Allergies saisonnières: des aliments peuvent aussi engendrer des réactions

Les yeux qui piquent et le nez qui coule, ça on connaît! Mais on ne sait pas toujours que l’allergie au pollen peut également provoquer des réactions à certains aliments. La gorge qui gratte lorsqu’on mange une pêche? La langue qui enfle un peu à cause d’un concombre? Il s’agit peut-être du syndrome d’allergie orale.

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Photo: iStock.com/LSOphoto

Cette réaction est causée par la présence au sein de ces aliments d’une protéine très semblable à celle qui est responsable de l’allergie dans le pollen. «Ça crée un effet d’illusion. C’est un peu comme si notre corps croyait que nous mangeons des bourgeons de bouleau quand nous croquons une pomme, par exemple», explique le Dr Jean-Nicolas Boursiquot, allergologue au CHU de Québec.

Ainsi, les personnes allergiques au pollen de bouleau, aux graminées ou à l’herbe à poux peuvent réagir à différents fruits, légumes ou noix. «Quand nous respirons cette protéine, ce sont nos voies respiratoires qui réagissent. Si nous la mangeons, ce sera notre bouche. L’inflammation se produit à l’endroit où le contact avec l’allergène a eu lieu», poursuit-il.

 

Pollens Aliments pouvant déclencher un syndrome d’allergie orale
Bouleau Fruits: pomme, abricot, cerise, kiwi, nectarine, pêche, poire, prune, pruneau, tomate
Légumes et plantes: anis, haricot, carvi, carotte, céleri, coriandre, cumin, aneth, fenouil, poivron vert, lentille, persil, panais, arachide, pois, pomme de terre
Noix: amande, noisette, noix de Grenoble
Graines: tournesol
Graminées Fruits: kiwi, melon, orange, tomate, melon d’eau
Armoise Fruits: pomme, melon, melon d’eau
Herbe à poux Fruits: banane, cantaloup, melon miel, melon d’eau
Légumes: concombre, courgette

Source: Zarkadas, M., Scott, F.W., Salminen, J. et Ham Pong, A. «Common Allergenic Foods and Their Labelling in Canada – A Review», Canadian Journal of Allergy and Clinical Immunology, 1999, 4 : 118-141.

Réactions variables

Environ un tiers des personnes qui souffrent d’allergie saisonnière ont un syndrome d’allergie orale, soit 5 à 10% de la population. «Mais il n’est pas toujours facile à identifier», souligne la Dre Christine McCusker, allergologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

L’une des particularités du syndrome d’allergie orale est que les protéines qui le causent sont pour la plupart sensibles à la chaleur. Elles sont donc altérées ou détruites à la cuisson. «Quelqu’un réagira aux pommes, mais pourra manger de la tarte aux pommes sans désagréments, illustre-t-elle. C’est ce qui rend ce trouble très difficile à déceler: il n’y a pas toujours de réaction.»

Plusieurs autres facteurs peuvent influencer la réponse allergique. Par exemple, dans certains fruits, la protéine allergène se trouve dans la pelure. Il n’y a donc pas de problème quand on les mange pelés.

«C’est aussi une protéine qui se développe lors de l’entreposage de l’aliment. Certaines personnes pourraient donc réagir à une pomme achetée à l’épicerie quelques mois après la cueillette, mais pas à une autre qu’elles viennent de prendre dans l’arbre», fait valoir Christine McCusker.

Les symptômes peuvent également varier avec les saisons. Quand il y a beaucoup d’allergènes dans l’air, le corps peut réagir plus fortement à un aliment. Mais si la période des allergies est moins intense l’année suivante, il est possible qu’il le tolère bien.

Pour découvrir ce qu’on peut ou non manger, on doit donc souvent procéder par essais et erreurs. «Rappelons-nous aussi que, comme c’est le cas pour toutes les allergies, le syndrome d’allergie orale est un phénomène dynamique. Des réactions à des aliments peuvent apparaître ou disparaître au cours de notre vie», ajoute le Dr Jean-Nicolas Boursiquot.

Quoi faire?

Pour s’assurer qu’une réaction à un aliment est bien causée par un syndrome d’allergie orale, et non par une allergie alimentaire, le moyen le plus efficace est de consulter un spécialiste. Un simple questionnaire suffira souvent à l’allergologue pour établir un diagnostic, mais des tests peuvent aussi s’avérer nécessaires. Chaque cas est différent. «Une réponse faible aux noix, mais très forte au bouleau va nous orienter vers un syndrome d’allergie orale», indique Jean-Nicolas Boursiquot.

Le risque d’anaphylaxie – une conséquence potentiellement fatale – est beaucoup moins important avec un syndrome d’allergie orale qu’avec une allergie alimentaire. Mais comme il n’est pas nul, on doit rester prudent.

«Il ne faut pas non plus paniquer, précise le spécialiste. Contrairement à ce qu’on entend souvent, les allergies alimentaires, tout comme le syndrome d’allergie orale, n’empirent pas à chaque exposition à l’allergène. Leur intensité dépend d’une multitude de facteurs, comme la quantité ingérée et l’état de notre système immunitaire.»

Puisque le syndrome d’allergie orale ne peut pas être traité de la même façon que l’allergie saisonnière qui le provoque, c’est-à-dire avec des antihistaminiques ou une thérapie de désensibilisation, la seule chose à faire pour éviter les désagréments est de s’abstenir de consommer l’aliment qui pose problème.

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