Châtelaine

Recherche de recettes







Société

Paix sur terre

Publié dans Châtelaine de décembre 2008 | © Les Éditions Rogers ltée
 
Pendant que les Juifs fêtent les 60 ans de l’État d’Israël, les Arabes commémorent « al-Naqba », la catastrophe. Antagonisme insoluble ? Peut-être pas. Un village de 200 habitants fait la preuve que les uns et les autres peuvent vivre ensemble.
 


Le village de Neve Shalom-Wahat as Salam, dont le nom signifie « oasis de paix », n’échappe pas aux désaccords, mais ses habitants s’efforcent de les régler autrement que par la violence.


Dans un petit village d’Israël perché au sommet d’une colline verdoyante, entre Jérusalem et Tel-Aviv, des Juifs et des Arabes essaient de prouver – à eux-mêmes et au monde extérieur – qu’ils peuvent vivre ensemble. Et que leurs différences ne sont pas seulement causes de conflits, mais peuvent aussi être un enrichissement.

Fondé en 1970 par Bruno Hussar, frère dominicain d’origine juive né en Égypte, ce village s’appelle Neve Shalom-Wahat as Salam, ce qui signifie « oasis de paix » en hébreu et en arabe. Il héberge aujourd’hui une cinquantaine de familles. « Les premiers habitants sont venus s’installer ici en 1977, raconte Ahmad Hijazi, porte-parole du village. Au début, il n’y avait ni électricité, ni eau courante, ni route pour accéder au site. Il fallait vraiment y croire pour vivre dans ces conditions. Le village possède maintenant une école, un service postal, une pis­cine, un café et même un hôtel. »


Rayek Risek, Arabe chrétien, a déjà été maire de Neve Shalom–Wahat as Salam. Les gens, dit-il, votent pour le meilleur candidat, peu importe qu’il soit arabe ou juif.

Près de 200 personnes vivent à Neve Shalom : 50 % de Juifs et 50 % d’Arabes, chrétiens et musulmans. La gestion du village est fondée sur un système démocratique égalitaire. Tous les résidants participent aux assemblées, où l’on discute des questions concernant la communauté. Un comité représentatif ainsi qu’un « secrétaire général » (équivalent du maire) sont élus tous les ans. Pas de quartiers séparés, Juifs et Arabes vivent côte à côte. En dehors des assemblées, les habitants du village se retrouvent de temps en temps pour fêter un anniversaire, la fin du ramadan ou encore pourim (carnaval juif). « Pour le reste, chacun vit chez soi avec sa famille, travaille au village ou à l’extérieur, élève ses enfants selon ses croyances et choisit ses amis selon ses affinités, explique Ahmad Hijazi. Comme tout le monde, nous avons nos difficultés, mais ce sont plus des soucis de voisinage que des problèmes liés à l’appartenance ethnique ou religieuse. »

 

Ruthi Shuster vit à Neve Shalom depuis 15 ans. « Quand j’étais enfant, dit-elle, on m’a donné une vision biaisée des choses. J’ai été surprise, une fois adulte, de découvrir certains faits, comme l’existence de centaines de villages arabes en Israël avant 1948. On m’avait toujours dit qu’il n’y avait ici qu’un désert. Je viens d’une famille juive traditionaliste d’origine iranienne mais, à l’adolescence, je me suis un peu affranchie de mon éducation : j’ai découvert le féminisme, j’ai commencé à militer pour la paix. Et puis un jour, mon mari et moi avons entendu parler de ce village. Nous souhaitions pour nos enfants autre chose que ce que nous avions connu. Alors nous sommes venus nous y établir. Aujourd’hui, ma fille a 20 ans et mon fils 17, et je suis contente de voir ce qu’ils sont devenus. Ils parlent arabe, ils sont ouverts sur le monde. »


<< Page précédente  |   Page suivante >>

 

Bookmark and Share

RESTEZ À L'AFFÛT !
Abonnez-vous gratuitement à nos cyberbulletins, devenez fan de Châtelaine sur Facebook ou suivez-nous sur Twitter !

Cyberbulletins Facebook Twitter

 

© 2009