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Société

Les Haïtiennes ouvrent la voie

Publié dans Châtelaine d'août 2009 | © Les Éditions Rogers ltée
 
Elles sont l’épine dorsale de leur pays. Les Haïtiennes ont d’autant plus de mérite qu’elles font face à un machisme profondément enraciné. Portraits de femmes courageuses qui militent pour mettre fin à la discrimination, à la violence et à la pauvreté.
 

Dans le pays le plus pauvre des Amériques, les Haïtiennes sont peu scolarisées, donc mal rémunérées quand elles ont un travail. Trop souvent seul soutien de famille, ces femmes fières doivent déployer des trésors d’ingéniosité pour faire survivre leurs enfants. La dernière année, marquée par une grave crise alimentaire et quatre ouragans dévastateurs, ne leur a pas facilité la tâche. Mais la vie reprend ses droits lentement et, en dépit de conditions de vie précaires, de plus en plus de femmes s’organisent et réclament haut et fort une société égalitaire et la reconnaissance de leur contribution à la société.


Marie Guyrleine Justin, 36 ans, journaliste et responsable de formation au réseau REFRAKA, regroupant 23 stations de radio communautaire
« Il faut s’assurer que de plus en plus de femmes puissent prendre le micro. »

Diplômée en techniques médicales et en comptabilité, Marie Guyrleine est arrivée à la radio un peu par hasard. La clinique où elle travaillait lui avait demandé de concrétiser un projet de radio communautaire en rapport avec la santé. Séduite par la magie des ondes, la pétillante jeune femme décida de s’y consacrer à plein temps. En 2001, avec 15 autres femmes, elle fonde REFRAKA (Rezo Fanm Radyo Kominotè Ayisyen : le Réseau des femmes des radios communautaires haïtiennes), basé à Port-au-Prince. Sa mission : donner enfin une voix aux Haïtiennes dans ce milieu traditionnellement masculin et, par cette contribution, instaurer une société où hommes et femmes sont égaux. « On donne aussi une formation journalistique (techniques d’interview, production d’émissions éducatives, mise en ondes...) à une centaine de femmes, explique Marie Guyrleine. On souhaite qu’elles produisent des émissions sur la réalité des femmes dans leur communauté. »


Marie France Fanfan, 37 ans, travailleuse domestique, et sa fille Murielle, 18 ans, étudiante
Elle a demandé au père de ses enfants de quitter le foyer familial car il n’assumait pas son rôle. On la voit ici avec sa fille Murielle.

À sa façon, c’est une activiste : Marie France tient tête aux hommes qui se croient tout permis. Tout a commencé ce jour où elle a surpris son voisin en train de battre son épouse. Malgré les menaces, elle l’a dénoncé sans hésiter et avec tant d’insistance que l’homme a finalement avoué son tort... Un exploit dans ce pays où un machisme crasse sévit partout.

Marie France travaille chez un Québécois établi à Grand-Goâve. Elle fait le ménage, la cuisine, la lessive, de la couture. Après sa journée chez lui, elle se rend au marché pour vendre des babioles. Elle achète ensuite de la nourriture pour sa propre famille. Le père ne fait pas partie de leur vie : Marie France lui a demandé de partir car, de toute façon, il ne s’occupait pas des enfants. « Ici, dit-elle, les femmes apprennent à se débrouiller. Le changement passe par la solidarité. Il faut oublier l’égoïsme, la jalousie, l’ambition. Pour que ça marche, on doit se réunir. »


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