« Ils n’étaient pas homosexuels et ils n’étaient pas en amour. Ils n’étaient que deux hommes, des meilleurs amis, qui trouvaient l’un dans l’autre la compréhension et l’acceptation qu’ils ne trouvaient en personne d’autre (...) Et, maintenant, quand House se réveille emmêlé dans son meilleur ami, il va prendre une douche, comme lors de ce premier matin. Mais, il ne se questionne plus sur ce qu’ils font maintenant. Il sait que les choses sont comme elles doivent être. » Extrait de l’épisode « La première fois », inspiré de la série Dr House, écrit par Charlotte Rainville.
***J’aurais voulu être un homme, jouer au hockey, draguer, boire de la bière, faire des blagues. Bref, que ma vie soit simple comme celle des gars. En fait, c’est plus que ça : les filles m’énervent, et être une fille, c’est plate », s’exclame la toute délicate Charlotte Rainville, 18 ans à peine, en buvant son chocolat chaud. Elle demeure un instant silencieuse, consciente de l’énormité de l’aveu qu’elle vient de me faire. Derrière ses lunettes à la mode, son regard s’immobilise. Elle se tortille, mal à l’aise. Charlotte vient de me livrer une donnée essentielle : elle, jeune fille de bonne famille, est frustrée de ne pas posséder un pénis et ce qui vient avec. Mais elle a les couilles qu’il faut pour l’affirmer et surtout pour sublimer cette frustration par une activité littéraire libératrice très à la mode.
Le soir tombe. Charlotte doit rentrer. Ses parents, papa est juge et maman, actuaire, ou l’inverse, l’attendent pour souper. Bien sûr, ils ignorent que leur fille passe le plus clair de son temps libre à imaginer de torrides histoires d’amour et de cul entre deux hommes, qu’elle publie le fruit de ses fantasmes sur Internet et que des centaines de lectrices suivent fidèlement ses élucubrations.
Comme des millions de femmes dans le monde, jeunes et moins jeunes, Charlotte est une « slasheuse », néologisme qui désigne les auteurs de slash fiction. Slash fiction ? L’expression – qu’on pourrait traduire littéralement par « histoire barre oblique » – est méconnue malgré l’ampleur de ce phénomène virtuel postmoderne.
L’anthropologue Caroline-Isabelle Caron est une lectrice goulue des sites consacrés aux nombreux récits de « slasheuses », qu’elle étudie depuis quatre ans. « Cette littérature érotique est produite presque exclusivement par les femmes et pour les femmes. C’est un lieu de socialisation féminine sur la toile et, comme beaucoup de choses concernant les femmes, il ne suscite pas l’attention des grands médias. Il échappe aux radars », explique cette professeure de l’Université Queen’s, à Kingston.
La slash fiction est un sous-produit littéraire de la fan fiction, la « littérature d’admirateurs ». Il s’agit d’un monde littéraire peu connu, mais loin d’être marginal ou neuf. Le motif de cette production littéraire est simple : des amateurs s’inspirent de romans, de films ou de séries télévisées et font évoluer, à leur manière, le scénario et les personnages.
Le phénomène apparaît au début des années 1970 autour du succès de la télésérie Star Trek. Des inconditionnels insatiables se mettent à publier des suites aux aventures des habitants du fameux vaisseau spatial. Ces petites histoires, appelées fanzines, sont imprimées à compte d’auteur et échangées entre initiés. En 1974, un fanzine invente des amours homosexuelles entre le capitaine James T. Kirk et Mister Spock. C’est la première slash fiction. Les lectrices s’emballent. Suivront d’autres histoires, publiées par diverses auteures.
Pour lire quelques-unes des ces histoires : www.fanfiction.net, le site le plus populaire.
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