Alors qu’on se réjouit de redécouvrir les valeurs traditionnelles et identitaires de Noël, le sociologue Jean-Philippe Warren dissipe âprement ces illusions. Noël, ce n’est que du commerce.
Jadis, la fête de Noël célébrait avec solennité la paix et l’amour autour de la naissance de Jésus. Mais elle s’est banalisée, lance tout à trac, en entrevue, le sociologue titulaire de la Chaire d’études sur le Québec à l’Université Concordia et « pèrenoëlologue » chevronné. Elle a perdu tout son sens, même si on essaie tant bien que mal de lui en redonner un en remettant à la mode les guignolées et les messes de minuit.
« Désormais, explique-t-il, dans nos sociétés d’hyperconsommation, tous les jours sont un peu Noël. Tous les jours, on peut manger de la dinde, des bonbons, boire du champagne, offrir des cadeaux. Noël n’est plus un jour d’exception, comme au XIXe siècle, quand on levait la censure de la morale victorienne pour permettre aux gens de se lancer dans des dépenses ostentatoires. L’exaltation demeure, mais elle est chaque année moins forte. Le paradoxe, c’est que Noël a été vaincu par son triomphe ! »
Bref, la fête de Noël n’est plus qu’« un mythe commercial puissant ».
Dans un essai historique passionnant, Hourra pour Santa Claus ! La commercialisation de la saison des Fêtes au Québec (1885-1915) – publié chez Boréal en 2006 –, Jean-Philippe Warren explique que tous les symboles, les rituels et la commercialisation qui font partie intégrante du Noël d’aujourd’hui ont été habilement instaurés à partir de 1885 : la « parade du père Noël », l’arbre décoré, les échanges de cadeaux, le traditionnel magasinage. Puis, « ces techniques commerciales ont été raffinées au fil du temps ».
MISE EN GARDE : dans tous les domaines, des gens pensent autrement. Connaître leurs idées, MÊME SI ELLES CHOQUENT, permet de voir les nôtres sous un nouvel éclairage.
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