En bon adepte du dadaïsme, mouvement qui consiste à créer en s’amusant, en toute liberté, vous ne seriez pas un peu effronté ?
Ça m’énerve que les gens disent que je suis baveux. Si j’étais prétentieux, je ne serais pas avec la même gang depuis 10 ans. Je n’aurais pas les mêmes musiciens. Ma démarche est peut-être intellectuelle – voire psychanalytique ! (rires) –, mais je ne me prends pas du tout au sérieux. L’image que je projette fait partie d’un jeu.
Vous êtes constamment à la recherche de nouveaux artistes, surtout en arts visuels. Pourquoi ?
Pour écrire, j’ai besoin d’images fortes. L’idée de mon disque La forêt des mal-aimés m’est venue en regardant une immense photo du Canadien Jeff Wall. Elle représente une forêt où se dévorent des gens. Mais pour trouver des choses comme ça, il faut chercher, notamment dans les musées. Ce qui est bien, c’est de transformer en trucs pop ce qui n’était pas destiné à la pop.
Vous vous considérez donc comme un artiste populaire ?
Je suis totalement pop ! Je fais des clips. J’écris des refrains et des couplets. Je construis des images. Être pop, pour moi, c’est créer une impression très forte, très vite. C’est inventer d’un coup un univers et imprégner les gens d’une image qui revient en boucle. Évidemment, il y a un processus de réflexion derrière tout ça, mais je souhaite que ma musique soit facile d’accès parce que l’art doit être diffusé.
Vous êtes un artiste populaire qui s’inspire d’artistes marginaux ?
Je suis attiré par les artistes qui transgressent les modes. À titre d’exemple, je me souviens très bien d’avoir été troublé par la découverte du travail du Français Marcel Duchamp, père du mouvement dada et véritable précurseur. C’est l’artiste moderne qui a possiblement le plus réfléchi au rôle de l’art dans la vie, pour ensuite transgresser toutes les idées reçues. Il a littéralement ouvert la voie aux mouvements artistiques qui se servent des objets de la vie courante pour surprendre (cubisme, futurisme, surréalisme, pop art). Lorsque, plus tard, la publicité s’est approprié ce travail, j’ai compris quelque chose de fondamental : les principes des grands esprits sont récupérés par la cul-ture pop avant d’être repris par la pub.
Vous êtes dans la même dynamique. Vous créez des pièces musicales à partir d’œuvres d’art, non ?
Tout à fait. Le travail du sculpteur québécois David Altmejd, l’un des artistes les plus prometteurs au Canada, en est un bel exemple. L’une de ses créations a été achetée par le musée Guggenheim à New York. Je suis allé voir le sculpteur là-bas, dans son atelier, alors qu’il se préparait à représenter le Canada à la Biennale de Venise 2007. La vision exacte du spectacle Mutantès m’est apparue devant son travail.
Vous parlez beaucoup d’arts visuels, mais il doit bien y avoir quelques chanteurs ou musiciens qui ont eu une influence sur votre trajectoire ?
La chanteuse Björk. Je pense encore à son clip Army of Me. Quand je l’ai vu, adolescent, je me suis dit : « Tout est possible. » Cette artiste est dans la création pure. Il y a aussi le chanteur Beck, dont le grand-père, Al Hansen, était un artiste visuel d’avant-garde très connu. Il suffit de regarder les costumes de scène de Beck pour comprendre où il puise ses idées.
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