Bonjour, je tente de retrouver une amie d’enfance du nom de Cindy Synnett... Je voulais savoir si tu es la personne que je recherche. » Quand j’ai reçu ce message sur Facebook, fin mars 2008, je n’en croyais pas mes yeux. Sébastien ! Ça devait bien faire 16 ans que je n’avais pas eu de ses nouvelles !
À l’école primaire, on était inséparables, Sébastien et moi. On passait la récréation à jouer aux Ninja Turtles et à Ghostbusters. J’allais aussi à l’occasion chez lui, la fin de semaine. On passait de longues heures, seuls, à personnifier elfes, combattants barbares et autres créatures. Pour les amateurs de littérature fantastique que nous étions – particulièrement friands de livres « dont vous êtes le héros » –, le décor médiéval de son sous-sol était un véritable paradis : murs décorés de torches, tonneaux, petits coffres en bois... Que de souvenirs ! Curieuse de savoir ce que Sébastien était devenu, j’ai répondu à son courriel.
J’en parle alors à mon conjoint, qui me recommande la plus grande prudence. Je trouve qu’il exagère. Mais, réflexion faite, je dois admettre qu’il a raison. En tant que journaliste, j’ai déjà entendu plusieurs histoires d’horreur liées à Internet...
J’ajoute Sébastien à ma liste d’amis Facebook – il fait de même pour moi. Il peut maintenant voir mon profil, incluant ma photo et celles de mes amis. On échange d’abord quelques courriels ; contrairement aux miens, ceux de Sébastien sont très personnels. J’ai droit à un résumé des 16 dernières années (de malheur, semble-t-il) de sa vie. « Au fil du temps, les préjugés du monde à mon égard n’ont cessé d’augmenter et de devenir plus violents... Ça m’a poussé à m’isoler et, malheureusement, à faire de mauvais choix. » J’apprends également qu’il est sans emploi et qu’il vit toujours chez ses parents. Né avec de graves problèmes auditifs, il a peu d’amis. Sa vie ne doit pas être facile...
Une semaine plus tard, Sébastien me relance. « Serais-tu à l’aise à l’idée qu’on se revoie ? Je pourrais répondre à tes questions par rapport à ma disparition, après la sixième année. » Disparition ? Après le primaire, nous avons fréquenté des écoles différentes : je ne vois pas pourquoi il parle de disparition. Le gros bon sens aurait voulu que je refuse son invitation. Pourquoi le revoir après tout ? Or, pour une raison que j’ignore (la pitié ?), j’accepte. Je me dis : si ça se passe mal, je couperai les ponts, c’est tout. Au fond de moi, je suis pourtant loin d’être rassurée.
Plus le jour approche, plus j’appréhende notre rencontre. Finalement, quelques heures avant le rendez-vous, je craque. Je lui donne un coup de fil à partir d’un téléphone public (il m’avait laissé son numéro). Je lui avoue que je ne suis pas à l’aise de le revoir. Visiblement déçu, il dit comprendre ma réaction. Une fois le combiné raccroché, mon angoisse disparaît.
Trois semaines passent. Je tombe des nues quand je reçois de nouveaux messages-fleuves de Sébastien, titrés « Adieu part 1 », « part 2 » et « part 3 ». Jouant sur mon sentiment de culpabilité, il cherche encore à me convaincre de le rencontrer. Il me raconte l’histoire de sa vie.
« Ce que tu crois savoir est à des kilomètres de la réalité... Au primaire, la commission scolaire était contre le fait que je m’assoie à tes côtés. J’étais très amoureux de toi. Notre relation était plus profonde que celle de beaucoup d’adultes. Je ne veux plus penser aux 16 années derrière nous, mais aux 70 ans à venir. » Son récit est digne d’un épisode de la série X-Files. Il a de toute évidence le sens du suspense. Complètement dépassée, je retire Sébastien de ma liste d’amis Facebook et lui bloque l’accès à mon profil. Désormais, il ne pourra plus communiquer avec moi. Bon débarras !
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