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Ça m'est arrivé

J’ai retrouvé mon premier amour

Publié dans Châtelaine de juin 2009 | © Les Éditions Rogers ltée
 
Deux mois après des retrouvailles virtuelles, Jacqueline attend Robert à l’aéroport, fébrile et anxieuse. Ils ne se sont pas vus depuis 33 ans...
 

retrouvaille Nous avions 21 ans. J’étais en stage, comme enseignante à Matlock, une petite ville d’Angleterre où il faisait des études d’horticulture. J’avais de longs cheveux blonds, lui portait d’épais favoris. Nous avons eu le coup de foudre dans un cours de méditation transcendantale... C’était en 1973.

Notre idylle a duré environ cinq mois. Elle a débuté comme dans un film, pendant une averse, quand Robert m’a invitée à me réfugier sous son parapluie ! Elle a été ponctuée de balades dans la verte campagne anglaise, de longues discussions autour de tasses de thé et des visites « illégales » de Robert dans ma chambre de résidence alors que j’étais clouée au lit par une mononucléose. Je me souviens de m’être sentie vraiment proche de ce garçon, qui aimait comme moi la poésie, la musique et Leonard Cohen.

Mais, comme toute histoire d’amour de jeunesse, elle a eu une fin. Il me fallait rentrer chez moi, en France, et Robert devait aller faire un stage dans une autre ville d’Angleterre. Je suis partie presque sans me retourner. Nous avions vécu une belle histoire, mais je n’étais pas prête à m’engager dans une relation sérieuse à distance. Et j’avoue que le côté bohème et rêveur de Robert, qui m’avait d’abord séduite, me faisait désormais un peu peur. J’étais jeune et j’avais encore plein de choses à découvrir.

Un an après notre séparation, mon bel Anglo-Suédois (il était suédois par sa mère) m’a posté un recueil de poésies qu’il avait écrites pour moi. Nous avons ensuite échangé quelques lettres, puis plus rien, pendant... trois décennies.

La vie a suivi son cours. De mon côté de la Manche, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, un homme pragmatique, ce qui était important pour moi, car je voulais fonder une famille. J’ai eu mon poste d’institutrice dans une école primaire. Nous avons eu deux enfants. Bref, nous avons été heureux mais, comme dans bien des couples, notre relation s’est dégradée avec le temps, jusqu’au divorce, en 1990. Les enfants avaient 7 et 10 ans, et c’est moi qui en ai eu la garde.

Au cours des années où j’ai élevé les enfants, ils ont été ma priorité et ma fierté. J’ai rencontré quelques hommes avec qui j’ai partagé de beaux moments, mais il manquait toujours quelque chose...

De temps en temps, je pensais à Robert et à ses yeux bruns et je me demandais ce qu’il était devenu. Quand Internet est entré chez moi, j’ai cherché son nom dans une banque de poètes du XXe siècle, car je me doutais qu’il avait dû continuer à écrire de la poésie. Il n’y était pas. J’ai balayé cela de mon esprit.

Et puis, un jour de 2006, ma fille s’est mise à m’expliquer comment on retrouve d’anciens camarades de classe sur Internet : j’ai tout de suite pensé à Robert. « Comment savoir ce qu’il est devenu ? » lui ai-je demandé. Elle a dit : « Essayons avec Google ! » En tapant simplement son nom sur le moteur de recherche, je suis tombée sur le site d’un paysagiste de Manchester qui avait écrit un livre sur les jardins japonais et créé la Japanese Garden Society, et qui guidait des groupes de touristes dans les jardins de Kyoto. Même si la photo était floue, j’étais sûre que c’était lui. Il y avait au bas de la page une adresse courriel. Je lui ai écrit. Trois mots : « Jacqueline (mon prénom), Matlock, 1973. »

Après avoir appuyé sur « envoyer », je me suis dit : Oh la la ! Qu’est-ce qui va se passer ? Le lendemain même, j’avais une réponse. Robert m’écrivait, en anglais, « c’est comme si le passé, le présent et le futur se rejoignaient en un seul moment d’éternité... »

Par la suite, il m’envoya deux longs courriels dans lesquels il me racontait ce qu’avait été sa vie depuis 1974. Il avait été marié deux fois, dont une fois avec une Française. Il avait une fille du même âge que la mienne. Il avait vécu presque cinq ans au Japon, où il retournait souvent. Il vivait seul depuis quatre ans.


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