Cortisol, l’hormone méconnue du stress

Si l’adrénaline ne passe pas inaperçue puisqu’elle mobilise tout l’organisme, le cortisol, lui, agit en douce. Mais il peut avoir un effet dévastateur.

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Imaginons le scénario suivant : Vous êtes au boulot, quand vous recevez un appel de l’école. Votre enfant s’est blessé et on l’a amené aux urgences. Deux minutes plus tard, vous vous engouffrez dans votre voiture. Direction : l’hôpital. Vous êtes en sueur. Votre cœur bat à grands coups jusque dans votre gorge. Vos mains moites collent à votre volant.

Bref, vous êtes en état d’alerte sous l’effet de l’adrénaline. « On appelle l’adrénaline “ l’hormone guerrière ”. Elle mobilise l’énergie disponible pour nous donner la force musculaire de combattre ou de fuir une situation menaçante », explique Tania Schramek, coordonnatrice du Centre d’étude sur le stress humain au Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine.

Les effets de l’adrénaline sont instantanés. Poumons, gorge et narines s’ouvrent pour laisser entrer plus d’air. Les sens s’aiguisent. Les pupilles se dilatent. Devant un danger imminent, le corps se prépare à réagir, à attaquer au besoin. Tout le monde a déjà vécu des montées d’adrénaline. Et les exemples de ses manifestations les plus intenses, comme celui de cette mère qui a sauvé ses sept enfants d’un incendie en les jetant par la fenêtre, abondent.

Mais l’adrénaline n’agit pas seule. Quelques minutes après que sa production a été déclenchée, une autre hormone cruciale vient à sa rescousse : le cortisol. « Cette hormone transforme les gras en sucre pour appuyer l’action de l’adrénaline. Les deux hormones travaillent de concert tout au long de la réaction au stress », dit Tania Schramek. Les effets physiologiques du cortisol sont considérables, mais pas perceptibles. « On l’appelle “ l’hormone espionne ”. »

C’est le cortisol qui prend les commandes pour que l’organisme réagisse au danger. Le mot d’ordre : mobiliser toute l’énergie contenue dans les sucres pour l’expédier à certains endroits précis. Dans les muscles des bras, par exemple, s’il faut jeter des enfants par la fenêtre. Pour une efficacité maximale, certains organes, comme ceux liés à la digestion, cessent de fonctionner. Même le système immunitaire est mis en veilleuse pour faciliter l’action du cortisol.

Dans la vie de tous les jours, en dehors des périodes de stress, le cortisol a aussi un rôle important. Il maintient l’équilibre énergétique du corps. Le cycle de sécrétion du cortisol atteint un pic le matin pour diminuer lentement au cours de la journée. Le fameux coup de barre de l’après-midi, c’est lui.

Revenons à notre scénario. Une fois à l’hôpital, vous constatez que votre enfant va plutôt bien. Tout danger est écarté. Vous respirez mieux. La mobilisation massive des hormones qui vous maintenaient sur le qui-vive n’est plus nécessaire. L’annonce de la fin de l’état d’alerte est lancée. Que fait le cortisol ? Entre autres actions, il envoie un puissant message de faim au cerveau, question de compenser la perte d’énergie que le corps vient de subir. Les fringales ou l’envie d’aliments réconfort après une journée particulièrement éprouvante, ça ne se passe donc pas uniquement « entre les deux oreilles ».

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L’action des hormones du stress est une arme à double tranchant. Elles sont des alliées tant qu’elles permettent d’agir et de se défendre contre un danger imminent. Une foule de situations peuvent déclencher leur production : craindre d’arriver en retard à la garderie, vivre une restructuration au travail, avoir un accident de la route. Bref, des incidents imprévisibles, ou nouveaux, ou menaçants. Qu’ils soient tragiques ou banals, ils ont un point commun : ils donnent le sentiment de perdre la maîtrise des événements. « Malheureusement, notre système de survie ne fait pas la différence entre un tremblement de terre et un bouchon de circulation, dit Tania Schramek. S’il reçoit le message qu’une situation est une menace, il réagit comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort. »

Vivre des tensions de façon répétitive a des conséquences, on s’en doute. Adrénaline et cortisol sont alors constamment sécrétés en grande quantité dans l’organisme. Le rythme cardiaque reste élevé, de même que la pression artérielle et le taux de sucre sanguin. « Pendant une réponse au stress, les cellules du corps sont insensibles à l’effet de l’insuline, qui a pour rôle de diminuer le taux de sucre sanguin. Le corps garde toute son énergie – donc le sucre – afin de se défendre. Cela explique le lien entre l’exposition chronique au stress et le développement du diabète de type 2, qui est caractérisé par une résistance à l’insuline. »

Quand l’organisme est contraint de produire adrénaline et cortisol jour après jour, le corps doit renouveler constamment ses réserves d’énergie. Il en emmagasine donc, sous forme de tissus adipeux, autour de la taille. C’est une solution pratique, car le cortisol sécrété par les glandes surrénales, situées au-dessus des reins, y a ainsi facilement accès. Au besoin, il puisera dans ces graisses pour les transformer en sucre. Bien des grands stressés se retrouvent donc avec… une bedaine de stress.

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Surutilisé, notre mécanisme de défense risque en outre de se dérégler. Le docteur Claude Fournier, omnipraticien du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Beauce, le confirme : de plus en plus d’études scientifiques montrent qu’un déséquilibre dans la sécrétion des hormones du stress précède des maladies dites de civilisation, comme le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires et même la dépression. « Ce sont notre bagage génétique et les facteurs de notre environnement qui font en sorte que ces maladies se développent ou non », précise-t-il.

Selon Tania Schramek, une concentration excessive de cortisol affecte aussi le cerveau. À long terme, elle peut être toxique pour les neurones. Des chercheurs de l’hôpital Douglas, à Montréal, ont découvert que trop, ou pas assez, de cortisol provoque des troubles de mémoire chez les personnes âgées et des difficultés d’apprentissage chez les jeunes adultes.

S’il est constamment sollicité, le mécanisme de protection risque de s’épuiser et le cortisol peut venir à manquer. Résultat : un trop faible taux de cortisol dans l’organisme, ce qui peut mener à l’anxiété et à l’épuisement.

Comment se prémunir des ravages du cortisol alors qu’on ne sent même pas sa présence ? On se fie aux effets tangibles de l’adrénaline – les battements du coeur s’accélèrent, on sent ses joues devenir chaudes, on a des papillons dans l’estomac –, qui fait toujours la paire avec le cortisol dans les périodes de stress. C’est une sonnette d’alarme, le signal que le mécanisme de défense de l’organisme est déclenché. Il faut alors relativiser la situation. Y a-t-il un danger réel ? Si oui, à l’action ! Mais s’il n’est pas question de vie ou de mort, mieux vaut utiliser ce flot d’énergie pour stopper le processus. Les méthodes pour « respirer par le nez » ne manquent pas, dit le docteur Fournier, qui travaille auprès de groupes pour contrer les méfaits du stress. On n’a qu’à penser à l’exercice, à la méditation ou au yoga. « Il faut débrancher le pilote automatique quand on se lève le matin et être plus conscient de sa façon d’agir et de réagir face aux événements de la vie de tous les jours. » Si les périodes de stress en viennent à faire partie du quotidien, il est sans doute temps de changer sérieusement sa façon de vivre.

 

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