoir pour le séduire cette fois-ci. Mais qu’en sera-t-il à l’avenir, pour les campagnes électorales subséquentes? Et le Parti Québécois, qui promet un cabinet paritaire, finira-t-il par prendre des mesures pour assurer un bassin suffisant de candidates élues? Permettez-moi de douter… Et pourtant, des candidatures, un caucus et un cabinet en zone paritaire devraient constituer le seuil minimal de la décence démocratique, représentativité oblige.

Cela dit, si la parité désigne le seuil minimal, c’est qu’elle n’est pas la panacée non plus. Par exemple, un gouvernement paritaire qui adopterait des mesures qui font mal aux femmes, comme les coupes dans le secteur public, ça ne nous avancerait pas. Des politiciennes défendant des idéologies nuisibles aux femmes, il s’en trouvera toujours. C’est pourquoi l’éducation à l’égalité doit être intégrée dès le plus jeune âge au cursus scolaire. C’est aussi pourquoi les féministes doivent constamment reprendre le bâton du pèlerin pour expliquer encore et encore ce que sont les discriminations systémiques.

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Marilyse Hamelin est journaliste indépendante et conférencière. On peut notamment la lire dans Le Devoir, La Gazette des femmes et le magazine spécialisé Planète F. Elle blogue également pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme, publié chez Leméac.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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