À 35 ans, j’avais tout ce qu’une jeune professionnelle peut espérer : une carrière brillante, des amis loyaux, un bel appartement, une voiture, des voyages deux ou trois fois par année... Je vivais dans un tourbillon incessant.
Enseignante, je venais d’être nommée directrice adjointe d’une polyvalente des Cantons-de-l’Est. Un métier passionnant dans lequel je m’investissais corps et âme. Mais si, sur les plans professionnel et social, mon existence était une réussite, ma vie amoureuse, elle, était nulle. Lasse de mon célibat, j’ai essayé de rencontrer l’âme sœur en participant à un souper-rencontre, puis en m’inscrivant à une agence. Un fiasco.
À l’époque, je n’entretenais plus aucun espoir de rencontrer l’amour : je m’étais résolue à m’en passer. Toutefois, quand je rentrais seule chez moi, il m’arrivait de plus en plus souvent de me poser des questions. Je n’étais pas insatisfaite de ma vie, mais il me manquait quelque chose.
Cette année-là, à Noël, une amie m’a offert un livre sur les chemins de Compostelle, ce grand pèlerinage qui mène le randonneur de la France à l’Espagne. Par hasard, le printemps suivant, j’ai croisé une Espagnole qui venait de faire ce voyage. Son récit m’a fascinée. J’ai donc entrepris des recherches. Et tout à coup, je me suis sentie interpellée par cette destination : je devais y aller.
En juillet 2002, ma cousine et moi débarquons à Burgos, dans le nord de l’Espagne, sans trop savoir ce qui nous attend. Notre plan : nous rendre en deux semaines – à pied, bien sûr – à Santiago de Compostelle (dans le nord-ouest), à 425 km de là. Avec nos bottes de randonnée bien lacées et nos sacs à dos, nous attaquons l’expédition de façon organisée et rigoureuse. Je consulte ma montre plusieurs fois par jour et comptabilise le nombre de kilomètres parcourus... Je suis toujours en mode tourbillon.
Après quelques jours de marche, nous apprenons à ralentir. Nous nous levons tous les matins à l’heure qui nous convient, sans stress ni obligation, puis nous entamons notre journée de marche. Nous parcourons de 20 à 25 km par jour. Le soir venu, nous nous arrêtons pour dormir dans des auberges de pèlerins, où le confort est réduit au strict minimum : petits lits de camp dans des dortoirs, douches communes... Étonnamment, j’adopte ce mode de vie sans trop de mal.
Le chemin de Compostelle est souvent décrit comme un périple difficile qui inspire de profondes réflexions. Pour moi, il n’en est rien. Je profite à plein du moment présent aux côtés de ma cousine, une fille extraordinaire.
Ensemble, nous sommes des boute-en-train. Notre bonne humeur nous attire vite la sympathie des autres pèlerins. Comme nous croisons toujours les mêmes personnes au fil de l’excursion, un esprit de franche camaraderie s’installe.
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