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Rencontres et portraits

Rachid Badouri

Publié dans Châtelaine d’août 2009 | © Les Éditions Rogers ltée
 
Humour explosif, imitations originales et pleines de tendresse, déhanchements séduisants. Une vraie bête de scène !
 

Vous êtes certainement le premier humoriste québécois dont les parents sont d’origine berbère. Le Maroc a-t-il quelque chose à voir avec votre sens de l’humour ?
Énormément ! Les Marocains sont de grands conteurs. Des charmeurs, au sens noble du terme : des gens qui vous mettent à l’aise, avec qui vous avez envie de discuter. Chaque famille a son humoriste, son conteur d’histoires. À Marrakech, on en trouve même sur les places publiques. C’est dans le sang. Mon père est comme ça : il est drôle naturellement, il n’a pas à se forcer pour faire rire.

Vous avez grandi à Laval, qui fait souvent l’objet de « blagues de banlieue ». Source de frustration ou d’inspiration ?
D’inspiration ! Je fais d’ailleurs quelques blagues à ce sujet dans mon spectacle. Il y a quelque chose à Laval qui inspire l’humour. La preuve, c’est que plusieurs humoristes viennent de là, dont Martin Petit et les Bizarroïdes, Martin Matte, moi-même...

Je vais toujours rester un gars de banlieue, je ne peux pas faire autrement. Je m’y sens en sécurité. On dirait que j’ai gardé ma naïveté d’enfant : à l’époque, quand j’accompagnais ma mère à Montréal, j’étais terrifié. Mais dès que je remettais les pieds à Laval, je redevenais à l’aise. C’est encore comme ça aujourd’hui, même si je sais que c’est absurde.

On a l’impression que le succès vous est tombé dessus du jour au lendemain, mais vous avez mis plusieurs années à percer. Quel est le pire emploi que vous ayez occupé avant de pouvoir vivre de l’humour ?
Vendeur dans une boutique. Je venais tout juste d’être engagé. La gérante est passée me voir : « C’est toi, Rachid, le petit nouveau ? » Alors elle a pris ma main. À l’aide d’un gros marqueur, elle a écrit « 1 500 $ » dans ma paume. Puis elle l’a refermée en me disant de me concentrer sur ce nombre toutes les cinq minutes. C’était mon objectif ce jour-là : je devais vendre pour 1 500 $ de marchandises. J’ai alors demandé si je pouvais aller aux toilettes... j’ai pris mon manteau et je me suis sauvé ! En tout, j’ai travaillé là une heure et demie ! Après cet épisode, je n’ai plus osé repasser devant la boutique pendant un an, de peur qu’elle me voie.


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